9 mars 2014 / 15:12 / dans 4 ans

Bouygues vend son réseau à Free pour s'emparer de SFR

PARIS (Reuters) - Bouygues Telecom a engagé des négociations exclusives avec son concurrent Free en vue de lui céder l‘intégralité de son réseau mobile, espérant ainsi lever un obstacle majeur à son projet de rapprochement avec la filiale de Vivendi SFR.

Bouygues Telecom a engagé des négociations exclusives avec son concurrent Free en vue de lui céder l'intégralité de son réseau mobile, espérant ainsi lever un obstacle majeur à son projet de rapprochement avec la filiale de Vivendi SFR, également convoitée par le câblo-opérateur Numericable. /Photo prise le 7 mars 2014/REUTERS/Charles Platiau

La filiale de Bouygues prévoit de vendre à Iliad la totalité de ses 15.000 antennes ainsi qu‘un ensemble de fréquences mobiles dans le cadre d‘une transaction dont le montant pourrait atteindre 1,8 milliard d‘euros, ont indiqué dimanche les deux groupes dans des communiqués distincts.

L‘opération, qui a été dévoilée par Le Journal du Dimanche, ne sera mise en oeuvre que si Bouygues parvient à ses fins avec SFR, également convoité par le câblo-opérateur Numericable qui a soumis à Vivendi une offre concurrente.

Elle apparaît comme un coup de poker de Martin Bouygues dont l‘alliance de circonstance avec le numéro un d‘Iliad Xavier Niel détonne alors que les deux hommes n‘étaient pas réputés jusque-là pour entretenir des relations de franche camaraderie.

“Je me félicite de cet accord permettant de présenter à l‘Autorité de la concurrence un projet de fusion entre SFR et Bouygues Telecom assorti désormais de mesures assurant une forte concurrence par les infrastructures sur le marché français de la téléphonie mobile”, dit le PDG de Bouygues dans un communiqué.

Avec cet accord, le groupe de BTP et de communication anticipe les probables réticences de l‘Autorité de la concurrence face au projet SFR-Bouygues qui aurait pour conséquence de réduire le nombre d‘opérateurs mobiles en France.

Les obstacles concurrentiels étaient considérés par plusieurs analystes comme l‘une des principales faiblesses du dossier Bouygues face à celui de Numericable, qui ne possède pas de réseau mobile.

“Nous apportons une réponse immédiate aux impératifs de la concurrence”, assure le PDG de Bouygues Telecom, Olivier Roussat, dans une interview au JDD.

“En cas de fusion avec SFR, nous aurions un réseau de trop. Là, il y a un acheteur qui va recréer une dynamique concurrentielle. Cette solution clé en mains devrait faciliter le mariage avec SFR”, ajoute-t-il.

MONTEBOURG POUR UN MARCHÉ À TROIS OPÉRATEURS

Numericable n‘a pas souhaité faire de commentaire sur ces informations.

“Le conseil de surveillance va étudier tous les scenarii pour valoriser SFR et va continuer à faire son travail”, a déclaré un porte-parole de Vivendi, en précisant que le conseil de surveillance n‘avait pas de candidat favori.

Selon une source au fait du dossier, l‘initiative de Bouygues devrait lui permettre de revenir à armes égales dans la compétition avec Numericable pour convaincre le conseil de surveillance de Vivendi. Celui-ci pourrait se réunir en fin de semaine prochaine.

“Ça rend bien sur les choix beaucoup plus équilibrés. Maintenant il y a deux offres qui ont chacune leurs avantages”, a expliqué la source.

Bouygues propose à Vivendi 10,5 milliards d‘euros en numéraire et une participation de 46% dans l‘ensemble constitué de Bouygues Telecom et SFR, qui serait ensuite introduit en Bourse. Numericable offre 11 milliards d‘euros en cash et 32% de l‘ensemble à Vivendi.

Selon une autre source au fait du dossier, la vente par Bouygues de son réseau mobile ne résout pas tous les problèmes de concurrence car la nouvelle entité Bouygues-SFR deviendrait le nouveau numéro un du mobile avec environ 32 millions de clients devant Orange avec 27 millions, laissant loin derrière Free mobile qui s‘est lancé il y a seulement deux ans.

“Tout le monde assume que la guerre des prix est terminée dans cette hypothèse-là”, a expliqué la source.

Interrogé à ce sujet par le JDD, Olivier Roussat a simplement répondu que le projet de cession “permet à chacun d‘abaisser ses coûts”.

Dans une interview au Parisien Dimanche, le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, estime pour sa part que le secteur français de la téléphonie mobile serait plus fort s‘il revenait à trois opérateurs, marquant ainsi son soutien au projet de rapprochement Bouygues-SFR.

“La concurrence par la destruction s‘arrêtera si nous revenons à trois opérateurs mobiles tout en maintenant des prix bas”, explique le ministre qui a concédé que l‘objet de son interview était de “faire monter les enchères” sur SFR.

Le ministre de l‘Economie, Pierre Moscovici, a précisé sur BFM TV que le gouvernement serait attentif aux conséquences des ces grandes manoeuvres sur “l‘investissement, l‘emploi, la satisfaction du consommateur”.

“L‘Etat est là pour donner un cadre général, exprimer une vigilance, (...) ensuite les institutions compétentes prendront leur décision”, a-t-il ajouté, tout en disant comprendre les “passions” d‘Arnaud Montebourg.

Avec Leila Abboud et Jean-Baptiste Vey, édité par Sophie Louet

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