2 juin 2014 / 07:33 / dans 3 ans

Vers un record d'entrées en Bourse pour les biotechs

PARIS (Reuters) - 2014 devrait être en France une année record pour les introductions en Bourse de sociétés de biotechnologie, rendant ainsi plus visible un secteur dont les innovations ciblées suscitent l‘intérêt des investisseurs mais aussi des grands groupes pharmaceutiques.

2014 devrait être en France une année record pour les introductions en Bourse de sociétés de biotechnologie, rendant ainsi plus visible un secteur dont les innovations ciblées suscitent l'intérêt des investisseurs mais aussi des grands groupes pharmaceutiques. /Photo d'archives/REUTERS

Au total, une douzaine d‘entreprises touchant aux sciences de la vie ont déjà tenté l‘aventure boursière depuis janvier, contre sept pour tout 2013, afin d‘obtenir les fonds nécessaires au financement des prochaines étapes de leur recherche.

Ces startups sont spécialisées dans des domaines aussi variés que les vaccins thérapeutiques (Genticel), la recherche de nouvelles molécules contre les cancers (Oncodesign) l‘immunothérapie cellulaire (TxCell), les tests de maladies génétiques (Genomic Vision), l‘imagerie médicale (Supersonic Imagine), les injections sans aiguille (Crossject) ou encore l‘échothérapie par ultrason des tumeurs (Theraclion).

“Sur le premier semestre, le niveaux des IPO est historiquement élevé. On voit bien qu‘il y a une confiance qui s‘instaure entre les sociétés, les analystes, les investisseurs. Nous sommes en train, non pas de faire un coup, mais de bâtir quelque chose de significatif”, considère Pierre-Olivier Goineau, le président de France Biotech, l‘association regroupant les entreprises du secteur.

De fait, les investisseurs institutionnels européens et de nombreux petits porteurs ont accompagné ces sociétés, bien qu‘elles soient quasiment toutes déficitaires et que les perspectives de mise sur le marché de leurs traitements restent assez lointaines et parfois aléatoires.

Ils y sont encouragés par la confiance qu‘inspire les acteurs du secteur déjà côtés, dont certains peuvent se targuer d‘avoir su attirer des investisseurs américains.

L‘entrée de ces derniers dans le capital de DBV Technologie, Innate Pharma où Cellectis est un signe positif qui stimule tous le secteur même si les fonds américains restent pour l‘instant à l‘écart des introductions en Bourse, observent des analystes.

TRANSFORMATION ET MUTATION

Cette appétence pour les biotechs signe un processus de maturation engagé depuis près de 10 ans et ponctué par des avancées en matière de recherche, que valide la signature de nombreux partenariats industriels, ajoutent-ils.

Plus globalement, elle est, selon eux, également liée à la mutation du secteur pharmaceutique de la médecine générale vers des médicaments de niche très innovants.

Pour autant, l‘avenir de ces sociétés risque de ne pas suivre le cours d‘un fleuve tranquille.

“Nous avons réussi des IPO sans les américains mais pour aller plus loin et offrir des rotations de capital au ‘venture capital’, ce serait un plus. Ils sont un boost qui donne confiance”, souligne Pierre-Olivier Goineau qui, pour susciter leur intérêt, présentera aux investisseurs nord-américains une quinzaine de sociétés à New York les 25 et 26 juin prochains.

Chez Deloitte, Fabien Brovedani, associé et responsable des introductions en Bourse de sociétés liées aux sciences de la vie, prévoit que les investisseurs seront plus regardants s‘agissant des sociétés qui voudront entrer en Bourse en 2015.

“Elles devront avoir une véritable histoire à raconter et démontrer le caractère innovant de leur recherche. Je sens un peu plus de défiance des investisseurs sur les dossiers d‘IPO de sociétés de biotechs qu‘on leur propose ce qui me fait penser que cela va probablement ralentir en 2015”, précise-t-il.

Pour assurer leur survie, certaines de ces sociétés pourraient devoir grossir via des opérations de fusions acquisitions.

Pour le président de France Biotech, “les M&A ne sont plus des mouvements de ‘big à small’ mais de ‘small à small’” à l‘instar de Bioalliance qui va racheter son homologue danois Topotarget créant ainsi un acteur majeur dans le traitement des cancers rares en Europe.

LE DÉCRET SUR LES INVESTISSEMENTS ÉTRANGERS BIEN ACCUEILLI

“Il y a d‘autres projets qui arrivent. Cela se fera, car les sociétés ne le font pas par manque d‘argent. Ce sont des M&A stratégiques”, déclare-t-il en pronostiquant que de ce point de vue “2014 risque aussi d‘être une belle année”.

De son côté, Fabien Brovedani estime que les opérations de fusions à venir devraient majoritairement s‘inscrire dans le cadre d‘échanges de titres entres sociétés du secteur.

“Par contre le nombre d‘acquisitions de sociétés de biotechnologie par des big pharma devrait, lui, s‘accroître au cours des prochaines années”, poursuit-il.

Pour Sébastien Malafosse, analyste chez Oddo, ces grands laboratoires devraient toutefois attendre que les entreprises de biotechnologie obtiennent une autorisation de mise sur le marché “pour mettre le prix sur des cibles”.

Rafaèle Tordjman, partenaire-associé de Sofinnova Partners, le fonds de capital risque spécialisé dans les sciences de la vie, estime quand à elle que la croissance externe n‘est pas la seule voie de croissance des sociétés du secteur.

En tout état de cause, poursuit-elle, si elles décidaient de fusionner ce ne serait pas “dans une situation de détresse”.

Tout en se disant favorable à une “internationalisation” du secteur le président de France Biotech salue le récent décret pris par le gouvernement français relatif au contrôle des investissements étrangers en France.

Il observe que la décision du gouvernement d‘aligner son dispositif sur les pratiques anglo-saxonnes, notamment dans les phases en amont des opérations, “n‘est en rien un frein, ni au dynamisme, ni au financement de notre industrie”.

Fabien Brodevani considère pour sa part que le décret va plus probablement concerner “dans un premier temps des opérations emblématiques touchant des groupes de tailles beaucoup plus significatives que nos biotechs”.

Quant à Rafaèle Tordjman, elle rappelle qu‘en 2004 déjà le gouvernement de l‘époque avait mis tout son poids dans la balance pour favoriser la fusion d‘Aventis avec Sanofi en décourageant le suisse Novartis d‘entrer dans la bataille.

Noëlle Mennella, avec la contribution d'Alexandre Boksenbaum-Granier pour le graphique, édité par Jean-Michel Bélot

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