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International

Minsk dit avoir libéré plus de 2.000 manifestants, Tikhanovskaïa ouverte à un dialogue

MINSK (Reuters) - L’opposante biélorusse Svetlana Tikhanovskaïa, qui s’est réfugiée en Lituanie, a appelé vendredi à des rassemblements pacifiques ce week-end dans toute la Biélorussie pour réclamer un nouveau décompte des voix, accentuant la pression sur le régime d’Alexandre Loukachenko.

Les autorités biélorusses ont dit vendredi avoir libéré plus de 2.000 personnes arrêtées, une annonce qui précède de quelques heures une réunion ministérielle de l'Union européenne qui pourrait ouvrir la voie à de nouvelles sanctions visant Minsk. /Photo prise le 14 août 2020/REUTERS/Stringer

La candidate, qui avait réussi à unifier l’opposition avant l’élection de dimanche dernier, a été créditée d’un peu moins de 10% des voix tandis que l’inamovible président, au pouvoir depuis 1994, était proclamé vainqueur avec un score de 80% des suffrages.

Dans une vidéo mise en ligne sur YouTube, l’opposante demande à ses partisans de réclamer par pétition une enquête officielle sur les accusations de fraudes électorales.

Tikhanoskaïa réclame aussi l’arrêt des violences qui ont marqué les manifestations des derniers jours dans son pays d’origine et invite tous les maires biélorusses à organiser des rassemblements pacifiques ce week-end.

“Les Biélorusses n’accepteront plus jamais de vivre avec la vieille autorité”, dit-elle dans cette vidéo. “Défendons notre choix, ne restons pas à l’écart. Nos voix doivent être entendues.”

Elle a parallèlement appelé la communauté internationale à contribuer à la tenue d’un dialogue avec les autorités de Minsk et s’est dit prête à entamer la création d’un conseil en vue d’une transition du pouvoir, rapporte à Moscou l’agence de presse russe RIA.

Au moins deux personnes sont mortes lors des manifestations qui se sont succédé depuis dimanche après la réélection de Loukachenko et ne faiblissent pas.

Plusieurs dizaines de milliers de manifestants sont redescendus dans les rues vendredi, aux rangs gonflés par des ouvriers en grève dans plusieurs usines d’Etat comme la MAZ, site de construction de camions et de cars de la capitale, où des milliers de salariés ont réclamé le départ de Loukachenko.

Les autorités biélorusses ont dit vendredi avoir libéré plus de 2.000 personnes arrêtées, une annonce qui précède de quelques heures une réunion ministérielle de l’Union européenne qui pourrait ouvrir la voie à de nouvelles sanctions visant Minsk.

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE ne devraient prendre aucune décision avant plusieurs jours mais neuf pays sur 27 au moins sont favorables à des sanctions.

Traduisant la volonté de Minsk d’apaiser les tensions avec l’Ouest, le ministre biélorusse des Affaires étrangères, Vladimir Makei, a déclaré que son pays était prêt à un “dialogue constructif et objectif” à propos des événements relatifs à la présidentielle, selon des propos rapportés par l’agence de presse BelTA.

En annonçant les libérations massives de vendredi, le ministère de l’Intérieur s’est dit préoccupé par la surpopulation dans les maisons d’arrêt après environ 6.700 arrestations en quelques jours seulement.

“NOUS N’AVONS PAS BESOIN D’UNE GUERRE”

Plusieurs centaines de personnes, proches et amis des détenus, s’étaient réunies tôt vendredi matin devant un centre de détention de Minsk, la capitale biélorusse, les bras chargés de nourriture, de boissons et de couvertures distribuées au fur et à mesure des sorties.

Certains des manifestants libérés présentent des marques de brutalités et ont décrit des conditions de détention très dures, dans des cellules bondées.

Le vice-ministre de l’Intérieur Alexandre Barsoukov a démenti jeudi soir tout mauvais traitement et assuré que tous les détenus seraient libérés dans la matinée.

“Ils ont arrêté tout le monde, frappé tout le monde, des filles, des garçons, des enfants de 15, 14, 13 ans. Il y avait avec nous un grand-père d’environ 70 ans”, a déclaré l’un des manifestants libérés, Sergueï, qui n’a pas donné son nom de famille.

Reuters n’a pas pu vérifier ses déclarations dans l’immédiat.

Jeudi soir, le ministre de l’Intérieur, Iouri Karaïev, avait présenté ses excuses publiques pour le traitement des manifestations par les forces de l’ordre et Natalia Kotchanova, présidente de la chambre haute du parlement, annoncé que le président avait ordonné un réexamen en urgence des détentions.

“Nous ne nous battons pas, nous n’avons pas besoin d’une guerre”, a dit Natalia Kotchanova.

Pour sa part, le métropolite Pavel, chef de l’église orthodoxe biélorusse, a appelé vendredi Alexandre Loukachenko à mettre fin à la violence dans les rues, a rapporté l’agence Tass.

Avec Vasily Fedosenko à Minsk, Gabrielle Tétrault-Farber à Moscou, Gabriela Baczynska à Bruxelles et Anna Ringstrom à Stockholm; version française Marc Angrand et Henri-Pierre André, édité par Jean-Stéphane Brosse et Nicolas Delame

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