13 février 2013 / 08:38 / il y a 5 ans

Laurent Fabius doute de l'objectif de déficits publics

Laurent Fabius a estimé mercredi sur Canal+ probable que la France ne tienne pas son objectif de baisse des déficits publics en 2013 du fait de la faiblesse de la croissance. /Photo d'archives/Charles Platiau

PARIS (Reuters) - Laurent Fabius a jugé mercredi "probable" que la France ne tiennent pas ses objectifs de déficits publics en 2013, devenant le premier membre du gouvernement à dire publiquement ce que tous les économistes anticipent déjà.

Les ministres de l'Economie et du Budget ont reconnu chacun de leur côté que ramener ces déficits à 3% du PIB cette année serait "difficile" mais ont néanmoins maintenu cet objectif fondé sur un scénario de croissance économique de 0,8% jugé peu réaliste, en attendant une éventuelle révision le mois prochain.

Interrogé sur les conclusions du rapport de la Cour des comptes publié mardi, qui estime que la France a peu de chances de parvenir à cet objectif de 3%, Laurent Fabius a répondu : "Je pense que c'est probable."

"Et par rapport à ça, il faut à la fois qu'on ne coupe pas ce qui reste de croissance, sinon ce serait une faute, mais en même temps qu'on soit sérieux et le mot d'économies fait partie du vocabulaire et de la panoplie", a ajouté le ministre des Affaires étrangères sur Canal+.

Ses collègues de l'Economie et du Budget, Pierre Moscovici et Jérôme Cahuzac, qui s'exprimaient dans la foulée sur deux radios différentes, ne l'ont pas confirmé explicitement.

Mais "ce sera effectivement très difficile", a réagi le second sur France Inter. "La probabilité d'atteindre cet objectif s'est amenuisée au fur et à mesure que la croissance pâlissait non seulement en France mais plus généralement dans la zone euro et même dans le monde", a-t-il ajouté.

"Chacun sait bien qu'il est difficile d'atteindre des objectifs nominaux de déficits publics quand la conjoncture est à ce point défavorable", a-t-il dit.

Selon une enquête réalisée en janvier par Reuters auprès de 25 économistes, l'économie française devrait stagner en 2013, avec pour conséquence des déficits publics qui ne seraient ramenés qu'à 3,6% du PIB, contre 4,5% en 2012.

"DANS LE BON ORDRE"

Pierre Moscovici a indiqué sur France Info que le gouvernement s'en tenait au calendrier annoncé pour une éventuelle révision, à savoir la présentation du programme de stabilité le 15 mars au Parlement après que le nouveau Haut conseil des finances publiques installé le 1er mars aura rendu un avis.

La Commission européenne aura publié auparavant le 22 février ses propres prévisions, auxquelles la France confrontera les siennes.

"C'est dans ce contexte-là que nous verrons s'il faut réévaluer ou non et quelles conséquences tirer de ces prévisions", a dit le ministre de l'Economie. "Le calendrier n'est pas changé (...) tout cela doit se faire dans le bon ordre".

Pierre Moscovici comme Jérôme Cahuzac ont insisté chacun de leur côté sur l'"effort considérable" mené par le gouvernement, qui vise une baisse des déficits structurels équivalant à 2,1 points de PIB cette année après 1,2 point en 2012.

Tout en se défendant de vouloir "ajouter de l'austérité à l'austérité" dans l'environnement de faible croissance actuelle, le ministre de l'Economie a indiqué partager le diagnostic de la Cour des Comptes selon lequel tout effort supplémentaire devra venir d'une baisse des dépenses publiques.

Après deux années de forte hausse de la fiscalité, en 2012 et 2013, celle-ci sera prioritaire à partir de l'an prochain et le gouvernement fourbit déjà ses armes pour le budget 2014.

Selon Les Echos, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault vient d'envoyer à ses ministres les premières lettres de cadrage dans le cadre du processus de modernisation de l'action publique lancé fin 2012, qui passera par une évaluation des politiques publiques pour les rendre plus efficaces et moins coûteuses.

Matignon réclamerait notamment deux milliards d'euros d'économies sur les aides aux entreprises sur 2014-2015 et 1,3 milliard sur la formation professionnelle, qui s'ajouteraient aux plus de 1,5 milliard d'euros nécessaires pour ramener la branche famille de la sécurité sociale à l'équilibre.

Le gouvernement a annoncé d'autre part mardi qu'il baisserait de 3 milliards d'euros, contre 1,5 milliard prévu précédemment, la dotation de l'Etat aux collectivités locales, qui contribueront ainsi aux économies nécessaires pour financer le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE).

Yann Le Guernigou, édité par Yves Clarisse

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