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International

USA 2020: Dans la Rust Belt, le coronavirus au coeur des préoccupations

CORTLAND, Ohio/BANGOR, Pennsylvanie (Reuters) - Républicaine depuis toujours, mère de famille dans une banlieue du nord-est de l’Ohio, Tanya Wojciak a le profil type de l’électrice d’un Etat clé que Donald Trump ne peut s’offrir de perdre lors du scrutin présidentiel du 3 novembre. Il l’a pourtant déjà perdue.

Républicaine depuis toujours, mère de famille dans une banlieue du nord-est de l'Ohio, Tanya Wojciak (photo) a le profil type de l'électrice d'un Etat clé que Donald Trump ne peut s'offrir de perdre lors du scrutin présidentiel du 3 novembre. /Photo prise le 30 septembre 2020/REUTERS/Shannon Stapleton

Tanya ne décolère pas de la manière dont le président américain a géré la pandémie de coronavirus, qui a fait près de 220.000 morts aux Etats-Unis selon les données officielles, soit le pays au monde le plus endeuillé. Elle a perdu une personne de son entourage, décédée en avril dernier du Covid-19.

Agée de 39 ans, elle reproche à Donald Trump de ne porter le masque qu’en de rares occasions, de minimiser la gravité de l’épidémie. “Ce n’est pas du tout un comportement de président”, dit-elle, ajoutant regretter d’avoir voté il y a quatre ans pour le milliardaire new-yorkais. Sur la pelouse de son jardin, à Cortland dans l’Ohio, elle a planté une pancarte pro-Biden.

Quelque 550 kilomètres plus à l’est, à Bangor, en Pennsylvanie, Leo Bongiorno votera lui aussi en faveur du candidat démocrate, après avoir boudé les urnes en 2016.

Les clients de sa brasserie, la Bangor Trust Brewing, sont toujours rares depuis que la Pennsylvanie a commencé à lever en juin les restrictions mises en place pour freiner la propagation du SARS-CoV-2. Le nombre quotidien de contaminations a renoué récemment avec les pics atteints à la mi-avril, et nombre de ses clients réguliers hésitent à sortir dans les bars.

Le prêt que Bongiorno a reçu de la part de l’Etat fédéral représente moins que ce qu’il aurait gagné en touchant des chèques d’allocations chômage et les quelques recettes de son restaurant. Les Etats-Unis, dit-il, ont besoin d’un président qui comprenne les besoins des PME face à la crise sanitaire - et ce n’est pas Trump. “Là, on attend juste que les créanciers viennent chercher leur argent.”

DES SONDAGES INCERTAINS

L’Ohio et la Pennsylvanie appartiennent à la Rust Belt (“ceinture de rouille”), cette vaste région industrielle proche des Grands Lacs qui a permis à Donald Trump d’accéder à la Maison blanche en 2016, et devrait à nouveau trancher dans le duel opposant le président sortant à Joe Biden le 3 novembre.

Il y a quatre ans, de nombreux électeurs blancs issus de la classe ouvrière ayant voté pour Barack Obama en 2012 ont basculé du côté de Trump, convaincus par son message en faveur de l’emploi et de la réindustrialisation. Si beaucoup d’entre eux restent fidèles au président républicain, la crise du coronavirus a néanmoins changé la donne.

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Selon une enquête Reuters/Ipsos conduite du 9 au 13 octobre derniers, 50% jugent que Biden aurait mieux géré la réponse à la pandémie que Donald Trump, alors que 37% continuent à défendre la gestion présidentielle. Dans les Etats “bascule” que sont la Pennsylvanie, l’Ohio, le Michigan et le Wisconsin, une majorité d’électeurs pensent également que Joe Biden serait plus compétent face à la crise sanitaire.

Dans ces quatre Etats, le candidat démocrate est donné légèrement en tête des sondages, sauf dans l’Ohio où il est au coude à coude avec Trump.

LE CHÔMAGE EN FORTE HAUSSE

Tanya Wojciak vit dans le comté de Trumbull, Ohio. Bongiorno habite dans le comté de Northampton, Pennsylvanie. Avant Trump, aucun candidat républicain n’avait gagné dans ces comtés pendant des décennies.

De nombreux habitants apprécient le message asséné par l’actuel président sur le protectionnisme, la défense du port d’armes, ou sa ligne dure sur l’immigration. En 2016, Trump a gagné à Trumbull avec une avance de six points de pourcentage, à Northampton avec quatre points d’avance sur Hillary Clinton.

Mais les enquêtes d’opinion des médias locaux donnent aujourd’hui Biden vainqueur à Northampton à 51% contre 44% et vainqueur dans le nord industriel de l’Ohio, où se situe le comté de Trumbull, avec 49% des voix contre 43%.

Le coronavirus fait partie des motifs de mécontentement récurrents des dizaines d’électeurs que Reuters a pu interroger dans ces régions.

Le comté de Northampton a enregistré plus de 300 morts imputés au Covid-19, soit 100 pour 100.000 habitants et bien plus que la moyenne nationale (66 pour 100.000). Au moins 76 de ces décès ont eu lieu dans une seule maison de retraite, à Upper Nazareth Township, une commune de 7.000 habitants.

Les conséquences économiques de la crise sanitaire y sont palpables. Le comté, qui a pourtant attiré de nouvelles industries ces dernières années, affichait en août un taux de chômage de 10,2%, contre 4,9% un an plus tôt. A Trumbull, le taux de chômage a grimpé à 11,4% en août, contre 6,3% en 2019.

Certains électeurs continuent cependant de penser que Donald Trump sera mieux armé pour relancer l’économie.

Roshaun Kerdzaliev, qui a voté deux fois pour Barack Obama avant de choisir Trump en 2016, tient un bar à Wind Gap, dans le comté de Northampton. Il reconnaît que le président républicain aurait dû mieux gérer l’épidémie de coronavirus. Mais, ajoute cet homme de 40 ans, “s’il y a quelqu’un pour reconstruire l’économie après ça, c’est Trump”.

Le fils de Tanya Wojciak, Max Matlack, âgé de 18 ans, a fait le choix opposé. Asthmatique, il a évité la plupart des espaces publics au printemps de peur de contracter le coronavirus. Biden, dit-il, “c’est mieux que ce qu’on a maintenant”.

Max Matlack a déjà déposé son bulletin de vote le 12 octobre dernier, en faveur du candidat démocrate.

Avec Jason Lange à Washington; version française Jean-Stéphane Brosse, édité par Henri-Pierre André

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