December 18, 2019 / 6:50 AM / 7 months ago

Débat historique au Congrès sur l'"impeachment" de Donald Trump

WASHINGTON (Reuters) - Le débat sur l’impeachment de Donald Trump s’est ouvert mercredi devant la Chambre des représentants où un élu démocrate a présenté le vote à venir sur les deux charges retenues contre le président américain comme un “moment déterminant pour la démocratie”.

Donald Trump a accusé mardi les démocrates de mener une "tentative de putsch illégale et partisane", alors que la Chambre des représentants devrait voter mercredi la mise en accusation du président des Etats-Unis pour abus de pouvoir et entrave dans l'"affaire ukrainienne". /Photo prise le 17 décembre 2019/REUTERS/Jason Andrew

Nancy Pelosi, chef de file de la majorité démocrate à la Chambre, a formellement ouvert le débat avec “solennité et tristesse”.

“Nous sommes ici aujourd’hui pour défendre la démocratie pour le peuple”, a déclaré la présidente de la Chambre sous les applaudissements des représentants démocrates.

“Si nous n’agissons pas aujourd’hui, nous serions indignes de notre fonction. Les décisions imprudentes que le président a prises ont malheureusement rendu cet impeachment indispensable.”

Donald Trump devrait être mis en accusation pour des faits présumés d’abus de pouvoir et d’entrave dans l’”affaire ukrainienne”.

Les démocrates, majoritaires à la Chambre des représentants, l’accusent d’avoir cherché à faire pression sur son homologue ukrainien, Volodimir Zelenski, afin que Kiev ouvre une enquête sur les activités en Ukraine de Joe Biden, son potentiel adversaire démocrate à la présidentielle de novembre 2020, et de son fils, Hunter.

Ils lui reprochent aussi d’avoir entravé leur enquête en s’opposant à la transmission de documents et à l’audition de ses principaux conseillers, mais aussi via des tentatives vaines d’empêcher d’autres dépositions et d’intimider des témoins.

Attendu en début de soirée, heure de Washington, le vote devrait se dérouler conformément au rapport de forces parlementaire, ce qui signifie que Donald Trump va très probablement devenir, après Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton en 1998, le troisième président en exercice officiellement mis en accusation (en 1974, Richard Nixon avait démissionné avant le vote en séance plénière à la chambre).

Quelques défections d’élus démocrates menacés de perdre leur siège dans les circonscriptions favorables à Trump en novembre 2020 ne sont pas exclues. Mais le Parti démocrate dispose de 36 voix de majorité à la chambre basse du Congrès, où la majorité simple suffira à approuver l’impeachment du président.

Le vote ouvrira la voie à un procès du président en janvier devant le Sénat, qui aura la capacité théorique de le destituer.

Mais les républicains sont majoritaires à la chambre haute avec 53 sénateurs. Et la règle prévoit qu’une condamnation du président, et donc sa destitution, doivent être votées à la majorité qualifiée des deux tiers des votants. Il faudrait par conséquent que 20 sénateurs républicains joignent leur voix à celles des 45 démocrates et des deux indépendants pour que Trump soit évincé de la Maison blanche (pour mémoire, les procédures lancées contre Andrew Johnson et Bill Clinton ont été mises en échec au Sénat).

“DITES UNE PRIÈRE !”

A l’ouverture de la session, mercredi, la minorité républicaine de la Chambre des représentants a tenté de freiner les débats en réclamant des votes de procédure, mais n’a pu obtenir davantage qu’un report d’une heure du programme initial.

Lors du débat, Jim McGovern, élu démocrate du Massachusetts et président de la commission du règlement de la Chambre, a souligné que le Congrès était en train de vivre “un moment déterminant pour la démocratie”.

“L’Histoire jugera si nous aurons été à même de préserver la fragile république qui nous a été donnée par nos aïeux il y a plus de 200 ans ou si, au contraire, nous aurons permis qu’elle soit à jamais changée”, a-t-il poursuivi.

Lui donnant aussitôt la réplique, Tom Cole, élu républicain de l’Oklahoma, a accusé les démocrates de la Chambre de pousser en faveur d’un vote partisan “à l’issue d’une enquête tronquée qui a privé le président d’une procédure équitable, qui a sélectionné les preuves et les dépositions de témoins de manière à ce qu’elles cadrent avec leur récit et foulé au pied les droits de la minorité républicaine”.

Donald Trump, qui se défend de toute malversation, a pour sa part accusé les démocrates de mener une “tentative de putsch illégale et partisane”, de violer la Constitution et de déclarer la guerre à la démocratie américaine.

“Rendez-vous compte que je vais être inculpé aujourd’hui par la gauche radicale, par ces démocrates inactifs, ALORS QUE JE N’AI RIEN FAIT DE MAL ! C’est terrible. Dites une prière”, a-t-il tweeté mercredi matin.

S’il ne semble guère faire de doute que le président échappera au final à une destitution, la question se pose en revanche de l’impact qu’aura cette longue procédure sur la campagne électorale déjà engagée - les primaires débuteront le 3 février dans l’Iowa, l’élection présidentielle aura lieu le 3 novembre.

Le Parti démocrate, majoritaire à la Chambre depuis les élections intermédiaires de novembre 2018, a du reste longtemps hésité à dégainer l’”arme nucléaire” de l’impeachment, précisément soucieux des risques de contre-coup politique. L’affaire ukrainienne l’a finalement conduit à franchir le pas.

Nicolas Delame pour le service français

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