18 février 2013 / 17:23 / il y a 5 ans

Le père perché sur une grue à Nantes cesse son action

Serge Charney, le père divorcé retranché depuis vendredi en haut d'une ancienne grue du port de Nantes pour obtenir le droit de voir son enfant, est redescendu lundi de son perchoir tout en se disant "furieux" des propos du gouvernement sur le droit de garde des pères. /Photo prise le 18 février 2013/Stéphane Mahé

NANTES (Reuters) - Le père divorcé retranché depuis vendredi en haut d'une ancienne grue du port de Nantes pour obtenir le droit de voir son enfant est redescendu lundi de son perchoir tout en se disant "furieux" des propos du gouvernement sur le droit de garde des pères.

Serge Charnay, un ancien informaticien de 43 ans, a décidé de cesser son action après une réunion sur les droits des pères organisée par la ministre de la Justice, Christiane Taubira, à la demande du Premier ministre, qui s'est saisi du dossier.

Mais il s'est dit déçu par les gestes du gouvernement, estimant qu'il s'agissait de propos sans lendemain et s'en est pris aux femmes ministres du gouvernement.

"Je demande aux médias d'arrêter de divulguer les faux chiffres que nous servent le 'parti du ministère des Femmes' qu'on a mis au pouvoir à grand frais de nos impôts, avec Najat Vallaut-Belkacem en tête, et le ministère de la Famille par madame Bertinotti", a-t-il dit.

Selon une étude du ministère de la Justice, dans 76,8% des cas de divorce en 2010, les enfants sont hébergés chez leur mère en résidence principale mais Serge Charnay estime que ce pourcentage est de 85%.

Dominique Bertinotti, ministre déléguée à la Famille, lui a reproché de chercher à rallumer une guerre des sexes.

"Il se déconsidère en tenant ces propos-là et puis il rallume une guerre des sexes (…) Je trouve cela dommageable pour la cause qu'il entend défendre", a-t-elle déclaré sur BFM-TV.

"On ne peut pas empêcher des propos misogynes ou ordinairement machistes, ils sont encore légion assez courante", a-t-elle ajouté.

Ce père d'un petit garçon, Benoît, réclame plus d'égalité dans les décisions de justice sur la garde des enfants.

Il demandait au début de son action le rétablissement de son droit de visite, supprimé après son refus à deux reprises, en 2010 et 2011, de rendre son fils à sa mère à l'issue de vacances.

"Je ne suis monté que pour la cause des pères et non pas pour mon cas personnel", a-t-il cependant assuré en descendant de la grue désaffectée du port de Nantes.

Il a estimé que les nouvelles démarches judiciaires que les autorités lui ont proposé d'engager prendraient beaucoup de temps et que son enfant aurait le temps de l'oublier. "Je ne suis pas prêt d'avoir des nouvelles de mon fils", a-t-il dit.

"LOIS SATISFAISANTES"

A l'issue de la réunion avec les associations au ministère de la Justice, Christiane Taubira a reconnu que le geste de Serge Charnay avait conduit le Premier ministre à juger "très urgent de recevoir ces associations".

Pour autant, la ministre a estimé que les associations jugeaient "les lois satisfaisantes" et se contentaient de "contester la façon dont les jugements sont prononcés".

Elle s'est prononcée en conséquence pour un développement de la médiation et a invité, au-delà des statistiques, à examiner le nombre de cas où le père demandait réellement la garde de l'enfant.

L'action spectaculaire du père divorcé survient à quelques jours d'une manifestation prévue mercredi à Nantes par l'association "SVP Papa" pour "dénoncer les dérives du pouvoir judiciaire" en matière de justice familiale.

Le président de "SOS Papa", Fabrice Mejias, s'est déclaré à moitié déçu par la réunion au ministère de la Justice, jugeant que "le discours qui est tenu est malgré tout très politique et très politicien". "Ça ne correspond pas aux attentes des papas qui sont aujourd'hui en attente de signaux forts", a-t-il dit.

Pour Jean Latizeau, autre membre de l'association, l'action de Serge Charnay "a manifestement déclenché une prise de conscience". "C'est triste, mais dans notre pays, il faut arriver à des actions de ce type-là", a-t-il dit aux journalistes.

Guillaume Frouin, avec Gérard Bon à Paris, édité par Yves Clarisse

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