10 juillet 2014 / 15:18 / dans 3 ans

La banque portugaise BES inquiète le secteur financier

LISBONNE (Reuters) - Les difficultés rencontrées par la banque portugaise Banco Espirito Santo (BES), dont la cotation a été suspendue jeudi à Lisbonne, ont entraîné dans leur sillage les marchés boursiers européens et américain jeudi et provoqué une nette remontée des rendements des obligations du Portugal.

Les difficultés rencontrées par la banque portugaise Banco Espirito Santo (BES), dont la cotation a été suspendue jeudi à Lisbonne, entraînent dans leur sillage tout le secteur financier européen ainsi qu'une nette remontée des rendements des obligations du Portugal. /Photo prise le 20 juin 2014/REUTERS/Rafael Marchante

Les craintes sur la santé financière de la première banque portugaise cotée ont fait chuter les valeurs bancaires européennes, dont l‘indice sectoriel a cédé 1,65%, et se sont propagées outre-Atlantique, où l‘indice S&P du secteur financier a fini en baisse de 0,62%.

L‘autorité de régulation des marchés financiers portugais (CMVM) a suspendu dans l‘après-midi la cotation de BES, dont l‘action avait auparavant perdu jusqu‘à 19%, après des informations évoquant une restructuration de sa dette.

Dans la soirée, la CMVM a annoncé que les ventes à découvert d‘actions BES seraient interdites vendredi.

Avant la suspension, la chute de l‘action BES s‘était accélérée après la décision par Espirito Santo Financial Group (ESFG), principal actionnaire de la banque avec 25%, de suspendre la cotation de ses propres actions et de ses obligations en raison de “difficultés importantes” chez sa propre société-mère, Espirito Santo International (ESI), qui est contrôlée par la famille du même nom.

ESFG, un conglomérat qui contrôle également une société d‘assurance et une banque en Suisse, a dit vouloir évaluer l‘impact de son exposition à ESI.

LA BOURSE DE LISBONNE PERD 4%

Ces mouvements au Portugal, pays tout juste sorti du plan d‘aide internationale dont il bénéficié au plus fort de la crise de la dette en 2011, ont secoué les Bourses européennes, tombées à leur plus bas niveau depuis deux mois, et Wall Street dans la foulée.

La Bourse de Lisbonne a chuté de 4,18% et entraîné Madrid (-1,98%) et Milan (-1,90%), et dans une moindre mesure Francfort (-1,52%) et Paris (-1,34%).

A Wall Street, le S&P-500 a perdu jusqu‘à 1% dans les premiers échanges avant de réduire sa perte à 0,41% en clôture.

Le regain de volatilité a poussé la banque espagnole Banco Popular à annuler une émission obligataire de 750 millions d‘euros et le groupe de construction ACS a également reporté une émission. La banque espagnole Liberbank, actionnaire à hauteur de 0,93% d‘Espirito Santo Financial Group, a vu son action perdre jusqu‘à 10% avant de finir en baisse de 2%. La Grèce, quant à elle, n‘a pu placer que la moitié des obligations d‘Etat qu‘elle adjugeait jeudi.

Le rendement des emprunts d‘Etat à 10 ans portugais est remonté au-dessus du seuil de 4%, tout en restant très loin des pics à 17% atteints pendant la crise de la dette.

La Banque du Portugal a affirmé jeudi que la situation de solvabilité de BES était “solide” et a ajouté avoir pris des mesures pour assurer qu‘il n‘y ait pas de contagion des problèmes des sociétés de la galaxie Espirito Santo à la banque.

Le gouvernement, de son côté, dispose encore de six milliards d‘euros de financements pour venir en aide au secteur bancaire si nécessaire.

QUELLE EXPOSITION ?

Mais malgré les assurances de la banque centrale et les déclarations répétées du gouvernement sur la spécificité du cas BES et l‘absence de risques pour les finances publiques, l‘inquiétude suscitée par l‘actualité de jeudi est venue rappeler les heures les plus noires de la crise de la dette.

“Le cas Espirito Santo couve depuis un certain temps, il est maintenant clairement en train d‘éclater et c‘est un dossier préoccupant pour le pays alors qu‘il sort tout juste du plan d‘aide international”, estime Nicholas Spiro, à la tête de Spiro Sovereign Strategy à Londres.

Les investisseurs veulent avant tout savoir quel est le niveau d‘exposition de BES et de sa holding de contrôle ESFG aux difficultés d‘ESI et d‘une autre holding de la famille, Rioforte.

ESI, enregistrée au Luxembourg, est dans le collimateur des autorités depuis qu‘un audit à mis au jour en mai des “irrégularités importantes”, qui, selon BES, risquent de nuire à sa réputation.

BES a vendu de la dette émise par ESI mais cette dernière a été incapable d‘honorer certaines échéances financières.

BES a dit avoir une exposition de 980 millions d‘euros aux deux holdings et ESFG a de son côté provisionné 700 millions d‘euros pour la dette d‘ESI.

Des sources ont déclaré mercredi à Reuters que le groupe envisageait la possibilité d‘un échange dette contre actions et que, face à ses difficultés financières, il pourrait demander un rééchelonnement de ses dettes. Elles ont ajouté que le plan de restructuration n‘était pas encore prêt.

“Cela devient de plus en plus un problème qu‘ESI et ESFG - et peut-être même BES - ne parviennent pas à maîtriser”, juge Tom Jenkins, analyste chez Jefferies, à Londres.

Avant sa suspension, BES chutait de plus de 17%, portant à plus de 50% la chute de sa capitalisation depuis un mois. L‘action se traitait à 0,51 euro, bien en-dessous du prix de 0,65 euro fixé pour l‘augmentation de capital réalisée en juin.

Pour Joao Lampreia, analyste à Banco Big, BES chute car il est de plus en plus clair que les holdings familiales devront recourir à une restructuration de leur dette.

“Nous parlons d‘une exposition directe ou indirecte (de BES aux holdings familiales) de 3,5 milliards d‘euros, soit la capitalisation boursière de BES”, a-t-il dit.

La famille Espirito Santo, l‘une des principales dynasties bancaires en Europe, a fondé BES en 1869.

Wilfrid Exbrayat, Patrick Vignal et Mathilde Gardin pour le service français, édité par Véronique Tison

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