3 janvier 2017 / 08:48 / il y a 7 mois

Fincantieri retenu pour reprendre les chantiers navals STX

Divers navires construits par Fincantieri. Un tribunal sud-coréen a fait de l'italien Fincantieri le candidat privilégié à la reprise des chantiers navals STX de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Le groupe italien était le seul à avoir déposé une offre sur les chantiers navals de STX. /Photo d'archives/Alessandro Bianchi

SEOUL/PARIS (Reuters) - Le groupe italien Fincantieri, leader européen de la construction navale, a été confirmé mardi par la justice sud-coréenne dans son statut de candidat privilégié à la reprise des chantiers STX de Saint-Nazaire, en Loire-Atlantique.

Cette entreprise, propriété de la caisse des dépôts et consignations italienne, un organisme public, à plus de 70%, était la seule à avoir déposé une offre pour la reprise de cette entreprise florissante depuis quelques années grâce à l'explosion du marché des croisières.

Le porte-parole du tribunal de commerce de Séoul chargé du redressement judiciaire du groupe sud-coréen STX Offshore & Shipbuilding, propriétaire à 66% des chantiers de Saint-Nazaire, n'a pas fourni de précisions.

Le ministre français de l'Economie et des Finances, Michel Sapin, a refusé de commenter l'information, se contentant d'indiquer que le secrétaire d'Etat à l'Industrie, Christophe Sirugue, était attendu mercredi à Saint-Nazaire, où il rencontrera les syndicats de l'entreprise.

Ce dernier avait averti que l'Etat français utiliserait "tous les leviers dont il dispose" pour défendre ses intérêts.

L'Etat français n'entend pas baisser sa participation d'un tiers au capital de STX France, avait-il ajouté.

Les chantiers de Saint-Nazaire sont spécialisés dans la construction, très rentable, de navires de croisière.

Mais le groupe public français DCNS, spécialisé dans la construction navale militaire, veut pouvoir accéder à leurs infrastructures pour la construction de grands navires tels que porte-avions, pétroliers ravitailleurs ou porte-hélicoptères.

"Nous discutons avec tout le monde. Nous allons continuer avec Fincantieri", a dit à Reuters un porte-parole de DCNS. "Nous avons des intérêts stratégiques à préserver."

COOPÉRATION ET INQUIÉTUDES

Il a cependant refusé de dire comment DCNS, dont l'Etat est actionnaire à 62%, pourrait participer au montage final, se bornant à rappeler que les chantiers navals militaires français ont déjà une longue histoire de coopération avec Fincantieri.

La France a en effet développé et construit en partenariat avec ce groupe italien les frégates de défense aérienne de classe Horizon et les frégates multimissions FREMM.

Les carnets de commandes des chantiers de Saint-Nazaire sont pleins et les syndicats, comme les élus locaux, redoutent que la reprise de STX par un groupe étranger n'ouvre notamment la porte à une main-mise chinoise sur cette activité florissante.

Une source proche de Fincantieri a assuré à Reuters que le groupe italien entendait défendre un "projet de consolidation industrielle européenne et de développement du carnet de commandes de STX France".

Mais Christian Morel, délégué syndical CFDT des chantiers de Saint-Nazaire, est dubitatif. "On n'a aucune information pour le moment sur le montant de l'opération ou le contenu du projet, le secret a été bien gardé", a-t-il déclaré à Reuters.

"STX fabrique des paquebots, des navires militaires et des éléments d'énergie marine renouvelable. On a besoin de ces trois piliers pour vivre. Or, on a peur d'être hyperspécialisés demain dans les grands navires", a ajouté Christophe Morel.

La CFDT redoute aussi des transferts de technologies et de savoir-faire vers la Chine, où Fincantieri est en partenariat avec la China State Shipbuilding Corporation (CSSC).

Le syndicat s'inquiète enfin de possibles mutualisations de services : "Quand deux entreprises sont exactement sur le même marché, les recherches de synergies sont monnaie courante et la suppression de doublons à l'ordre du jour", rappelle-t-il.

UNE ENTREPRISE PRESQUE TRICENTENAIRE

Les syndicats de Saint-Nazaire avaient une préférence pour une reprise des chantiers navals par un consortium conduit par le néerlandais Damen associé aux croisiéristes clients de STX France. Mais Damen n'a finalement pas déposé d'offre.

Selon Christophe Morel, ce serait dû à une "mésentente" de dernière minute entre le croisiériste italo-suisse MSC et son concurrent Royal Caribbean Cruises (RCCL).

Un petit tiers du capital de Fincantieri, créé à Trieste en 1736, est entre les mains d'investisseurs privés et le groupe est coté à la bourse de Milan depuis 2014.

Le groupe s'enorgueillit d'avoir construit plus de 7.000 navires sur 20 chantiers sur quatre continents, dont 15 en Europe (huit en Italie), et d'être un des plus grands employeurs européens du secteur avec 19.000 salariés, dont 7.500 en Italie, auxquels s'ajoutent 80.000 salariés chez ses sous-traitants.

Il a réalisé en 2015 un chiffre d’affaires de 4,2 milliards d’euros. Après les trois premiers trimestres 2016, il affichait un résultat net positif de sept millions d’euros, un carnet de commandes de 21,8 milliards d’euros pour 106 navires commandés et un peu plus de cinq ans de travail ferme assuré.

STX France emploie pour sa part à Saint-Nazaire quelque 2.400 salariés, hors intérimaires et sous-traitants.

Avec Elisa Anzolin à Milan, Yann Le Guernigou à Paris et Guillaume Frouin à Nantes, édité par Yves Clarisse

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