10 avril 2014 / 11:29 / dans 4 ans

La Grèce réussit son retour sur le marché de la dette

LONDRES/ATHENES (Reuters) - Quatre ans après en avoir été exclu, la Grèce a accompli jeudi un retour réussi sur le marché obligataire, empruntant sans difficulté trois milliards d‘euros en profitant de l‘intérêt des investisseurs pour les titres offrant un rendement élevé.

LES RENDEMENTS DE LA DETTE GRECQUE

Le rendement de cette émission à cinq titres a été fixé à 4,95% seulement, l‘un des taux les plus bas offerts ces dernières années par l‘un des pays ayant bénéficié d‘un plan d‘aide financière international.

Cette émission obligataire, la première depuis le sauvetage de la Grèce en 2010 par l‘Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI), a suscité une demande d‘un montant total dépassant 20 milliards d‘euros de la part de plus de 550 investisseurs.

La Grèce, à la différence de l‘Irlande et du Portugal, également renfloués par la troïka ces dernières années, avait pourtant fait défaut sur sa dette en 2012 et ses notes souveraines se situent toujours dans le bas de l‘échelle de catégorie spéculative (“junk”) du barème des grandes agences.

Mais les investisseurs ont manifestement privilégié la recherche de rendement dans un contexte toujours dominé par des taux d‘intérêt historiquement bas.

Le fait que de nombreux observateurs s‘attendent à voir la Banque centrale européenne (BCE) prendre dans les mois à venir de nouvelles mesures pour soutenir la reprise de la zone euro nourrit aussi l‘appétit pour les titres émis par des pays de la région.

“MÉMOIRE COURTE”

Le gouvernement grec a déclaré que l‘émission marquait le début de la fin des plans d‘austérité qui touchent le pays depuis le début du plan d‘aide de 237 milliards d‘euros échafaudé par la “troïka”, avec pour effet une chute de près d‘un quart du PIB et une envolée du taux de chômage.

Celui-ci est revenu à 26,7% en janvier selon des statistiques officielles publiées jeudi, son plus bas niveau depuis 11 mois même s‘il reste l‘un des plus élevés d‘Europe.

“Aujourd‘hui, la Grèce a franchi une étape décisive vers la sortie de la crise”, a dit le Premier ministre, Antonis Samaras dans une allocution télévisée. “La confiance dans notre pays a été confirmée par notre juge le plus objectif : le marché.”

La Grèce a fait défaut à plusieurs reprises au cours des dernières décennies et sa dette publique représente environ 175% de sa richesse nationale, un niveau jugé intenable à long terme par la plupart des économistes.

Les investisseurs ont pourtant semblé oublier jeudi que les créanciers privés d‘Athènes avaient subi de lourdes pertes lors de la dernière restructuration en date, il y a deux ans.

“Cela montre pour le moins que les marchés de capitaux ont la mémoire relativement courte”, a commenté Jeremy Lawson, chef économiste de l‘assureur britannique Standard Life.

“Si la situation semble s‘améliorer, il y aura toujours quelqu‘un de disposé à prêter à un pays donné, quelle que soit son histoire en matière de défauts.”

Athènes ne s‘attend pour autant pas à couvrir avant 2016 l‘ensemble de ses besoins de financement par le seul recours aux marchés.

UN ATTENTAT AVANT UNE VISITE DE MERKEL

Les créanciers du pays ont eux aussi salué la réussite de l‘émission, estimant qu‘elle récompensait les mesures difficiles qu‘ont dû subir les Grecs et qu‘elle profiterait à toute l‘Europe.

“C‘est un signe important montrant que l‘économie grecque est en train de regagner la confiance des investisseurs”, a dit Siim Kallas, vice-président de la Commission européenne.

Il a toutefois jugé “crucial de poursuivre avec rigueur la réalisation des objectifs budgétaires”.

De fait, les coûts de financement de la Grèce figurent toujours parmi les plus élevés de la zone euro, même si, sur le marché secondaire, le rendement de ses obligations est revenu cette semaine sous le seuil de 6% à dix ans.

Environ 85% de la dette publique d‘Athènes est aujourd‘hui détenue par l‘UE et le FMI, sous forme de titres de très longue maturité offrant des taux d‘intérêt très bas. Les créanciers privés détiennent environ 30 milliards d‘euros d‘obligations de maturités allant de 10 à 30 ans.

Si le gouvernement se félicite de l‘amélioration de l‘image financière du pays, la situation politique, elle, reste tendue.

Une explosion s‘est produite en début de journée dans un quartier de bureaux de la capitale, non loin d‘un bâtiment de la banque centrale, de la représentation du FMI et du ministère des Finances.

Cet attentat à la bombe, le plus important commis à Athènes depuis plusieurs années, a fait des dégâts mais aucune victime. Il n‘a pas été revendiqué dans l‘immédiat mais la police privilégie la piste de groupes activistes de gauche ou anarchistes.

L‘explosion a eu lieu à la veille d‘une visite de la chancelière allemande Angela Merkel, que de nombreux Grecs accusent d‘être à l‘origine des politiques d‘austérité en vigueur depuis plusieurs années, l‘Allemagne étant le premier créancier du pays.

avec le bureau IFR de Londres, Juliette Rouillon et Marc Angrand pour le service français, édité par Nicolas Delame

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