14 juillet 2014 / 12:08 / dans 3 ans

La dette française est à la mode au Japon

TOKYO (Reuters) - Les investisseurs japonais ont été ces derniers mois les premiers acheteurs des obligations émises par l‘Etat français, un engouement qui illustre le sentiment que l‘Europe est promise à une phase de déflation et de faible croissance comparable à celle qu‘a connue le Japon ces dernières décennies.

Les investisseurs japonais ont été ces derniers mois les premiers acheteurs des obligations émises par l'Etat français, un engouement qui illustre le sentiment que l'Europe est promise à une phase de déflation et de faible croissance comparable à celle qu'a connue le Japon ces dernières décennies. /Photo prise le 6 janvier 2014/REUTERS/Yuya Shino

Depuis que la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé en mai qu‘elle prendrait des mesures radicales d‘assouplissement de sa politique monétaire, les banques et d‘autres grands investisseurs nippons se sont rués sur le marché obligataire français, convaincus par leur propre expérience que la dette d‘un pays dont la banque centrale combat la déflation est un pari gagnant, expliquent analystes et gérants.

“D‘une certaine manière, ils s‘attendent à une ‘japonisation’ : une déflation accompagnée d‘une longue période de taux d‘intérêt nuls”, résume Hiroki Shimazu, économiste senior de SMBC Nikko Securities.

Au total, les investisseurs japonais ont consacré 1.900 milliards de yens, soit 14 milliards d‘euros, à des achats d‘obligations françaises en mai, l‘équivalent de plus de 60% des nouvelles émissions du Trésor français sur cette période, montrent les statistiques du ministère japonais des Finances.

Les chiffres de juin ne sont pas encore disponibles mais plusieurs intervenants estiment que les achats japonais de titres français ont encore augmenté le mois dernier, dans un contexte plus généralement favorable à la dette de la zone euro. Selon l‘un d‘eux, les investisseurs japonais ont acheté l‘équivalent de trois quarts des nouvelles émissions françaises en juin.

Les obligations françaises représentent en quelque sorte le compromis idéal pour un investisseur japonais désireux de prendre position sur le marché de la zone euro : elles offrent un rendement supérieur à celui des titres allemands et un risque moindre que les italiens, les notes souveraines de Rome étant moins bonnes que celles de Paris.

L‘ÉVÉNEMENT DE L‘ANNÉE

En données brutes, les investisseurs japonais ont dépensé 6.600 milliards de yens (47,7 milliards d‘euros) en achats de dette française en mai, un montant sans commune mesure avec celui de 1.000 milliards enregistré l‘an dernier et qui est - de loin - le plus élevé depuis que Tokyo a commencé à compiler ces données en 2005.

Si la crise de la zone euro a été émaillée ces dernières années d‘épisodes d‘envolée des taux et de baisse des cours des obligations, les références historiques des investisseurs japonais sont bien différentes.

Durant la longue période de baisse des prix et de croissance faible dont a souffert l‘archipel, le marché obligataire nippon s‘est en effet illustré comme l‘un des plus porteurs du monde sur le long terme.

Après avoir ramené ses taux d‘intérêt à zéro, la Banque du Japon a inventé pendant cette période le concept d’“assouplissement quantitatif” en s‘engageant dans des achats massifs d‘obligations afin d‘injecter des liquidités dans l‘économie.

“Pour gagner de l‘argent en investissant, il faut prendre la plus importante position possible sur l‘événement le plus important de l‘année, c‘est comme cela qu‘on gagne”, explique le directeur d‘une société de courtage européenne à Tokyo, ajoutant que, pour les investisseurs japonais, “l‘assouplissement de la BCE est l‘événement le plus important de l‘année”.

“DÉJÀ VU”

La promesse du président de la BCE, Mario Draghi, de maintenir des taux très bas pendant “une période prolongée” et d‘assurer aux banques la fourniture de liquidités illimitées à taux très faible jusqu‘en décembre 2016, a été perçue au Japon comme le signe que les taux en zone euro ne bougeront pas pendant deux ans.

Cette perspective permet aux investisseurs de jouer sur la courbe de rendement. Par exemple, une obligation à cinq ans achetée aujourd‘hui alors qu‘elle offre un rendement de 0,47% et conservée deux ans devrait voir son cours s‘apprécier si les taux de marché restent inchangés puisque la dette à trois ans n‘offre qu‘un rendement de 0,1% environ.

Le rendement à 10 ans français, lui, a touché la semaine dernière un nouveau plus bas historique sous 1,55%, grâce entre autres aux achats japonais. Il est toutefois encore trois fois plus élevé que celui qu‘offrent les emprunts d‘Etat japonais.

Parallèlement, même si la BCE assure qu‘il est très faible, le risque de voir la zone euro sombrer dans la déflation n‘effraie pas outre mesure les investisseurs japonais, qui ont vécu des années de baisse des prix.

Ils se souviennent en effet que pendant les années de stagnation, les consommateurs nippons ont accumulé les dépôts sur leurs comptes bancaires et restreint leurs emprunts, ne laissant pas d‘autre choix aux banques que d‘investir leurs liquidités sur le marché obligataire.

La hausse de l‘épargne a nourri l‘excédent courant du Japon, favorisant l‘appréciation du yen et attisant les pressions déflationnistes, un autre parallèle avec la situation actuelle de la zone euro, dont l‘excédent courant a inscrit un record en janvier, assurant un soutien à la monnaie unique alors que la BCE s‘efforce de la faire baisser.

Marc Angrand pour le service français, édité par Véronique Tison

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below