April 24, 2020 / 9:44 PM / 3 months ago

Brésil : Bolsonaro affaibli par les accusations de son ex-ministre de la Justice

BRASILIA (Reuters) - Le procureur général de la République du Brésil, Augusto Aras, a demandé vendredi à la Cour suprême d’autoriser une enquête sur les accusations d’ingérence dans le travail de la police lancées contre le président Jair Bolsonaro par son populaire ministre de la Justice Sergio Moro, qui a démissionné avec fracas quelques heures auparavant.

Le procureur général de la République du Brésil, Augusto Aras, a demandé vendredi à la Cour suprême d'autoriser une enquête sur les accusations d'ingérence dans le travail de la police lancées contre le président Jair Bolsonaro par son populaire ministre de la Justice Sergio Moro, qui a démissionné avec fracas quelques heures auparavant. /Photo prise le 24 avril 2020/REUTERS/Ueslei Marcelino

Sergio Moro, qui a acquis sa popularité du temps où il était juge en emprisonnant des responsables politiques, dont l’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva, et des hommes d’affaires pour des faits de corruption, a justifié sa démission par le renvoi par Jair Bolsonaro, un peu plus tôt dans la journée, du chef de la police fédérale Mauricio Valeixo. L’ancien ministre de la Justice affirme que ce renvoi est dû à des motifs personnels et politiques.

Dans une adresse à la Nation, Jair Bolsonaro a dénoncé des “accusations sans fondement” et assuré n’avoir jamais cherché à interférer dans le travail de la police ni à protéger des membres de sa famille.

Le chef de l’Etat a affirmé avoir toute autorité pour remplacer le chef de la police fédérale.

La démission spectaculaire de Sergio Moro et les accusations portées par l’ex-“super ministre” constituent un puissant coup porté à Jair Bolsonaro, déjà critiqué pour sa gestion de l’épidémie de nouveau coronavirus, qu’il a qualifié de “petit rhume”. Ce virus a déjà fait 3.670 morts au Brésil et contaminé près de 53.000 personnes.

“DÉBUT DE LA FIN”

L’ancien président Fernando Henrique Cardoso a appelé le chef de l’Etat à la démission tandis que Capitao Augusto, chef du lobby des armes à feu au Congrès brésilien et allié de longue date de Jair Bolsonaro, a jugé probable une procédure en destitution en considérant qu’il s’agissait là du “début de la fin”.

Dans une allocution retransmise en direct à la télévision, Sergio Moro a lancé une série d’accusations contre Jair Bolsonaro.

Selon lui, le chef de l’Etat a exprimé ses inquiétudes au sujet d’enquêtes menées par la Cour suprême, sur lesquelles il n’a pas fourni de précisions, et a demandé au chef de la police de lui apporter des informations.

“Le président a souligné auprès de moi, explicitement, plus d’une fois, qu’il cherchait quelqu’un étant un contact personnel, qu’il pourrait appeler, duquel il pourrait obtenir des informations, des rapports des services de renseignement”, a dit Sergio Moro. “Et vraiment, ce n’est pas le travail de la police fédérale de donner ces informations.”

Tandis que l’ancien juge terminait son allocution télévisée, des manifestations ont éclaté à travers le Brésil, dont certains habitants ont tapé sur des casseroles à leurs fenêtres en criant “Bolsonaro dehors”.

LA BOURSE DE SAO PAULO ET LE REAL CHUTENT

En tant que juge, Sergio Moro a conduit pendant quatre ans la plus vaste enquête anticorruption jamais menée au Brésil. Il a mis au jour des milliards de dollars de pots-de-vin autour de la compagnie pétrolière Petrobras et envoyé en prison de nombreux hommes d’affaires et responsables politiques, dont Lula, alors que ce dernier espérait se faire réélire président.

Sergio Moro a déclaré avoir accepté de servir au sein du gouvernement nommé par Jair Bolsonaro tant qu’il serait libre de nommer ses subordonnés sans la moindre pression politique. Cependant, selon lui, le président a cherché à changer le chef de la police fédérale dès le second semestre 2019 sans fournir de raison valable.

L’ancien juge assure n’avoir jamais constaté une telle ingérence politique dans le fonctionnement de la police fédérale, même du temps des précédents gouvernements dont des membres ou des alliés ont fait l’objet d’enquêtes pour corruption.

Son départ survient une semaine après le limogeage d’un autre ministre populaire, celui de la Santé, Luiz Henrique Mandetta, qui s’est publiquement opposé à de multiples reprises à Jair Bolsonaro sur la gestion de l’épidémie de coronavirus.

Cette succession de départs fait craindre aux investisseurs que le prochain sur la liste soit le ministre de l’Economie Paulo Guedes. Le ministère de l’Economie n’a pas répondu à une demande de commentaire.

L’indice vedette de la Bourse de Sao Paulo a fini en baisse de 5,5% vendredi après avoir chuté pendant un temps de 9,5%.

La banque centrale du Brésil a dû intervenir à plusieurs reprises sur les marchés alors que le real a atteint un plus bas record à quasiment 5,75 pour un dollar avant de terminer sur un repli d’environ 2,5% à 5,6680.

Avec Maria Carolina Marcello, Marcela Ayres, Isabel Versiani, Anthony Boadle et Lisandra Paraguassu à Brasilia, Eduardo Simoes à Sao Paulo, Rodrigo Viga Gaier à Rio de Janeiro; version française Bertrand Boucey

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