2 avril 2014 / 10:04 / dans 4 ans

Nommé ministre de l'Economie, Arnaud Montebourg prend du galon

Arnaud Montebourg, nommé mercredi ministre de l'Economie, du Redressement productif et du Numérique. A u ministère du Redressement productif dans le précédent gouvernement, cet opposant viscéral à la mondialisation, n'a pas mis dans sa poche ses critiques contre l'Allemagne, l'euro fort, les politiques européennes d'austérité ou la presse anglo-saxonne donneuse de leçons. /Photo prise le 26 mars 2014/REUTERS/Charles Platiau

PARIS (Reuters) - Arnaud Montebourg, nommé mercredi ministre de l‘Economie, du Redressement productif et du Numérique, a accompli une mue au ministère du Redressement productif dans le précédent gouvernement, en passant de pourfendeur des patrons voyous à héraut de l‘industrie française.

Le “troisième homme” de la primaire socialiste de 2011, opposant viscéral à la mondialisation, n‘a pas mis dans sa poche ses critiques contre l‘Allemagne, l‘euro fort, les politiques européennes d‘austérité ou la presse anglo-saxonne donneuse de leçons.

Mais il s‘est bien gardé de contester publiquement la ligne sociale-démocrate de son ancien adversaire François Hollande, préférant livrer bataille sur le terrain médiatique du “made in France” que d‘étaler ses états d‘âme.

Si clash il y a eu, c‘est avec Jean-Marc Ayrault, au moment de la tentative de sauvetage des hauts fourneaux de Florange (Moselle) fin 2012, quand le chef du gouvernement s‘empare du dossier et désavoue son impétueux ministre, coupable d‘avoir brandi la menace d‘une nationalisation temporaire du site.

Humilié, Arnaud Montebourg pense à démissionner à l‘issue de cet incident qui met à mal la cohésion du gouvernement. S‘il y renonce, c‘est, dit-il après coup, à la demande de François Hollande et du syndicaliste CFDT de Florange, Edouard Martin.

L‘affaire laissera des traces au point que l‘ambitieux ministre du Redressement productif n‘hésite pas à s‘afficher sur le terrain, pendant la campagne des municipales, avec un autre adversaire juré de Jean-Marc Ayrault, Manuel Valls, comme s‘il s‘agissait de montrer sa compatibilité avec le ministre de l‘Intérieur si celui-ci était appelé à Matignon.

COHABITATION TENDUE AVEC MOSCOVICI

L‘événement Florange est révélateur du style des premiers pas d‘Arnaud Montebourg à Bercy. Plus que de “redressement productif”, c‘est à un travail de pompier qu‘il doit se livrer face à des accidents industriels en série dus à la crise.

“Patrons voyous” et actionnaires irresponsables sont les cibles de l‘élu de Saône-et-Loire qui, frustré de ne pouvoir que constater les dégâts, part en guerre contre la famille Peugeot ou l‘homme d‘affaires Lakhsmi Mittal, PDG d‘Arcelor-Mittal.

Sa cohabitation avec Pierre Moscovici, qui tente tant bien que mal de rassurer des investisseurs étrangers alarmés par cette rhétorique, est tendue.

Le ministre de l‘Economie et des Finances doit défendre ses services face à un Arnaud Montebourg qui fustige l‘orientation “clairement ultralibérale” de la direction du Trésor.

La création de la BPI (Banque publique d‘investissement) est une autre source de tensions. Le ministre du Redressement productif y voit un instrument pour suppléer les banques “qui refusent de faire leur travail, de prendre des risques” au service de l‘économie réelle, au risque de tuer des entreprises, un langage bien éloigné de celui de Pierre Moscovici.

Loin d‘être une répartition des rôles, leurs divisions sont encore patentes dans le dossier du rachat de Dailymotion par Yahoo, auquel Arnaud Montebourg fait échec pour éviter que la pépite française ne passe sous contrôle américain.

Car ses positions anti-mondialisation trouvent un prolongement dans sa défense du “patriotisme industriel”, une campagne qui suscite des échos chez des chefs d‘entreprise.

N‘hésitant pas à poser en marinière, robot culinaire à la main, pour vanter le “made in France” à la une d‘un magazine, Arnaud Montebourg défend le “patronat industriel et patriote” pour mieux l‘opposer aux dirigeants d‘entreprise “hors sol.”

SOUS L‘INFLUENCE DE COLBERT

Il s‘entoure pour cela d‘anciens grands patrons partisans d‘un “Etat stratège” - comme Jean-Louis Beffa (Saint-Gobain) et Jean-François Dehecq (Sanofi) - dans une grande tradition colbertiste dont il revendique ouvertement l‘héritage et dont il fait un usage étendu.

Il lance ainsi sous le nom de “Colbert 2.0” un logiciel destiné à aider les entreprises à évaluer l‘intérêt de relocaliser des activités en France.

Cette politique est pourtant loin de faire l‘unanimité et il n‘est pas épargné par les critiques quand il s‘immisce dans la bataille pour SFR pour soutenir l‘offre de Bouygues.

Ses prises de position contre la mondialisation irritent aussi. L‘ancien secrétaire général de l‘OMC (Organisation mondiale du commerce), Pascal Lamy, dont le nom a circulé un temps pour succéder à Pierre Moscovici, a estimé qu‘il avait “quelques problèmes de GPS” en défendant le protectionnisme.

“Si le ‘made in France’ veut dire que tout le monde fait chez soi ce qu‘il consomme, cela veut dire des tee-shirts faits en France et des Airbus faits en Chine. Ce n‘est pas le bon avenir pour les travailleurs français”, a-t-il dit.

Un autre contentieux l‘oppose aux alliés écologistes du Parti socialiste, en raison de son insistance à réclamer une expérimentation sur l‘exploitation des gaz de schiste.

Agé de 52 ans, cet avocat avait obtenu en arrivant à Bercy le premier poste important d‘une carrière politique entamée avec son élection en 1997 à l‘Assemblée comme député de Saône-et-Loire et où il s‘est illustré d‘abord par ses positions sur la corruption et la nécessité d‘une VIe République.

Edité par Yves Clarisse

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