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International

Ethiopie: Les combats se poursuivent dans la région du Tigré, avec des risques d'extension

ADDIS ABEBA (Reuters) - L’aviation éthiopienne a bombardé ces dernières heures plusieurs objectifs dans la région septentrionale du Tigré, où les forces locales auraient pris le contrôle de plusieurs bases militaires de l’armée fédérale, faisant craindre une extension du conflit susceptible de déstabiliser l’ensemble de la Corne de l’Afrique.

En photo, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed. L'aviation éthiopienne a bombardé ces dernières heures plusieurs objectifs dans la région septentrionale du Tigré, où les forces locales auraient pris le contrôle de plusieurs bases militaires de l'armée fédérale, faisant craindre une extension du conflit susceptible de déstabiliser l'ensemble de la Corne de l'Afrique. /Photo d'archives/REUTERS/Tiksa Negeri

S’exprimant vendredi soir à la télévision nationale, le Premier ministre Abiy Ahmed a recommandé aux civils de ne pas se rassembler en extérieur afin d’éviter tout “dommage collatéral”, ajoutant que de nouveaux raids aériens étaient à prévoir.

Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix en 2019 pour avoir conclu la paix avec l’ennemi juré érythréen, a annoncé mercredi le lancement d’opérations militaires dans la province dissidente en accusant le gouvernement local d’avoir attaqué des troupes fédérales.

“La dernière ligne rouge a été franchie”, a commenté le chef du gouvernement éthiopien après des mois de bras de fer entre son exécutif et les instances tigréennes. Samedi, le Parlement d’Addis Abeba a approuvé la nomination d’un gouvernement intérimaire pour remplacer les autorités régionales.

L’accès à internet et les télécommunications ont été coupés dans la région, selon le groupe de défense des droits numériques Access Now, si bien qu’il est impossible de vérifier les informations fournies par les officiels.

D’après un rapport des Nations unies sur la sécurité daté de vendredi, les forces du Tigré contrôlent le QG du Commandement Nord de l’armée fédérale à Mekelle. Le Commandement Nord, l’un des quatre états-majors du pays, est chargé du contrôle de la frontière avec le Soudan, l’Erythrée et Djibouti.

Selon des diplomates, des responsables de la sécurité et des travailleurs humanitaires, les combats s’étendent le long de la frontière entre le Tigré et la région d’Amhara, qui soutient le gouvernement fédéral, et près de la frontière avec le Soudan et l’Erythrée.

Abiy Ahmed a annoncé vendredi que les troupes fédérales s’étaient emparées de la ville de Dansha aux dépens des forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

DES FORCES EXPÉRIMENTÉES

Après la chute du dictateur marxiste Mengistu Haïle Mariam en 1991, le TPLF a contrôlé toutes les coalitions au pouvoir en Ethiopie jusqu’à l’arrivée à la tête du gouvernement d’Abiy Ahmed en 2018.

Le TPLF a également dominé l’armée pendant toutes ces décennies mais le Premier ministre a écarté de nombreux généraux originaires de la région en les accusant de violations des droits de l’homme et de corruption.

Les forces du Tigré sont expérimentées et possèdent toujours d’importantes quantités d’équipement militaire, notent les experts. Les forces de la région, auxquelles s’ajoutent des milices supplétives, totalisent jusqu’à 250.000 hommes, selon l’International Crisis Group.

L’un des plus grands risques du conflit en cours est que l’armée fédérale se divise en fonction de critères ethniques et que les soldats fédéraux tigréens fassent défection, ce qui serait déjà en train de se produire, selon plusieurs experts.

Le gouvernement mobilise des troupes dans tout le pays pour les envoyer dans le Tigré, avec un autre risque, celui de délaisser la sécurité d’autres régions où les tensions ethniques restent vives. Selon Amnesty International, plus de 50 personnes ont été tuées dans des violences interethniques dimanche dernier dans l’ouest du pays.

Les redéploiements de troupes près de la frontière avec la Somalie pourraient également rendre cette zone “plus vulnérable à des incursions” des islamistes somaliens d’Al Chabaab, prévient l’Onu dans son rapport.

version française Jean-Stéphane Brosse

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