27 février 2013 / 15:08 / il y a 5 ans

François Hollande entre volontarisme et renoncements

par Elizabeth Pineau

En renonçant à ramener les déficits publics à 3% en 2013, socle de son programme électoral, François Hollande déçoit un pays confronté aux contradictions d'un exécutif contraint de revenir sur ses promesses tout en tentant de préserver l'unité sociale. /Photo prise le 21 février 2013/REUTERS/Philippe Wojazer

PARIS (Reuters) - En renonçant à ramener les déficits publics à 3% en 2013, socle de son programme électoral, François Hollande déçoit un pays confronté aux contradictions d‘un exécutif contraint de revenir sur ses promesses tout en tentant de préserver l‘unité sociale.

Dernières alertes en date : la hausse du chômage, pour le 21e mois consécutif et les chaotiques résultats des élections italiennes qui fragilisent de nouveau une zone euro où des peuples rejettent en bloc l‘austérité et relancent une crise dont le président français avait décrété la fin.

En France, les sombres prévisions de la Commission européenne anesthésient le volontarisme de l‘Elysée, en passe de renoncer à inverser la courbe du chômage d‘ici fin 2013 après avoir revu à la baisse ses prévisions de croissance.

“S‘il n‘y a pas d‘objectif, il n‘y a pas de volonté et moi je ne me résigne pas”, disait-il toutefois samedi, tandis que le ministre du travail Michel Sapin a décrété mercredi la “mobilisation générale” pour y parvenir.

François Hollande a aussi reconnu que 2013 serait l‘année de nouvelles économies et, “subsidiairement”, de nouveaux impôts.

Une trahison pour la droite. Un sujet d‘inquiétude pour la gauche, où le premier secrétaire du Parti socialiste, Harlem Désir, et le président de l‘Assemblée, Claude Bartolone, ont demandé de “ne pas rajouter de nouveaux prélèvements”.

CLIVAGE À GAUCHE

Pour les politologues, le chef de l‘Etat se retrouve devant des équations politico-économiques difficiles à résoudre.

“Il est partagé entre des impératifs de rigueur budgétaire et une tension qui s‘accroît, notamment au sein de l‘électorat de gauche de plus en plus divisé entre une gauche modérée attachée à la rigueur et une autre préoccupée par le social”, juge François Miquet-Marty, de l‘institut Viavoice.

“Tout laisse penser que ce clivage va s‘amplifier dans les mois qui viennent”.

Au lendemain de la publication des prévisions de la Commission européenne, François Hollande a pris son temps au Salon de l‘Agriculture, goûtant chaque rencontre furtive, chaque poignée de main comme autant de signes du lien entretenu avec des Français qui doutent pourtant de son action.

Après une embellie liée à l‘intervention française au Mali, qui a installé François Hollande dans un nouveau rôle de chef de guerre, sa cote de popularité se stabilise à un niveau bas : 37% (-1 point) dans le baromètre Ifop pour le Journal du dimanche, 39% (+1) dans un sondage OpinionWay pour Metro et LCI.

Bien que très pris par son agenda international - il sera jeudi en Russie, mercredi prochain en Pologne - le président veut prendre le pouls du pays et son entourage annonce pour bientôt des déplacements sur deux jours en régions.

COHÉSION NATIONALE

“Les Français veulent qu‘on soit uni quand il y a un effort a faire”, veut croire le président. “Les Français nous font confiance même si parfois ils doutent, ils veulent que la France s‘en sorte et moi aussi. Il faut leur donner quelques occasions d‘espérer et d‘y croire”.

François Miquet-Marty y voit le souci de préserver la cohésion d‘un pays en crise.

“François Hollande essaie de préserver l‘unité des Français, de tendre la main à ceux qui sont en désaccord avec lui”, note le politologue. “Il est constamment dans une posture de dialogue qui vise à éviter que la société se brise, se balkanise et recherche des boucs émissaires comme les retraités, les fonctionnaires, les étrangers.”

“L‘effet pervers de cette volonté de ne blesser personne, c‘est une image d‘insuffisante détermination, de manque de constance dans l‘action, d‘une cohérence difficile à tenir”.

De fait, les signes contradictoires ne manquent pas.

L‘abrogation de “la journée de carence”, la non rémunération du premier jour d‘arrêt maladie dans la fonction publique, a surpris en ces temps de rigueur budgétaire.

Les polémiques sur les rythmes scolaires ont fait presque oublier l‘effort gouvernemental en faveur des enseignants - 60.000 emplois supplémentaires sur cinq ans.

Le débat sur le mariage pour tous, qui a divisé la société, a semblé dérisoire en comparaison des 5,7 millions de personnes pointant à Pôle Emploi, sur fond de plans sociaux à répétition.

Dans un contexte social déjà tendu, la droite a crié au laxisme face aux projets de la ministre de la Justice, Christiane Taubira, de trouver des alternatives à la prison.

Alors que le dossier des retraites s‘annonce comme l‘une des batailles les plus délicates à mener pour 2013, une partie des promesses de campagne reste à honorer, à commencer par la symbolique taxe à 75% pour les très hauts revenus.

L‘interdiction des “licenciements boursiers”, la fin du cumul des mandats, le droit de vote des étrangers se font, de même, toujours attendre.

En face, la droite se met en ordre de marche pour les municipales de 2014, avec un oeil sur la présidentielle de 2017.

Malgré les incertitudes, une ministre veut y croire : “On est là pour dix ans, il y a tant de choses à faire”.

Edité par Yves Clarisse

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