January 13, 2020 / 8:15 AM / 13 days ago

Troisième jour de manifestations en Iran après le crash du Boeing

DUBAI (Reuters) - Des Iraniens ont manifesté lundi pour la troisième journée consécutive afin de dénoncer l’attitude des autorités dans la gestion de l’accident d’un avion de ligne ukrainien qui a fait 176 morts mercredi dernier près de la capitale iranienne.

Des Iraniens ont manifesté lundi pour la troisième journée consécutive afin de dénoncer l'attitude des autorités dans la gestion de l'accident d'un avion de ligne ukrainien qui a fait 176 morts mercredi dernier près de la capitale iranienne. /Photo prise le 11 janvier 2020/REUTERS/Nazanin Tabatabaee/WANA (West Asia News Agency)

Après trois jours de dénégations, l’Iran a fini par admettre samedi avoir abattu le Boeing par erreur alors que ses défenses anti-aériennes étaient en état d’alerte maximum à la suite de tirs de missiles en direction de positions américaines en Irak.

La lenteur avec laquelle la théocratie iranienne a admis son implication dans la catastrophe a exacerbé la colère de la population à son égard, qui s’était déjà exprimée lors d’une vague de manifestations contre la hausse du prix de l’essence réprimées dans le sang en novembre dernier.

Sur fond de mécontentement croissant et d’indignation internationale, l’aveu tardif des Gardiens de la révolution a dissipé l’unité retrouvée après la mort du général Qassem Soleimani, tué le 3 janvier en Irak dans une frappe américaine.

D’après le site Sahamnews, le fils de l’opposant Mehdi Karroubi a été arrêté deux jours après que son père a appelé à la démission du guide suprême de la Révolution, l’ayatollah Ali Khamenei. Mehdi Karroubi, un des fers de lance de la contestation “verte” contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en 2009, est en résidence surveillée depuis 2011.

D’après des vidéos postées sur les réseaux sociaux, que Reuters n’a pas été en mesure d’authentifier, des manifestants se sont regroupés lundi devant des universités de Téhéran et d’Ispahan, où la police anti-émeute s’est déployée en nombre.

“Ils tuent nos élites et les remplacent par des religieux”, scandait la foule à l’université. L’avion d’Ukraine Airlines, abattu juste après son décollage de Téhéran, transportait de nombreux étudiants repartant poursuivre leurs études au Canada.

D’autres images des manifestations du week-end semblent témoigner de la violence de la confrontation entre contestataires et forces de sécurité. On y entend des manifestants criant “Mort au dictateur” en référence au guide suprême de la Révolution Ali Khamenei.

Sur des vidéos postées dimanche soir, on peut entendre des coups de feu dans le secteur de la place Azadi, à Téhéran, où on aperçoit des flaques de sang. Des blessés sont transportés dans l’urgence par d’autres personnes et des membres des forces de l’ordre courent, fusil à la main.

“NE TUEZ PAS VOS MANIFESTANTS !”

Dans un communiqué diffusé lundi, le chef de la police de Téhéran, Hossein Rahimi, a déclaré que les forces de l’ordre n’avaient pas tiré sur les manifestants ces deux derniers jours à Téhéran et que les policiers iraniens avaient reçu l’ordre de faire preuve de retenue.

Donald Trump a tweeté à deux reprises ce week-end pour mettre en garde les autorités iraniennes contre toute répression sanglante des manifestations.

“Aux dirigeants iraniens: Ne tuez pas vos manifestants !” a écrit dimanche soir le président américain. “Des milliers ont déjà été tués ou emprisonnés par vous et le monde regarde. Et surtout, les Etats-Unis regardent. Rebranchez Internet et laissez les journalistes circuler librement ! Cessez de tuer le grand peuple iranien !”

Les ministres des Affaires étrangères de cinq Etats dont des ressortissants se trouvaient dans l’avion - Ukraine, Canada, Grande-Bretagne, Suède et Afghanistan - se réuniront jeudi à Londres pour envisager notamment une action en justice, a annoncé le chef de la diplomatie ukrainienne Vadim Pristaïko.

Natacha Van Themsche, directrice des enquêtes aéronautiques au Bureau de la sécurité des transports (BST) du Canada, a souligné que l’une des principales interrogations était de savoir pourquoi l’Iran n’avait pas fermé son espace aérien autour de Téhéran compte tenu des tensions que les tirs de missile en représailles à la mort du général Soleimani n’allaient pas manquer de créer.

Aux Nations unies, un porte-parole du secrétaire général, Antonio Guterres, a déclaré que les allégations faisant état de l’utilisation d’une “force létale” contre les manifestants devraient faire l’objet d’une enquête exhaustive.

Babak Dehghanpisheh et Parisa Hafezi avec Allison Lampert à Ottawa; version française Bertrand Boucey et Jean-Philippe Lefief, édité par Henri-Pierre André

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