4 février 2013 / 13:59 / il y a 5 ans

Les rebelles touaregs du Mali détiennent deux chefs islamistes

par Cheikh Diouara

KIDAL, Mali (Reuters) - Les rebelles touaregs du nord du Mali ont dit lundi avoir capturé deux chefs islamistes qui fuyaient les bombardements de l‘aviation française près de la frontière algérienne.

Mohamed Moussa Ag Mohamed, membre du groupe Ansar Dine, était responsable de l‘application de la charia, la loi islamique, à Tombouctou jusqu‘à ce que la ville sainte soit reprise par les forces maliennes et françaises.

L‘autre captif, Oumeini Ould Baba Akhmed, serait responsable de l‘enlèvement d‘un otage français revendiqué par le Mouvement pour l‘unicité et le jihad en Afrique de l‘Ouest (Mujao).

“Nous avons poursuivi un convoi islamiste près de la frontière et avons arrêté deux hommes avant-hier (samedi, NDLR)”, a déclaré Ibrahim Ag Assaleh, un porte-parole du Mouvement national de libération de l‘Azawad (MNLA), le mouvement indépendantiste touareg un temps allié aux islamistes.

“Ils ont été interrogés et envoyés à Kidal”, a-t-il ajouté à Ouagadougou, au Burkina Faso.

Au surlendemain de la visite de François Hollande au Mali, l‘aviation française de l‘opération Serval a poursuivi ses bombardements sur des bases arrière des groupes djihadistes dans le nord-est du pays, près de la frontière avec l‘Algérie.

“Il s‘agit de détruire leurs bases arrière, leurs dépôts parce qu‘il faut bien comprendre qu‘ils se sont réfugiés dans le nord et nord-est du pays et ils ne peuvent rester là-bas durablement que s‘ils ont des moyens de ravitaillement et l‘armée est en train de saper ça”, a expliqué le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, lundi sur France Inter.

PAS D‘ÉLECTIONS SANS ACCORD DE PAIX

La semaine dernière, alors que les forces spéciales françaises s‘installaient sur l‘aéroport de Kidal, les rebelles touaregs du MNLA ont annoncé avoir repris le contrôle de cette dernière grande ville du Nord-Mali que tenaient encore les islamistes.

Ces derniers se sont repliés dans le vaste massif désertique de l‘Adrar des Ifoghas, à cheval sur la frontière algérienne.

Le MNLA dit vouloir participer à leur traque et a proposé l‘ouverture de pourparlers de paix avec le gouvernement de Bamako afin de s‘attaquer à l‘une des racines de la crise malienne, les relations entre le Nord saharien et le Sud.

Mais Ibrahim Ag Assaleh a été clair : “Il ne pourra y avoir d‘élections tant qu‘il n‘y aura pas d‘accord de paix”, a-t-il dit.

Le président intérimaire du Mali, Dioncounda Traoré, propose pour sa part d‘organiser un scrutin le 31 juillet.

A Bamako, nombre de personnes, dont des gradés de l‘armée malienne, rejettent l‘idée de discussions avec les Touaregs du MNLA, qu‘il accusent d‘avoir exécuté des soldats l‘an dernier à Aguelhoc.

Les rebelles du MNLA portent en outre une lourde responsabilité dans la crise malienne. Renforcés par le retour des combattants touaregs qui servaient dans les forces de Mouammar Kadhafi, rentrés au Mali avec armes et bagages à la chute de l‘ex-Guide, ils ont mis à profit le coup d‘Etat militaire de mars 2012 à Bamako pour progresser rapidement dans le Nord, avant d‘être débordés par les islamistes d‘Ansar Dine, du Mujao et d‘Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

NOUVELLE PHASE

Le repli des islamistes dans l‘Adrar des Ifoghas, où Paris pense que sont détenus les sept Français pris en otages, augure d‘une nouvelle phase de l‘opération Serval, engagée le 11 janvier, potentiellement plus complexe que la reprise des villes du Nord.

“C‘est toujours la même guerre, mais nous entrons dans une nouvelle bataille”, analyse Vincent Desportes, ancien général de l‘armée française aujourd‘hui professeur associé à l‘Institut d‘études politiques de Paris.

“L‘objectif est d‘épuiser graduellement et de détruire les terroristes qui s‘abritent dans les Ifoghas. C‘est désormais une guerre du renseignement, une guerre de bombardements et probablement d‘opérations des forces spéciales à l‘arrière-plan”, ajoute-t-il.

En visite samedi à Bamako et Tombouctou, le président François Hollande a souligné que “le terrorisme a été repoussé, il a été chassé mais il n‘a pas encore été vaincu”.

Il a précisé que la France, intervenue face à l‘urgence de la progression des islamistes et dans l‘attente de la mise sur pied de la Mission africaine d‘assistance au Mali (Misma), n‘avait pas vocation à rester au Mali mais qu‘elle y resterait “le temps qu‘il faudra, c‘est-à-dire le temps que les Africains eux mêmes prendront à travers la Misma pour nous suppléer, pour nous remplacer”.

La Misma, formée essentiellement par les armées des pays d‘Afrique de l‘Ouest, devrait disposer de plus de 8.000 soldats. Mais son déploiement se heurte à des difficultés logistiques et aux interrogations sur le financement d‘une mission estimée à un milliard de dollars.

Avec John Irish à Paris et Daniel Flynn à Dakar, Henri-Pierre André pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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