25 mai 2014 / 11:54 / dans 3 ans

Les parfumeurs se préparent au durcissement de la réglementation

PARIS (Reuters) - La future réglementation européenne sur les parfums qui devrait entrer en vigueur d‘ici la fin de l‘année oblige l‘industrie à reformuler nombre de jus sans pour autant provoquer le séisme redouté par la profession.

La future réglementation européenne sur les parfums qui devrait entrer en vigueur d'ici la fin de l'année oblige l'industrie à reformuler nombre de jus sans pour autant provoquer le séisme redouté par la profession. /Photo d'archives/REUTERS/Eric Gaillard

La Commission européenne, saisie en 2012 par le Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs (CSSC), a durci la réglementation en optant pour l‘interdiction de certains ingrédients et pour une extension des règles d‘étiquetage visant à protéger les consommateurs des risques d‘allergies.

En préconisant d‘interdire deux molécules présentes dans les extraits de mousse de chêne ainsi que l‘extrait synthétique de muguet (HICC), elle est allée beaucoup moins loin que ce que prônait le comité scientifique, à savoir l‘interdiction pure et simple de ces mousses qui apportent aux jus leurs notes boisées et permettent de les fixer dans le temps.

La mousse de chêne est utilisée dans des parfums aussi emblématiques que le N°5 de Chanel, qui reste le plus vendu au monde, ou que Miss Dior (groupe LVMH), autre jus du patrimoine de la parfumerie française.

Les parfumeurs pourront continuer à utiliser les extraits de mousses, à condition qu‘ils soient filtrés pour éliminer les molécules incriminées, à savoir l‘atranol et le chloroatranol.

Cette réglementation “peut impacter de façon importante les parfums dans lesquels le taux de mousses atteint 3% ou 4% du concentré”, commente Richard Fraysse, parfumeur de Caron.

Mais les parfumeurs, qui ont anticipé la difficulté, travaillent à de nouvelles formules depuis plus d‘un an, ajoute-t-il, précisant que d‘autres produits peuvent être utilisés en remplacement, comme le bois de cèdre.

RISQUE OLFACTIF

Ces procédés sont cependant coûteux, longs et complexes, impliquant des batteries de tests pour éviter le “risque olfactif”, celui de voir une clientèle délaisser son parfum fétiche.

Frédéric Malle, fondateur des Editions de Parfums Frédéric Malle, explique avoir reformulé le quart de ses parfums environ. “Cela peut prendre plus de six mois pour recomposer un parfum, avec un minimum de 30 tests”, dit-il.

Mais la réglementation sur les parfums a déjà maintes fois évolué et l‘industrie du parfum a dû à chaque fois s‘adapter.

“C’est précisément le talent de notre ‘nez’ que de réussir à prendre en compte les contraintes réglementaires en préservant les qualités et l‘identité olfactive des parfums”, a fait savoir Chanel Parfums.

Interrogés, Hermès, comme Guerlain et Dior, tous les deux propriété du groupe LVMH, se sont refusés à tout commentaire.

“Il faut éviter le principal risque, celui du changement olfactif qui représente un vrai risque commercial (...) Cela étant, le sujet étant récurrent, nous le maîtrisons plutôt bien” souligne pour sa part Philippe Benacin, PDG d‘Interparfums, concepteur de parfums pour Boucheron (groupe Kering), Van Cleef & Arpels (Richemont) ou Lanvin.

Par ailleurs, la Commission n‘a pas suivi les préconisations du comité scientifique concernant neuf ingrédients clés pour l‘industrie, comme le citral, présent dans les huiles essentielles de citron et de mandarine, la coumarine que l‘on trouve dans les fèves de tonka, l‘eugénol présent dans l‘essence de rose ou encore l‘isoeugénol de l‘ylang-ylang, qui sont des piliers de la parfumerie fine.

Le CSSC avait recommandé de restreindre la concentration de ces ingrédients à seulement 0,01% du produit fini, mais la Commission a estimé que les dosages devaient faire l‘objet d‘autres mesures d‘évaluation, notamment sur les personnes non allergiques.

“La réduction drastique des concentrations autorisées aurait posé des problème majeurs à l‘industrie”, a reconnu David Hudson, porte-parole de Neven Mimica, commissaire chargé du marché intérieur et de la protection du consommateur.

Le groupe LVMH s‘est quant à lui félicité d‘une approche qui “garantit la sécurité des consommateurs et préserve l‘héritage olfactif européen”.

Pour Caron, un des plus anciens parfumeurs français, les propositions du comité scientifique, dans leur mouture initiale, étaient “quasiment mortelles” pour la profession.

INFORMATION DU CONSOMMATEUR

La future réglementation entend aussi davantage alerter les consommateurs des risques d‘allergies potentielles en portant de 26 à 82 le nombre d‘ingrédients devant faire l‘objet d‘une information du public.

La forme que prendra cette information n‘a pas encore été tranchée et a fait l‘objet de nombreux avis lors d‘une consultation publique qui s‘est achevée le 14 mai et dont les résultats devraient être publiés d‘ici le mois de juillet.

Plusieurs pistes sont à l‘étude, comme le renvoi vers des sites internet pour éviter d‘illisibles et pléthoriques listes sur les boites et les étiquettes des produits.

Le marché mondial du parfum était estimé à environ 36 milliards de dollars en 2013, dont 19,3 milliards pour les jus haut de gamme et 16,8 milliards pour les parfums de grande diffusion, selon les chiffres d‘Euromonitor.

Les propositions de la Commission devraient être adoptées, sous forme d‘un amendement au règlement cosmétique, d‘ici la fin 2014.

Edité par Jean-Michel Bélot

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