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Biélorussie: Réélection contestée de Loukachenko, l'opposition réprimée

MINSK (Reuters) - Le président sortant de Biélorussie, Alexandre Loukachenko, a été reconduit pour un sixième mandat, a annoncé lundi la commission électorale au lendemain d’un scrutin dénoncé comme frauduleux par l’opposition lors de manifestations réprimées par les forces de l’ordre.

Le président sortant de Biélorussie, Alexandre Loukachenko, a été reconduit pour un sixième mandat, a annoncé lundi la commission électorale au lendemain d'un scrutin dénoncé comme frauduleux par l'opposition lors de manifestations réprimées par les forces de l'ordre. /Photo prise le 10 août 2020/REUTERS/Vasily Fedosenko

La Commission électorale centrale a annoncé lundi que, selon des résultats préliminaires, le président sortant avait recueilli 80% des suffrages lors de la présidentielle de dimanche, contre 9,9% des voix pour sa principale opposante, Svetlana Tikhanouskaïa.

Cette dernière, une ex-professeure d’anglais sortie de l’ombre après l’arrestation au mois de mai de son mari, le blogueur Sergueï Tikhanouski, qui briguait la présidence, a annoncé lundi qu’elle ne reconnaissait pas ces résultats officiels.

Elle a déclaré à la presse à Minsk qu’elle considérait avoir remporté elle-même cette élection, à ses yeux entachée de fraudes massives, et son équipe a demandé un nouveau décompte des bulletins dans les bureaux de vote où des problèmes ont été identifiés.

Son équipe a également indiqué que l’opposition souhaitait discuter avec les autorités de l’organisation d’une transition politique pacifique.

RETOUR AU CALME LUNDI

De son côté, Alexandre Loukachenko a déclaré lundi qu’il ne permettrait pas que “le pays soit déchiré” par l’instabilité, selon des propos rapportés par l’agence de presse Belta.

Aucun scrutin organisé en Biélorussie depuis 1995 n’a été considéré comme libre et équitable par des observateurs étrangers. La commission électorale interdit à l’opposition de procéder à son propre décompte des voix et la dernière campagne présidentielle a été marquée par l’ouverture d’enquêtes criminelles à l’encontre de plusieurs candidats d’opposition, dont certains ont été incarcérés.

Alexandre Loukachenko, âgé de 65 ans, mène le pays d’une main de fer depuis 1994 mais s’est trouvé confronté ces derniers mois à une vague de contestation de sa gestion de l’épidémie de COVID-19, des atteintes régulières aux droits de l’homme de la part des autorités et de la situation économique dégradée du pays.

Après un regain de mobilisation dans le sillage de la publication de sondages réalisés à la sortie des urnes lui président une victoire écrasante, le calme était revenu lundi matin dans les rues de Minsk et d’autres grandes villes.

Des milliers de personnes étaient descendues dans les rues de la capitale dimanche soir pour afficher leur solidarité avec l’opposition et dénoncer un scrutin sans légitimité.

Certains manifestants ont érigé des barricades et la police a utilisé des canons à eau, des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes pour les disperser.

Selon l’association de défense des droits de l’homme Spring 96, au moins une personne est morte après avoir été percutée par un fourgon de police lors des heurts de dimanche soir à Minsk, dans un accident qui a également fait une dizaine de blessés.

L’UE CONDAMNE DES VIOLENCES “INACCEPTABLES”

Les autorités biélorusses ont précisé que les affrontements de la soirée n’avaient fait aucun mort et fait état de dix policiers blessés.

Une répression musclée des manifestations pourrait nuire aux tentatives d’Alexandre Loukachenko d’améliorer ses relations avec l’Occident alors qu’une rupture est survenue avec la Russie, traditionnelle alliée de la Biélorussie, qui a tenté de la pousser à renforcer leur union économique et politique.

De fait, l’Union européenne a condamné lundi les violences de la soirée.

L’élection présidentielle de dimanche a été entachée “d’une violence d’Etat disproportionnée et inacceptable contre des manifestants pacifiques”, ont déploré le Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères, Josep Borrell, et le Commissaire à l’Elargissement, Oliver Varhelyi, dans un communiqué commun en appelant à la libération de toutes les personnes interpellées dans la nuit.

Les meetings de campagne de Svetlana Tikhanouskaïa ont rassemblé des foules sans précédent depuis la chute de l’Union soviétique en 1991.

D’après des associations de défense des droits de l’homme, quelque 1.300 personnes ont été arrêtées avant l’élection sur fond de durcissement de l’attitude des autorités, parmi lesquelles des observateurs électoraux indépendants et des membres de l’équipe de campagne de Tikhanouskaïa.

Andreï Makhovsky, avec Vasily Fedosenko; version française Henri-Pierre André, Nicolas Delame, Jean Terzian et Myriam Rivet, édité par Marc Angrand

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