February 15, 2020 / 10:43 AM / 4 months ago

"L'Occident gagne", déclare Pompeo à la Chine, prudence de la France

MUNICH (Reuters) - Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a défendu samedi la responsabilité mondiale des États-Unis, malgré les réticences européennes, assurant que les idéaux et les valeurs de l’Occident l’emporteraient sur les désirs d’”Empire” de la Chine et de la Russie.

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo a défendu samedi la responsabilité mondiale des États-Unis, malgré les réticences européennes, assurant que les idéaux et les valeurs de l'Occident l'emporteraient sur les désirs d'"Empire" de la Chine et de la Russie. /Photo prise le 15 février 2020/REUTERS/Andrew Caballero-Reynolds

Cherchant à rassurer les Européens, décontenancés par le slogan “America First” (“l’Amérique d’abord”) du président américain Donald Trump, ses ambiguïtés sur l’alliance militaire de l’Otan et sur les tarifs douaniers frappant des produits européens, Mike Pompeo a nié toute crise du leadership occidental.

“Je suis heureux de confirmer qu’il est très exagéré de parler de la mort de l’alliance transatlantique. L’Occident est en train de gagner, et nous sommes en train de gagner ensemble”, a-t-il dit lors d’un discours prononcé à la Conférence de Munich sur la sécurité.

Son homologue chinois, Wang Yi, l’a accusé de dire des “mensonges” et de prêter des intentions à Pékin sans “se baser sur des faits”.

Mike Pompeo répondait ainsi partiellement aux critiques du président allemand Frank-Walter Steinmeier, qui avait accusé vendredi les Etats-Unis, la Russie et la Chine de rendre le monde plus dangereux, ainsi qu’à des propos plus anciens et controversés d’Emmanuel Macron, sur la “mort cérébrale” de l’Otan.

Présent à cette même conférence, le président français a déclaré qu’il n’était pas surpris par le discours du président allemand, ajoutant qu’il l’avait apprécié.

“Nous ne pouvons pas être le partenaire mineur des États-Unis”, a observe le chef de l’Etat, ajoutant que même s’il soutenait l’Otan, il considérait que l’Europe devait être capable de faire face par elle-même aux menaces à ses frontières et donc, parfois, d’agir indépendamment de Washington.

“Je ne suis pas frustré mais impatient de trouver des solutions européennes”, a déclaré Emmanuel Macron.

Il a invité l’Union européenne a accroître ses investissements dans les nouvelles technologies - comme l’intelligence artificielle, la 5G, le cloud - afin de rester dans la course face à la Chine et aux Etats-Unis qui dépensent de leur côté des milliards de dollars afin de conforter leur puissance économique.

“PAS FOU”

La décision de Donald Trump de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015 ainsi que de l’accord de Paris sur le climat a ruiné les efforts européens en la matière, tandis que la reconnaissance unilatérale de Jérusalem par Washington a marginalisé un peu plus encore la diplomatie européenne.

Mike Pompeo a défendu de son côté la stratégie américaine, affirmant que l’Europe, le Japon et d’autres alliés américains avaient des vues convergentes sur la Chine, l’Iran et la Russie, malgré quelques “divergences tactiques”.

Il a toutefois réitéré l’opposition américaine au gazoduc Nord Stream 2 en construction entre la Russie et l’Allemagne sous la mer Baltique, un projet soutenu par le gouvernement de la chancelière allemande Angela Merkel.

Evoquant l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, les cybermenaces en Iran et les pressions économiques exercées par la Chine, le secrétaire d’Etat américain a déclaré que ces pays étaient toujours “désireux d’Empire” et déstabilisaient le système international fondé sur des règles.

“L’Occident gagne”, a-t-il martelé. “Mais maintenant, plus de 30 ans après la chute du mur (de Berlin), les pays qui ne respectent pas la souveraineté nous menacent toujours.”

Wang Yi a répondu à Mike Pompeo en précisant que “toutes les accusations à l’encontre de la Chine étaient des mensonges, n’étaient pas basées sur des faits”.

Il a toutefois précisé que Pékin était prêt à avoir avec Washington un “dialogue sérieux” et cherchait à entretenir une relation moins conflictuelle.

Emmanuel Macron a jugé pour sa part que l’attitude occidentale de défiance vis-à-vis de la Russie avait échoué et qu’il convenait ainsi de renouer un dialogue empreint de réalisme avec Moscou.

“J’ai entendu la défiance de tous nos partenaires. Je ne suis pas fou mais je sais qu’être défiant et faible (...) ne constitue pas une politique, c’est un système totalement inefficace””, a-t-il souligné, observant que personne n’avait envie de s’opposer frontalement à Moscou.

UNE ALTERNATIVE À LA 5G CHINOISE

Evoquant les inquiétudes croissantes des États-Unis à propos de l’équipementier chinois de télécommunications Huawei, Mike Pompeo a déclaré pour sa part que la Russie, l’Iran et la Chine utilisaient le cyberespace pour accroître une influence.

“Huawei et d’autres entreprises technologiques chinoises soutenues par l’État sont des chevaux de Troie pour le renseignement chinois. Les campagnes de désinformation de la Russie tentent de dresser nos citoyens les uns contre les autres. Les cyberattaques iraniennes fragilisent les réseaux informatiques du Moyen-Orient”, a-t-il déclaré.

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo (en photo) a défendu samedi la responsabilité mondiale des États-Unis, malgré les réticences européennes, assurant que les idéaux et les valeurs de l'Occident l'emporteraient sur les désirs d'"Empire" de la Chine et de la Russie. /Photo prise le 15 février 2020/REUTERS/Andrew Caballero-Reynolds

Pour le ministre de la défense américain, Mark Esper, qui a pris la parole après Mike Pompeo, “il est essentiel que la communauté internationale se réveille face à la manipulation chinoise de l’ordre international”.

Il a précisé que Washington travaillait avec des entreprises américaines et des pays alliés pour développer une alternative à la 5G fournie par les Chinois et la testait en ce moment même dans une base militaire.

Il a ajouté qu’il n’était pas trop tard pour le Royaume-Uni, qui a annoncé le mois dernier accepter la présence de Huawei dans ses réseaux 5G, pour revenir en arrière.

Paul Carrel et John Irish, version française Jean-Michel Bélot et Caroline Pailliez

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