Mise en garde de l'armée face aux violences en Egypte

mardi 29 janvier 2013 14h45
 

par Edmund Blair et Tom Perry

LE CAIRE (Reuters) - L'armée égyptienne a mis en garde mardi contre les risques d'effondrement de l'Etat alors que des manifestants ont défié le couvre-feu imposé par le président Mohamed Morsi dans trois villes situées le long du canal de Suez.

Aucun incident n'était signalé dans la matinée à Port-Saïd, Ismaïlia et Suez. Autour de la place Tahrir, au Caire, au sortir d'une nuit marquée par de nouveaux affrontements, quelques jeunes ont lancé des pierres sur les forces de l'ordre.

Le chef d'état-major de l'armée a prévenu que "la poursuite du conflit entre les forces politiques sur la marche des affaires de l'Etat risquait de conduire à l'effondrement de l'Etat".

Les défis politiques et économiques de l'Egypte constituent une "menace réelle" contre la sécurité du pays, a ajouté le général Abdel Fattah al Sissi, également ministre de la Défense, sur la page Facebook de l'armée.

L'armée, qui a assuré l'intérim du pouvoir entre la chute de Hosni Moubarak, en février 2011, et l'élection de Mohamed Morsi, en juin dernier, demeurera "le bloc solide" sur lequel "reposent les fondations de l'Etat", a-t-il poursuivi.

Il a prévenu également que la protection du canal de Suez était l'une des priorités du déploiement militaire dans les villes du secteur.

Face aux violences meurtrières déclenchées la semaine dernière, le président égyptien a décrété dimanche soir l'état d'urgence dans les villes de Port-Saïd, Suez et Ismaïlia.

Mais le couvre-feu n'a pas été respecté, des commissariats de police ont été attaqués et deux hommes au moins ont été tués dans des affrontements qui se sont produits dans la nuit de lundi à mardi à Port-Saïd, épicentre des violences de ces derniers jours.

Cette nouvelle vague d'affrontements a éclaté à la veille du deuxième anniversaire, vendredi, du déclenchement de la révolution qui a emporté Moubarak. Elle a été attisée par la condamnation à mort, samedi, de 21 accusés impliqués dans la tragédie du stade de Port-Saïd où 74 personnes, dont des supporters d'un club de football cairote, avaient trouvé la mort en février de l'année dernière.

CINQUANTE-DEUX MORTS AU MOINS DEPUIS JEUDI SOIR

Au total, le bilan de ces nouvelles violences est d'au moins 52 morts, dont 42 rien qu'à Port-Saïd, la plupart tués par balles.

Mardi matin, plusieurs milliers de personnes ont participé aux funérailles des deux personnes tuées la veille à Port-Saïd. Joint par téléphone, un habitant de la ville, Mohamed Ezz, a précisé que la nuit avait été troublée par d'intenses fusillades.

Lundi, l'opposition a rejeté l'appel au dialogue lancé par Morsi et des foules nombreuses de manifestants ont défilé au Caire, à Alexandrie et à Port-Saïd, Ismaïlia et Suez.

"A bas Mohamed Morsi! A bas l'état d'urgence!", ont scandé les manifestants à Ismaïlia.

A Port-Saïd, des hommes ont attaqué plusieurs postes de police après la tombée de la nuit. De source proche de la sécurité, on indique que des policiers et des soldats ont été blessés. De source médicale, on parle, outre des deux morts, de douze blessés lors des affrontements, dont dix par balles.

Au Caire, les flammes s'élevant de véhicules incendiés par des manifestants ont éclairé le ciel lundi soir.

Les manifestants accusent Mohamed Morsi et les Frères musulmans, mouvement dont le président est issu, d'avoir trahi les idéaux de la "révolution du Nil".

Les Frères musulmans ont remporté les cinq scrutins organisés depuis la chute de Moubarak (deux référendums, deux élections parlementaires et l'élection présidentielle qui a porté Morsi à la tête de l'Etat en juin dernier).

"La loi martiale, l'état d'urgence et l'arrestation de civils par l'armée ne sont pas une solution à la crise, c'est juste une provocation de plus pour la jeunesse", a déclaré Ahmed Maher, du Mouvement du 6-Avril, en pointe dans le soulèvement de l'hiver 2011. "La solution doit être politique et s'attaquer aux racines du problème", a-t-il ajouté.

Avec Yasmine Saleh, Omar Fahmy, Yusri Mohamed et Abdelrahman Youssef; Henri-Pierre André et Guy Kerivel pour le service français

 
Affrontements entre forces de l'ordre et manifestants au Caire. L'armée égyptienne a mis en garde mardi matin contre les risques d'effondrement de l'Etat alors que des manifestants ont défié le couvre-feu imposé par le président Mohamed Morsi dans trois villes situées le long du canal de Suez. /Photo prise le 28 janvier 2013/REUTERS/Mohamed Abd El Ghany