2 février 2017 / 18:10 / il y a 7 mois

Le dollar est plus volatil avec le paradoxe Trump

Les prises de position de Donald Trump sur la vigueur excessive du dollar et ses promesses de relance budgétaire qui induisent une hausse des taux d'intérêt synonyme d'une appréciation de la devise américaine vont se traduire pour les investisseurs par une poussée de la volatilité sur le marché des changes. /Photo d'archives/Lee Jae-Won

LONDRES (Reuters) - Les prises de position de Donald Trump sur la vigueur excessive du dollar et ses promesses de relance budgétaire qui induisent une hausse des taux d'intérêt synonyme d'une appréciation de la devise américaine vont se traduire pour les investisseurs par une poussée de la volatilité sur le marché des changes.

Le nouveau président américain et son principal conseiller au commerce international Peter Navarro ont fait irruption dans le débat sur la vigueur du dollar et ses conséquences négatives, selon eux, pour la compétitivité des Etats-Unis, poussant l'Allemagne et le Japon à réagir et semant le doute sur la poursuite de la coopération internationale sur les taux de change.

Ces prises de position n'ont rien de surprenant si l'on veut bien se souvenir de l'engagement de Donald Trump à redynamiser le tissu industriel américain et à relocaliser des emplois aux Etats-Unis. La volonté affichée de soutenir la croissance de l'économie américaine par une relance budgétaire massive devrait conduire à une hausse des taux d'intérêt et à une appréciation du dollar.

Pour les responsables économiques à travers le monde, les envolées sur le dollar fort en provenance de Washington remettent au premier plan l'engagement des pays du G20 de "s'abstenir de toute dévaluation compétitive et de ne pas fixer les taux de change en fonction d'impératifs de compétitivité."

Mais pour les investisseurs, elles se traduisent surtout par la perspective d'une volatilité accrue.

MONTAGNES RUSSES

"Si l'administration (américaine) s'exprime en faveur d'une baisse du dollar tout en conduisant des politiques qui vont le pousser dans l'autre sens, c'est la recette pour plus d'incertitude, voire plus de volatilité", a dit Joseph Gagnon, chercheur au Peterson Institute for International Economics, qui occupa un temps des responsabilités au sein de la Réserve fédérale.

"Il y a une tension entre des politiques qui pousseront le dollar à la hausse et le désir de la Maison blanche de le voir s'affaiblir. On pourrait dire que c'est paradoxal ou incohérent. Et cela peut se terminer de manière assez confuse."

Donald Trump et Peter Navarro ont accusé la Chine, l'Allemagne et le Japon, les trois principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis, de dévaluer leur monnaie pour le plus grand préjudice des entreprises et des consommateurs américains. La Chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre japonais Shinzo Abe ont rejeté ces accusations.

Les propos venant de la Maison blanche semblent toutefois avoir eu un impact. Le dollar est tombé à un plus bas de sept semaine mercredi, son indice contre un panier des principales autres devises tombant à 99,35 et l'euro repassant jeudi au dessus de 1,08 dollar pour la première fois depuis près de deux mois.

L'affaiblissement du dollar n'a toutefois pas que des mauvais côtés. L'appréciation du dollar au cours des trois dernières années était potentiellement déstabilisante pour le système financier international, l'endettement total exprimé en dollar hors des Etats-Unis atteignant près de 10.000 milliards de dollars.

Une étude de la Banque des règlements internationaux (BRI) publiée à la fin de l'année dernière montre que l'affaiblissement de la devise américaine contribue à assouplir les conditions financière à l'échelle mondiale, à faciliter les financements et à stabiliser les marchés.

Mais les signaux contradictoires envoyés par Washington pourrait avoir des effets contraires.

"Le dollar pourrait décaler sur ce genre de commentaires mais il ne montera ou ne baissera pas des semaines ou des mois durant seulement à cause d'eux", a dit Steve Barrow, stratège chez Standard Bank, ajoutant toutefois que le dollar était parti pour des tours de montagnes russes.

"Si les commentaires des responsables politiques sur leur monnaie étaient la seule chose qui comptait, nous aurions tous vendu le franc suisse ces dernières années et nous y aurions laissé notre chemise", a-t-il ajouté, rappelant le bond de la devise suisse après la décision inattendue de la Banque nationale suisse (BNS) d'abandonner le cours plancher contre l'euro en janvier 2015.

Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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