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Nouvelles manifestations anti-Macron dans le monde musulman

DACCA/ISLAMABAD/SINGAPOUR (Reuters) - Des dizaines de milliers de musulmans ont manifesté vendredi au Pakistan, au Bangladesh ou encore dans les territoires palestiniens pour protester contre les déclarations d’Emmanuel Macron sur la liberté d’expression et le droit à la caricature en France, une nouvelle fois frappée par une attaque islamiste qui a fait trois morts la veille à Nice.

Des dizaines de milliers de musulmans ont manifesté vendredi au Pakistan, au Bangladesh ou encore dans les territoires palestiniens pour protester contre les déclarations d'Emmanuel Macron sur la liberté d'expression et le droit à la caricature en France, une nouvelle fois frappée par une attaque islamiste qui a fait trois morts la veille à Nice. /Photo prise le 30 octobre 2020/REUTERS/Mohammad Ponir Hossain

Dans les rues de Dacca, la capitale du Bangladesh, des manifestants ont scandé “Boycottez les produits français” et ont brandi des banderoles qualifiant Emmanuel Macron de “plus grand terroriste du monde”. D’autres ont brûlé des effigies du président français.

“Macron dirige l’islamophobie”, a jugé Akramul Haq, un manifestant à Dacca. “Il ne connaît pas la puissance de l’islam. Le monde musulman ne laissera pas cela se poursuivre en vain. Nous nous lèverons et nous unirons contre lui”, a-t-il ajouté.

Au Pakistan, la police a fait usage de tirs de gaz lacrymogène pour disperser des milliers de manifestants qui marchaient vers l’ambassade de France à Islamabad, certains tentant même de franchir les barricades érigées par les forces de l’ordre, selon des témoins. Des manifestations et des rassemblements se sont également tenus dans les villes de Karachi, Lahore et Peshawar.

En Inde, dans un quartier à majorité musulmane de Bombay, une centaine d’affiches présentant Emmanuel Macron avec une empreinte de chaussure sur le visage et le qualifiant de “démon” ont été collées sur les trottoirs et la chaussée.

Au Liban, les forces de sécurité ont également procédé à des tirs de gaz lacrymogène pour disperser quelque 300 manifestants, dont des partisans d’un parti islamiste sunnite qui ont défilé en direction de la résidence officielle de l’ambassadeur de France à Beyrouth.

Des milliers de fidèles palestiniens se sont rassemblés après la prière du vendredi à la mosquée Al Aksa, troisième lieu saint de l’islam, dans la vieille ville fortifiée de Jérusalem pour condamner la nouvelle publication des caricatures de Mahomet en France. “Une nation dont le chef est Mahomet ne sera pas vaincue”, ont scandé les manifestants.

“Nous tenons le président français pour responsable des actes de chaos et de violence qui ont lieu en France en raison de ses propos contre l’islam et contre les musulmans”, a déclaré Ikrima Sabri, le prédicateur qui a prononcé le sermon à la mosquée Al Aksa.

À Ramallah, en Cisjordanie occupée par Israël, des Palestiniens ont piétiné un grand drapeau français et en ont brûlé d’autres.

A Gaza, dirigée par le Hamas, des centaines de Palestiniens ont pris part à des rassemblements anti-français, scandant: “Avec nos âmes et notre sang, nous rachèterons le Prophète”.

DES SERMONS ANTI-MACRON

En Somalie, lors de la prière du vendredi à laquelle ont pris part des milliers de personnes, les sermons étaient dominés par des imprécations à l’encontre d’Emmanuel Macron et du gouvernement français.

A Mogadiscio, dans la capitale somalienne, Abdirahman Hussein Mohamed, un commerçant, a retiré de la vente tous les produits français (crèmes, parfums et autres cosmétiques), en apposant sur une grande pancarte la mention “NOT FOR SALE” (vente interdite).

“Je ne vendrai jamais ces produits (...) tant que la France ne s’excusera pas. La France a insulté notre prophète”, a-t-il expliqué à Reuters. Une démarche soutenue par certaines clientes.

“J’achetais des cosmétiques français. Maintenant c’est terminé”, a déclaré Anisa Ahmed, âgée de 22 ans. “Je vais chercher des produits fabriqués ailleurs”, a-t-elle ajouté.

En Russie, d’où était originaire le meurtrier du professeur d’histoire Samuel Paty, des dizaines de personnes se sont rassemblées devant l’ambassade de France à Moscou pour protester contre Emmanuel Macron et la police a procédé à une quinzaine d’interpellations. Parmi ces manifestants, certains criaient “Allah Akbar” devant le portrait du président français.

Plusieurs dirigeants en Asie-Pacifique, comme le Premier ministre indien Narendra Modi ou encore son homologue australien Scott Morrison ont en revanche exprimé leur soutien à la France après l’attaque de jeudi à Nice.

“NOUS NE CÉDERONS RIEN”, DIT MACRON

Le plan Vigipirate en France a été porté jeudi au niveau “urgence attentat” sur l’ensemble du territoire national après qu’un ressortissant tunisien de 21 ans a décapité une femme et tué deux autres personnes à coups de couteau dans la Basilique Notre-Dame, en plein coeur de Nice.

Dénonçant une “attaque terroriste islamiste contre la France”, Emmanuel Macron a déclaré sur les lieux du drame: “Nous ne céderons rien”. Il a également annoncé un renforcement de l’opération Sentinelle, qui passera de 3.000 à 7.000 militaires mobilisés pour protéger notamment les lieux de cultes.

“Si nous sommes attaqués, une fois encore, c’est pour les valeurs qui sont les nôtres, pour notre goût de la liberté, pour cette possibilité sur notre sol de croire librement et de ne céder à aucun esprit de terreur”, a insisté le président français.

Emmanuel Macron avait déjà provoqué la colère d’une partie du monde musulman en promettant lors de l’hommage national à Samuel Paty, décapité par un réfugié tchétchène après avoir montré des caricatures de Mahomet dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression, que la France ne renoncerait jamais à ces caricatures.

La France, qui abrite la plus grande communauté musulmane d’Europe, est engagée dans une guerre contre une “idéologie islamiste”, a déclaré pour sa part le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, estimant que de nouveaux attentats sur le sol français étaient probables.

Ruma Paul à Dacca, Sanjeev Miglani à New Delhi, Gibran Peshimam, Asif Shahzad et Reuters TV à Islamabad, Rozanna Latiff à Kuala Lumpur, Nidal al-Mughrabi à Gaza, Elias Biryabarema à Nairobi et John Mair à Sydney; version française Claude Chendjou, édité par Jean-Michel Bélot

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