7 mars 2014 / 18:24 / il y a 4 ans

RPT-Que ferait Danone du cash tiré de la nutrition médicale ?

PARIS (Reuters) - Répétition du titre.

Du lait en poudre de la marque Dumex commercialisée par Danone en Chine dans un supermarché de Shanghaï. La marque a été notamment affectée par le scandale du lait contaminé à la mélanine et Danone pourrait utiliser le cash produit par une sortie de la nutrition médicale pour reconstruire ses marques de lait infantile en Chine. /Photo prise le 17 février 2014//REUTERS/Kim Kyung-Hoon

Une sortie de la nutrition médicale donnerait à Danone les moyens de réaliser dans les pays émergents des acquisitions complémentaires dans les produits laitiers frais, de reconstruire ses marques de lait infantile en Chine et de réduire sa dette.

Ce point de vue est partagé par de nombreux spécialistes de l‘agroalimentaire qui jugent plutôt improbable l‘hypothèse d‘une acquisition majeure même si quelques uns évoquent l‘éventualité d‘un rachat des actifs latino-américains de nutrition infantile d‘Abbot ou de Mead Johnson Nutrition.

“Ils auraient probablement aimé faire une grosse acquisition mais il y a peu de cibles en vue”, lâche un banquier européen sous le sceau de l‘anonymat.

Sur les douze derniers mois, Danone a investi plus de deux milliards d‘euros en acquisitions diverses provoquant une augmentation de 27% de sa dette nette à près de huit milliards d‘euros à la fin 2013 ce qui risque de freiner son appétit expansionniste, sauf à céder des actifs.

Dans les années 2000, le groupe s‘était livré à cet exercice en se délestant tour à tour de son activité historique d‘emballage, de sa bière, de sa confiserie et finalement de sa branche biscuits.

Des sources proches du dossier ont récemment confié à Reuters que Danone envisageait aujourd‘hui de vendre sa division Nutrition médicale, qui pourrait intéresser des groupes tels que Nestlé, Abbott, Baxter, Fresenius ou encore Sanofi.

La nutrition médicale de Danone compte des produits cliniques telles que les poches de soin fournies aux hôpitaux mais aussi des produits sans ordonnance distribués dans les pharmacies ou en parapharmacie comme les compléments alimentaires.

La seule partie nutrition clinique est valorisée à environ trois milliards d‘euros. La totalité de la nutrition médicale vaudrait environ cinq milliards, selon les calculs d‘analystes.

UN ARBITRAGE STRATÉGIQUE

Jusqu‘à ce jour, Danone n‘a rien voulu dire de ses intentions concernant l‘avenir du plus petit mais du plus rentable de ses quatre pôles au rang desquels figurent aussi les produits laitiers frais, l‘eau et la nutrition infantile.

La branche nutrition médicale, qui était dans la corbeille du néerlandais Numico que Danone a racheté en juillet 2007 pour 12,3 milliards d‘euros, opère sur un marché mondial totalisant 25 milliards de dollars.

Chez Natixis, Pierre Tegner pense que la céder constituerait un arbitrage stratégique pour réaliser une ou des acquisitions.

Au regard du niveau d‘endettement de Danone, il observe qu‘il ne serait pas “très confortable” pour Danone de réaliser une acquisition de cinq à six milliards d‘euros sans céder la nutrition médicale. 

“Je vois une opération plutôt dans les produits laitiers frais ou la nutrition infantile. Certains investisseurs pensent à Biostime en Chine mais cette hypothèse me parait improbable. D‘autres repensent à Mead Johnson car c‘est le serpent de mer mais il est probable que Danone surprenne comme il l‘avait fait avec Unimilk”, commente l‘analyste.  Pour Laurence Hofmann, analyste chez Oddo, la cession de la branche serait une opportunité financière au regard du ratio de valorisation très élevé constaté sur les dernières opérations réalisées dans ce segment.

En 2006, rappelle-t-elle, Nestlé a racheté la nutrition médicale du suisse Novartis sur la base de 28 fois son résultat opérationnel alors que le ratio de l‘ensemble du groupe Danone est de seulement 15.

Selon elle, le cash que Danone récupérerait d‘une vente partielle de sa nutrition médicale lui donnerait les moyens de racheter les actionnaires minoritaires de sa filiale espagnole et ceux d‘Unimilk, le fabricant russe de produits laitiers dont il a pris le contrôle en 2010.

Elle permettrait aussi au groupe de remettre à flot ses produits laitiers frais en Europe et de reconstruire son modèle de développement dans la nutrition infantile en Chine.

L‘HYPOTHÈSE IMPROBABLE D‘UNE MONTÉE DANS YAKULT

Chez Xerfi, Rémi Vicente pense aussi que le produit de la vente de la nutrition médicale pourrait être investi dans la branche nutrition infantile pour gagner des parts de marché en Asie.

Mais cet expert observe que les acquisitions sont difficiles à réaliser dans cette partie du monde ou le protectionnisme des autorités est important, surtout en Chine et en Inde.

Un spécialiste du groupe estime ainsi que Mengniu Dairy Co LTD, le fabricant chinois de produits laitiers, ne devrait pas autoriser une montée de Danone à son capital, le lait étant une activité beaucoup trop stratégique dans un pays encore traumatisé par le scandale du lait contaminé par la mélanine de 2008.

A contrario, un autre analyste juge qu‘une montée en puissance de Danone serait possible, mais seulement à long terme.

Danone a investi près de 800 millions d‘euros pour contrôler 10% du capital de cette société dont il est le deuxième actionnaire derrière Cofco, une entreprise publique leader de l‘agroalimentaire en Chine.

En présentant les résultats 2013 de Danone son PDG, Franck Riboud, a indiqué que le premier chantier du groupe en 2014 était de redorer le blason de ses marques de lait infantile en Asie et surtout en Chine.

Une telle ambition devrait requérir à elle seule des investissements importants, estime l‘analyste de Barclays dans une note.

L‘Afrique est l‘autre région du monde où des analystes pensent que Danone pourrait réaliser des acquisitions dans les produits laitiers frais ou la nutrition infantile.

Selon une information récemment parue dans la presse, quelques mois après la reprise de Fan Milk International en Afrique de l‘Ouest, Danone chercherait à prendre une participation dans le capital du premier producteur de lait d‘Afrique de l‘Est, Brookside Dairy..

Enfin, le scénario d‘une augmentation de la participation de Danone dans le capital du japonais Yakult laisse sceptique le milieu financier.

“Je crois que le groupe sait que ce qu‘on lui demande aujourd‘hui ce n‘est pas de faire une grosse acquisition sur une société japonaise qui est réticente à un changement de contrôle et qui a un modèle de distribution que Danone devra complètement apprivoiser”, dit ainsi Pierre Tegner de Natixis.

édité par Jean-Michel Bélot

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below