February 14, 2013 / 2:58 PM / 4 years ago

Casse-tête économique et politique en vue pour Hollande

7 MINUTES DE LECTURE

La révision des perspectives économiques et budgétaires de la France crée un casse-tête économique et politique pour le gouvernement de François Hollande, même s'il pourrait échapper aux foudres de la Commission européenne. /Photo prise le 7 février 2013/Yves Herman

par Jean-Baptiste Vey et Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - La révision des perspectives économiques et budgétaires de la France crée un casse-tête économique et politique pour le gouvernement de François Hollande, même s'il pourrait échapper aux foudres de la Commission européenne.

Il devra non seulement revoir ses prévisions 2013 mais aussi l'ensemble de la trajectoire budgétaire du quinquennat, tout en apportant des preuves de son engagement à mener des réformes structurelles pour redresser les finances publiques et l'économie française malgré l'environnement déprimé.

La satisfaction exprimée par l'aile gauche du Parti socialiste à l'annonce mercredi du renoncement à l'objectif de déficits publics ramenés à 3% du PIB fin 2013 pourrait se changer en colère contre les mesures que la France devra annoncer pour contenter les Européens et les marchés financiers.

Ces derniers n'ont pas sanctionné la France, dont les taux d'emprunt évoluaient jeudi en strict parallèle avec les taux allemands pour la dette de référence à dix ans, signe que l'abandon de cet objectif, anticipé par les économistes depuis des mois, était devenu un secret de Polichinelle.

"Il y a un enjeu de crédibilité sur les propositions qu'on va faire à Bruxelles. Il va falloir donner des gages sérieux", dit Denis Ferrand, directeur général de l'institut COE-Rexecode.

Un nouveau tour de vis fiscal étant difficilement imaginable, cela passera, selon lui, "par une information précise sur ce que l'on compte faire sur la dépense publique".

"Aujourd'hui, on a des indications ici ou là, mais on n'a pas de tableau global qui permettrait de dire à quelles dépenses on s'attaque", ajoute-t-il.

Donner Des Gages à La Commission

Dans ce contexte, retraites, chômage, santé, prestations familiales, salaires des fonctionnaires ou relations Etats-collectivités apparaissent comme autant de chantiers délicats à mener pour le gouvernement et de tests pour la démocratie sociale chère au chef de l'Etat, après le succès récent des négociations sur le marché du travail.

L'issue des discussions entre Paris et la Commission, qui commentera la situation française en dévoilant ses nouvelles prévisions économiques le 22 février, dépendra pour beaucoup de l'ampleur de la dérive anticipée par rapport à la cible de 3%.

L'exécutif européen prévoyait jusqu'à présent des déficits publics à 3,5% du PIB fin 2013, un ordre de grandeur qui fait consensus chez les économistes.

"Tout dépendra de l'écart par rapport aux 3%", explique une source gouvernementale, confirmant que des gages devront être donnés sur les réformes structurelles.

Une lettre adressée mercredi aux ministres des Finances européens par le commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, suggère que la Commission est prête à donner plus de temps à la France du fait de l'aggravation de la récession dans la zone euro.

"Si la croissance se détériore de manière inattendue, un pays doit se voir accorder un délai supplémentaire pour corriger son déficit excessif, à condition qu'il ait fourni l'effort budgétaire structurel convenu", écrit-il.

La Cour des comptes a défendu la même ligne dans son rapport annuel présenté mardi, estimant qu'il y avait peu de chances de parvenir à 3% mais qu'il était possible de tenir les objectifs structurels, qui évacuent l'impact de la conjoncture. A condition de tenir strictement les objectifs de dépenses publiques, ce qui est loin d'être assuré pour l'instant.

Nouvelles économies nécessaires

Elle a ainsi estimé que la stabilisation d'une partie des dépenses publiques prévues cette année "n'est pas complètement étayée et rendra nécessaire de nouvelles économies".

La Cour a spécifiquement mentionné l'assurance maladie et les dépenses d'indemnisation chômage, dont elle trouve les projections trop optimistes au vu de la "forte dégradation" redoutée de l'emploi.

La même problématique se pose au-delà de 2013. La France aura bien du mal à justifier de conserver sa prévision d'une croissance annuelle moyenne de 2% entre 2014 et 2017, qui sous-tend l'objectif, confirmé mercredi par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, du retour à l'équilibre structurel des finances publiques à la fin du quinquennat.

La Cour des comptes a souligné qu'"aucune réforme porteuse d'économies substantielles au-delà de 2013" n'était à ce stade identifiable et que "la priorité absolue" était "de prendre sans tarder les décisions et d'engager les réformes nécessaires dans l'ensemble des administrations publiques".

Jean-Christophe Caffet, économiste chez Natixis, estime pour sa part qu'il serait contre-productif d'intensifier les efforts budgétaires dans l'environnement actuel mais que, s'il bénéficie d'un répit, le gouvernement ne peut se permettre de lever le pied sur les réformes, même si elles ont un coût à court terme.

"On peut repousser les échéances de déficit si, dans l'intervalle, on mène des réformes de structure qui nous permettront d'avoir de la croissance et donc de mener un processus de consolidation budgétaire plus soutenable plus tard", dit-il, "si on ne le fait pas, le déficit cyclique deviendra structurel".

Le Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi et l'accord sur le marché du travail constituent de premiers pas.

"La suite, c'est le financement de la protection sociale, les retraites et le processus de modernisation de l'action publique. Il y a des chose qui devront être faites !".

Mais Francois Hollande risque d'être confronté à un fort tangage dans sa majorité, dont une partie juge déjà que son gouvernement fait la part trop belle à une rigueur qui paraîtra douce par rapport à ce qui s'annonce.

En outre, les collectivités locales, très majoritairement dirigées par des exécutifs socialistes, pourraient se cabrer devant l'effort demandé et certains syndicats, dont la CGT et FO, s'apprêtent à mobiliser contre les projets gouvernementaux.

Thierry Lepaon, qui succédera en mars au secrétaire général de la CGT Bernard Thibault, a ainsi accusé François Hollande de "s'inscrire dans la suite" de son prédécesseur UMP Nicolas Sarkozy.

Edité par Yves Clarisse

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