January 3, 2020 / 8:52 PM / 5 months ago

Le général iranien Soleimani tué par une frappe américaine, Téhéran menace

BAGDAD/WASHINGTON (Reuters) - L’Iran a promis vendredi de venger la mort du général Qassem Soleimani, fer de lance de son influence militaire au Moyen-Orient, tué dans une frappe américaine en Irak menée à la demande expresse de Donald Trump.

Sur la photo, des policiers iraniens lors d'une manifestation devant le bureau des Nations Unies à Téhéran pour condamner le meurtre de Qassem Soleimani. L'Iran a promis vendredi de venger la mort du général Qassem Soleimani, fer de lance de son influence militaire au Moyen-Orient, tué dans une frappe américaine en Irak menée à la demande expresse de Donald Trump. /Photo prise le 3 janvier 2020/REUTERS/WANA/Nazanin Tabatabaee

Cet assassinat ciblé du plus éminent responsable militaire iranien fait craindre un embrasement entre les Etats-Unis et l’Iran mais le président américain a assuré que son initiative visait à empêcher une guerre et non à en déclencher une, Qassem Soleimani étant selon lui en train de fomenter des attaques imminentes contre des Américains.

Qassem Soleimani était le commandant de la force Al Qods, l’unité d’élite des Gardiens de la révolution, un rôle qui lui valait d’être considéré comme le deuxième personnage le plus puissant du régime iranien derrière le guide suprême de la Révolution, l’ayatollah Ali Khamenei.

L’armée américaine a procédé à son assassinat dans la nuit de jeudi à vendredi en bombardant le convoi dans lequel il se trouvait, à l’aéroport de Bagdad, tuant également Abou Mehdi al-Mouhandis, membre de haut rang de la milice irakienne Hachd al Chaabi.

Washington soupçonnait Qassem Soleimani d’avoir “orchestré” des attaques contre des bases de la coalition en Irak ces derniers mois et le tenait pour responsable des “attaques” survenues cette semaine contre l’ambassade américaine à Bagdad.

Ces incidents ont envenimé les relations déjà délétères entre Washington et Téhéran, qui disposent chacun d’alliés dans la région - Israël et l’Arabie saoudite dans le camp américain, le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien du côté iranien.

Dans un tweet diffusé plusieurs heures après la mort du général iranien, Donald Trump a déclaré que Soleimani préparait secrètement la mort de nombreux ressortissants américains, après en avoir déjà tué ou gravement blessé des milliers au fil des ans. “Il aurait dû être éliminé il y a de nombreuses années !” a ajouté le président américain.

LES USA NE CHERCHENT PAS UN CHANGEMENT DE RÉGIME, DIT TRUMP

S’exprimant ensuite devant la presse à sa résidence en Floride, Donald Trump a affirmé que “Soleimani complotait pour lancer des attaques imminentes et malfaisantes contre des diplomates et du personnel militaire américains”. “Mais nous l’avons attrapé sur le fait et l’avons éliminé”, a-t-il dit.

“Nous avons agi la nuit dernière pour stopper une guerre. Nous n’avons pas agi pour déclencher une guerre”, a-t-il ajouté.

Les Etats-Unis ne cherchent pas un changement de régime en Iran, a poursuivi Donald Trump, mais Téhéran doit cesser ce qu’il a qualifié d’agressions dans la région, notamment via l’intermédiaire de mouvements armés.

Selon le représentant spécial des Etats-Unis pour l’Iran, Brian Hook, Qassem Soleimani préparait une attaque contre des installations et des travailleurs américains en Irak, au Liban, en Syrie, entre autres pays, qui aurait pu coûter la vie à des centaines d’Américains.

En Iran, les réactions indignées se sont succédé, du chef de la diplomatie Mohammad Javad Zarif condamnant une “escalade extrêmement dangereuse et insensée”, au chef de l’Etat, Hassan Rohani.

“Il n’y a aucun doute sur le fait que l’Iran et les autres nations en quête de liberté dans la région le vengeront”, a dit le président iranien dans un communiqué, précisant que le “martyre de Soleimani” renforçait la volonté de Téhéran de résister encore davantage à “l’expansionnisme américain”.

Véritable détenteur du pouvoir en Iran, l’ayatollah Ali Khamenei a lui aussi prévenu qu’une terrible vengeance attendait les “criminels” ayant assassiné le général Soleimani.

Réuni dans la journée, le Conseil suprême de sécurité nationale a dénoncé “la plus grande erreur stratégique américaine” dans la région, ajoutant que Washington paierait cet “aventurisme criminel”.

MACRON VEUT “ÉVITER UNE ESCALADE DANGEREUSE”

Cette nouvelle poussée de fièvre suscite des inquiétudes dans de nombreux pays, particulièrement en Israël, où l’on craint des représailles de l’Iran.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a décidé d’écourter un déplacement en Grèce, a exprimé la solidarité de l’Etat hébreu avec son allié américain dans son “juste combat”. Selon la radio de l’armée israélienne, le niveau d’alerte des forces de sécurité du pays a été relevé d’un cran.

De nombreux pays de la région ou en Europe ont appelé toutes les parties à la retenue.

Emmanuel Macron s’est entretenu avec son homologue russe Vladimir Poutine et les deux hommes “sont convenus de rester en contact étroit au cours des prochains jours pour éviter une nouvelle escalade dangereuse des tensions”, a indiqué l’Elysée.

Agé de 62 ans, le général Qassem Soleimani était depuis 1998 à la tête de la force Al Qods, une unité d’élite des Gardiens de la révolution chargée des interventions sur les théâtres extérieurs.

Figure des forces iraniennes dans son pays comme à l’étranger, il avait un rôle majeur dans l’influence grandissante de l’Iran au Moyen-Orient et avait notamment resserré les liens de Téhéran avec le Hezbollah, le gouvernement syrien de Bachar al Assad et des milices chiites en Irak.

Qassem Soleimani avait échappé ces vingt dernières années à plusieurs tentatives d’assassinat menées par des services occidentaux, israéliens et arabes.

Pour lui succéder, Ali Khamenei a nommé son adjoint depuis plus de vingt ans, le général Esmail Ghaani, précisant que la feuille de route de la Force al Qods ne changeait en rien.

avec Idrees Ali et Eric Beech à Washington; version française Jean Terzian, Marine Pennetier et Simon Carraud, édité par Henri-Pierre André, Jean-Stéphane Brosse et Bertrand Boucey

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