Les obsèques de Belaïd rassemblent une foule énorme à Tunis

vendredi 8 février 2013 20h49
 

par Tarek Amara et Alistair Lyon

TUNIS (Reuters) - Des dizaines de milliers de Tunisiens scandant des slogans hostiles aux islamistes se sont rassemblés vendredi à Tunis pour les obsèques de l'opposant laïque Chokri Belaïd, dont l'assassinat a accentué la crise profonde que traverse le berceau du "printemps arabe".

La foule, estimée à au moins 50.000 personnes, s'est massée devant la maison de la culture de Djebel Jelloud, dans la banlieue sud de la capitale, où reposait le corps du dirigeant de l'opposition de gauche laïque, tué de quatre balles mercredi devant chez lui.

Jamais une foule aussi nombreuse ne s'était rassemblée pour des obsèques en Tunisie depuis celles, en 2000, de Habib Bourguiba, le "père" de l'indépendance et premier président du pays. "Le peuple veut une nouvelle révolution", ont scandé les participants, qui ont aussi entonné l'hymne national.

Le cercueil de l'ancien avocat, recouvert du drapeau tunisien, a été placé sur une camionnette de l'armée, qui a pris la direction du cimetière du Djellaz, à l'extérieur duquel des affrontements ont ensuite éclaté avec les forces de l'ordre pendant l'inhumation.

Un peu auparavant, la police avait tiré des grenades lacrymogènes et des coups de feu en l'air pour disperser des jeunes en train de saccager des voitures aux abords du cimetière.

La police a aussi fait usage de gaz lacrymogènes contre des manifestants rassemblés devant le ministère de l'Intérieur. Ce dernier a fait état de 150 interpellations pendant les heurts à Tunis.

"Belaïd, repose en paix, nous continuons la lutte", scandait la foule, en brandissant des portraits de l'opposant assassiné par un homme armé qui a pris la fuite à moto. On entendait aussi des slogans hostiles à Rached Ghannouchi, le chef d'Ennahda, le parti islamiste au pouvoir : "Ghannouchi, assassin, criminel", "La Tunisie est libre, terrorisme dehors".

A Gafsa, bastion de partisans de Chokri Belaïd dans le bassin minier du sud de la Tunisie, des manifestants ont lancé des pierres et des cocktails Molotov contre la police qui a riposté à l'aide de grenades lacrymogènes, selon des témoins. La foule y a scandé "Le peuple veut la chute du régime", le slogan utilisé à l'origine contre Zine ben Ali.   Suite...

 
Des dizaines de milliers de Tunisiens scandant des slogans hostiles aux islamistes se sont rassemblés à Tunis vendredi pour les obsèques de l'opposant Chokri Belaïd, dont l'assassinat a plongé dans une crise profonde le berceau du "printemps arabe". /Photo prise le 8 février 2013/REUTERS/Anis Mili