for-phone-onlyfor-tablet-portrait-upfor-tablet-landscape-upfor-desktop-upfor-wide-desktop-up
À la une

Trois scénarios probables pour le Brexit

BRUXELLES (Reuters) - Plus de quatre ans après le vote des Britanniques en faveur de la sortie de l’Union européenne, Londres et Bruxelles peinent toujours à conclure un accord sur leurs futures relations, notamment commerciales, malgré l’urgence.

Plus de quatre ans après le vote des Britanniques en faveur de la sortie de l'Union européenne, Londres et Bruxelles peinent toujours à conclure un accord sur leurs futures relations, notamment commerciales, malgré l'urgence. /Photo d'archives/REUTERS/Francois Lenoir

Les deux camps doivent trouver un accord au plus vite pour qu’il puisse entrer en vigueur dès le 1er janvier, lorsque le Brexit sera pleinement effectif. Le Royaume-Uni a officiellement quitté l’UE le 31 janvier dernier mais reste soumis aux règles communautaires pendant une période de transition qui court jusqu’à la fin de l’année.

Si le Royaume-Uni et l’UE parviennent à un accord avant la fin de la période de transition, les deux camps signeront plus de 1.000 pages de traités internationaux couvrant une grande variété de produits, allant du saumon fumé au fromage, en passant par les pièces automobiles et les médicaments.

Malgré plusieurs cycles de négociations, aucune avancée significative n’a été obtenue jusqu’à présent sur les derniers points en suspens. Les discussions butent sur la pêche, les règles de libre concurrence et les questions de gouvernance, notamment les mécanismes de règlement des litiges, selon des sources proches des deux camps.

Voici trois grands scénarios probables du Brexit:

1. UN ACCORD SOMMAIRE CETTE ANNÉE

Les deux camps parviennent à un accord a minima évitant le rétablissement de droits de douanes et de quotas commerciaux.

Les possibilités d’une intégration renforcée dans des domaines tels que les services et la réglementation seraient alors limitées. De même, il ne garantirait pas le maintien de liens étroits dans de nombreux domaines actuels de coopération, notamment en matière de politique étrangère, de sécurité internationale et de défense.

Un accord aussi restreint est pourtant considéré comme l’option la plus avantageuse actuellement disponible sur le plan économique car il permettrait à la Grande-Bretagne, sixième économie mondiale, de continuer à avoir accès au marché intérieur du bloc, riche de 450 millions de consommateurs, et inversement pour l’UE.

L’Union européenne et la Grande-Bretagne, déjà en proie à la crise liée au nouveau coronavirus, peuvent ainsi espérer éviter de fragiliser davantage leurs économies. Mais même avec un tel accord, de nombreux exportateurs britanniques s’attendent à des perturbations aux frontières de l’UE début 2021.

2. UN “NO DEAL”

Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, décide finalement qu’un accord même sommaire n’est pas dans l’intérêt du Royaume-Uni et il choisit l’option du “no deal”.

Après la remise en cause du traité de sortie de l’Union signé en janvier dernier à la suite de l’adoption en septembre par Londres d’une loi sur le marché intérieur, certains craignent que le Royaume-Uni n’opte, selon l’expression d’un diplomate européen, pour la théorie du fou (Madman Theory).

Cette formule se réfère à la stratégie adoptée pendant la Guerre froide par l’ancien président américain Richard Nixon pour tenter de faire croire à l’URSS qu’il était imprévisible.

Si l’UE et la Grande-Bretagne ne parviennent pas à surmonter leurs divergences politiques et techniques, les deux camps se rabattront sur les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui autorisent les droits de douane.

Boris Johnson a affirmé à plusieurs reprises que sa préférence allait à un accord mais que son pays pourrait aussi s’en passer en optant pour une solution à l’australienne, en référence aux relations entre l’Australie et l’UE, qui ne s’appuient sur aucun accord de libre-échange bilatéral étendu.

Un tel accord de libre-échange donnerait à la Grande-Bretagne des conditions commerciales comparables à celles de la Chine avec le bloc mais pires que celles de nombreux pays en développement comme l’Afghanistan ou le Mali.

L’UE estime qu’un divorce sans accord d’ici la fin de l’année ne mettrait pas fin à la crise du Brexit et un diplomate français s’attend, au regard du chaos qui accompagnerait cette sortie désordonnée, à une reprise des négociations.

L’Union menace également de ne pas promulguer de nouvel accord si la Grande-Bretagne ne respecte pas le traité de sortie de l’UE qu’elle a signée.

3. COMPROMIS PARTIEL DE DERNIÈRE MINUTE

Sous la pression des milieux économiques, les deux camps pourraient être amenés à signer à la dernière minute un compromis partiel dans certains domaines.

L’accord partiel, qui couvrirait certains domaines essentiels sur lesquels Londres et Bruxelles peuvent trouver un terrain d’entente, pourrait être appliqué temporairement sans ratification par le Parlement européen, faute de temps.

Un accord aussi sommaire, encore plus que celui évoqué dans le premier scénario, prolongerait les négociations sur les questions en suspens jusqu’en 2021 et au-delà.

Il permettrait cependant à Boris Johnson d’afficher une victoire politique sur sa promesse de ne pas prolonger la période de transition sur le Brexit au-delà de 2020.

Michel Rose et Philip Blenkinsop, rédigé par Gabriela Baczynska et Guy Faulconbridge; version française Claude Chendjou, édité par Bertrand Boucey

for-phone-onlyfor-tablet-portrait-upfor-tablet-landscape-upfor-desktop-upfor-wide-desktop-up