14 février 2017 / 10:29 / il y a 9 mois

Total: la politique de rigueur de Pouyanné porte ses fruits

PARIS/LONDRES (Reuters) - Lorsque Patrick Pouyanné a pris le direction du pôle raffinage-chimie de Total en mars 2011, l‘actuel PDG du groupe pétrolier français a demandé une liste détaillée des coûts de chacun des actifs de la branche et a dû renvoyer ses cadres à leurs études lorsqu‘ils lui ont répondu qu‘elle n‘existait pas.

Lorsque Patrick Pouyanné a pris le direction du pôle raffinage-chimie de Total en mars 2011, l'actuel PDG du groupe pétrolier français a demandé une liste détaillée des coûts de chacun des actifs de la branche et a dû renvoyer ses cadres à leurs études lorsqu'ils lui ont répondu qu'elle n'existait pas. /Photo prise le 9 février 2017/REUTERS/Eric Gaillard

En octobre 2014, le dirigeant prenait en urgence la tête de Total pour remplacer Christophe de Margerie, mort dans un accident d‘avion à Moscou, et devait très vite imposer la même culture de rigueur budgétaire à l‘ensemble du groupe pour lui permettre de réagir aux premiers signes d‘une chute des prix du pétrole finalement vertigineuse.

Après plus de deux ans, les résultats sont là et Total semble sortir de la crise plus fort que ses concurrents, avec un résultat net ajusté nettement supérieur à celui des autres compagnies pétrolières européennes au titre de 2016.

“Nous sommes heureux de la progression de Total. Abaisser le point mort en termes de cash flow était la chose à faire et il est bon de constater qu‘ils avancent sur le développement des nouveaux projets et la défense de la croissance future”, a déclaré Jonathan Waghorn, gérant chez le britannique Guinness Asset Management, qui détient des actions Total.

Selon Jason Kenney, analyste chez Santander, le plus grand mérite de Patrick Pouyanné consiste à avoir réorienté rapidement Total tout en préservant les bonnes relations que Christophe de Margerie entretenait avec nombre de pays incontournables dans l‘industrie pétrolière.

“Pouyanné a bâti sur ces fondations mais a aussi apporté au groupe une approche commerciale prudente qui lui a permis de traverser deux années très difficiles et de renforcer Total pour le rendre plus résistant que ses concurrents à l‘épreuve du temps”, a-t-il estimé.

Le PDG de Total, âgé de 53 ans, a rejoint le groupe pétrolier en 1997 avant d‘occuper divers postes en Angola et au Qatar et de devenir directeur de la stratégie du groupe en 2006.

“JAMAIS GRATUIT”

Polytechnicien et ingénieur du corps des Mines, cet amateur de rugby et de tennis avait auparavant débuté sa carrière dans des cabinets ministériels, notamment auprès d‘Edouard Balladur et de François Fillon.

Sous son impulsion, outre un plan d‘économies de 4 milliards de dollars en 2018 par rapport à 2014, Total a notamment abandonné une politique d‘exploration coûteuse qui s‘est avérée peu efficace et met aujourd‘hui l‘accent sur le gaz et les énergies renouvelables.

Le PDG souligne cependant que Total reste avant tout une compagnie pétrolière et gazière et que, sur les quelque 22 milliards de dollars de cash-flows générés par le groupe à 50 dollars le baril, 500 millions investis chaque année dans les renouvelables suffisent à développer cette nouvelle activité.

En mettant Total à la diète, Patrick Pouyanné s‘est toutefois attiré des critiques acerbes sur son mode de direction.

Décrit comme un microgestionnaire autoritaire doté d‘un esprit mathématique affuté et d‘un tempérament fougueux, ses détracteurs lui reprochent un franc-parler qui suscite parfois une crainte profonde dans son entourage.

“Il lui arrive d‘être frustré et d‘élever la voix quand les choses ne vont pas aussi vite qu‘il le voudrait, mais ce n‘est jamais gratuit”, estime l‘un de ses proches collaborateurs.

Selon cette source, Patrick Pouyanné pose beaucoup de questions et pousse ses équipes jusqu‘à leurs limites, se plongeant dans les détails des projets de Total pour en révéler les difficultés, mais il sait aussi être à l‘écoute de ceux qui sont en première ligne.

D‘autres observateurs jugent toutefois qu‘il s‘est entouré de hauts dirigeants triés sur le volet, peu enclins à remettre en cause sa stratégie, ce qui pourrait fragiliser Total.

“PATRICK A DIT”

“Son tempérament brouille un peu sa stratégie, certains se plaignent qu‘il n‘y ait pas une journée sans qu‘on entende ‘Patrick a dit’, on sent que tout tourne autour de lui et je pense que certains le trouvent excessif”, souligne Jean Alessandri, coordinateur CFTC de Total.

“Mais avec l‘environnement actuel, on a intérêt à avoir quelqu‘un qui est assis dans son fauteuil et qui regarde tout”, ajoute-t-il.

A la tête de la branche raffinage-chimie de Total, les diverses réorganisations que Patrick Pouyanné a supervisées ne se sont pas déroulées sans quelques accrochages avec les syndicats.

“Il ne négocie pas et il n‘a pas cherché les compromis”, selon Eric Sellini, coordinateur CGT de Total, qui juge également sévèrement les méthodes de Patrick Pouyanné depuis son accession à la tête de Total.

“Ça a été trop rapide et avec trop d‘incertitudes, il ne nous a pas donné le temps d‘étudier les impacts de la réorganisation.”

Le PDG fait cependant valoir que Total est “rapidement arrivé à la conclusion que le retournement du cycle allait être violent”.

“Nous avons réagi plus vite que nos concurrents en décidant de réduire nos coûts et nous avons réussi (...). Nous avons eu un temps d‘avance et nous avons retenu les leçons de ce que nous avions fait pour la branche raffinage-chimie.”

Total estime aujourd‘hui avoir les moyens d‘alimenter la future croissance de sa production, que ce soit à travers une dizaine de projets qu‘il prévoit de lancer dans les prochains 18 mois ou grâce à des acquisitions de ressources.

La compagnie pétrolière française, devenu la première “major” a augmenter son dividende au cours des douze derniers mois, a vu son action progresser d‘environ 18% en Bourse en 2016.

Et même si elle reste en dessous du niveau qu‘elle avait atteint en juin 2014, au moment du pic du prix du baril, elle a surperformé depuis lors les titres de ses rivaux, tels que Chevron, Exxon ou ENI.

Avec Benjamin Mallet et Gwadlys Fouche, édité par Jean-Michel Bélot

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