21 novembre 2013 / 15:08 / dans 4 ans

Les enfants gâtés de la Pac refusent de partager le gâteau

Ce sont les agriculteurs français les plus choyés par les subventions européennes qui ont manifesté jeudi contre la réforme de la Politique agricole commune (Pac), que François Hollande entend réorienter vers les éleveurs en difficulté. /Photo prise le 3 octobre 2013/REUTERS/Stéphane Mahé

par Marion Douet

PARIS (Reuters) - Ce sont les agriculteurs français les plus choyés par les subventions européennes qui ont manifesté jeudi contre la réforme de la Politique agricole commune (Pac), que François Hollande entend réorienter vers les éleveurs en difficulté.

Les céréaliers seront les principaux perdants de la nouvelle réforme de l‘Europe verte entérinée mercredi par le Parlement européen, qui réduira les aides aux plus grandes exploitations et renforcera les exigences environnementales.

Les agriculteurs d‘Ile-de-France ont lancé autour de Paris des opérations de blocage avec leurs tracteurs dont le ministre des Transports, Frédéric Cuvillier, a demandé la levée immédiate après des accidents ayant provoqué un mort et plusieurs blessés à proximité des blocages.

Les producteurs de blé et de maïs, qui appelaient à la mobilisation, estiment que la répartition selon eux injuste des aides leur portera un préjudice important.

“Les mesures annoncées à ce jour conduiraient à une ponction injustifiée sur les céréaliers, entraînant des distorsions de concurrence majeures avec les agriculteurs du reste de l‘Europe, notamment l‘Allemagne”, disent-ils dans un communiqué commun.

La France a obtenu dans le budget européen 2014-2020 une enveloppe de 64 milliards d‘euros pour l‘agriculture, une baisse de 2% quand celle de l‘Allemagne a diminué de 7%.

Mais pour répartir ces aides, François Hollande a choisi de donner la priorité aux petites exploitations et aux éleveurs, traditionnellement moins bien lotis que les céréaliers dans l‘Europe verte. Au total, un milliard d‘euros supplémentaires seront dirigés chaque année vers eux.

“J‘ai fait des choix pour que l‘élevage soit la priorité de notre politique agricole”, a-t-il déclaré le 2 octobre lors d‘un salon agricole, jugeant inacceptable de “laisser les éleveurs dans la situation d‘aujourd‘hui avec des revenus plus bas que dans le reste de la profession avec des aléas plus élevés, des contraintes plus lourdes”.

CINQ FOIS MOINS DE REVENUS

Les éleveurs font face à une hausse de leurs coûts de production, notamment ceux des matières premières qui nourrissent leurs cheptels, et leurs revenus s‘écroulent.

La Bretagne, où l‘élevage est prédominant, voit les plans sociaux se multiplier dans la volaille et les abattoirs, provoquant un désespoir qui s‘est traduit, avec le refus de l‘écotaxe, par de violents incidents.

Dans le Limousin, région fameuse pour ses vaches, le revenu moyen se situe à moins de 20.000 euros par actif en 2012, selon des chiffres du ministère de l‘Agriculture.

Mais en Ile-de-France, où la production de céréales est majoritaire, le revenu moyen avant impôt atteint presque 100.000 euros, à comparer aux 60.000 euros de revenu moyen 2011, une hausse portée par la flambée des prix sur les marchés mondiaux.

Le bassin parisien, grenier à blé de l‘Europe, possède aussi les rendements parmi les plus élevés au monde.

La zone a longtemps bénéficié des aides européennes basées sur la production -le prix garanti pour une tonne produite- qui sont désormais fixées en fonction du nombre d‘hectares.

José Bové, agriculteur et figure emblématique de la Confédération paysanne, syndicat minoritaire, a fustigé la mobilisation des manifestants de jeudi.

“Avec des revenus moyens de 75.000 euros, le blocage des céréaliers du bassin parisien est irresponsable, indécent”, a écrit le député Vert européen sur son compte Twitter.

La direction de la Fédération nationale des syndicats d‘exploitants agricoles (FNSEA) avait déclaré la semaine dernière qu‘elle ne participerait pas à l‘appel à mobilisation, se désolidarisant de sa branche départementale.

Premier pays bénéficiaire de la Pac, la France a touché, en 2011, 8 milliards d‘euros au titre des aides directes, soit 20% du budget communautaire dans cette catégorie.

Sur un total de 372.000, les 1,26% d‘exploitations les plus grosses se sont partagé 8,5% du total des subventions, pour des montants allant de 100.000 à plus de 500.000 euros.

Avec Gus Trompiz, Sybille de la Hamaide et Gilbert Reilhac à Strasbourg, édité par Yves Clarisse

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