Fabius redoute la mainmise des islamistes radicaux sur la Syrie

lundi 28 janvier 2013 15h01
 

PARIS (Reuters) - La Syrie risque de tomber entre les mains de groupes islamistes radicaux si la communauté internationale n'aide pas de façon plus substantielle l'opposition au président syrien Bachar al Assad, a déclaré lundi le chef de la diplomatie française.

Lors de l'ouverture d'une réunion internationale de soutien à la Coalition nationale syrienne, à Paris, Laurent Fabius a insisté sur la nécessité d'organiser cette opposition.

"Face à l'écroulement d'un Etat et d'une société, ce sont les groupes islamistes qui risquent de gagner du terrain si nous n'agissons pas comme nous le devons", a-t-il souligné.

"Nous ne devons pas laisser une révolte, qui avait démarré comme une contestation politique et démocratique, dégénérer en affrontement de milices."

Le ministre français des Affaires étrangères a ainsi jugé "décisif" que la coalition "prouve chaque jour à la population (syrienne) qu'elle est à ses côtés pour satisfaire ses besoins élémentaires et porter la promesse d'une Syrie réconciliée".

Les pays occidentaux sont préoccupés par la montée en puissance de groupes djihadistes au sein de la nébuleuse inorganisée de la rébellion anti-Bachar al Assad, ce qui entrave l'aide internationale à la Coalition nationale syrienne.

La réunion de Paris, à laquelle participent des pays occidentaux et arabes et les trois vice-présidents de la coalition, a pour objectif de remédier au manque de cohésion de l'opposition syrienne.

500 MILLIONS DE DOLLARS

"Le temps n'est pas de notre côté", a déploré l'un des vice-présidents, Riad Seif. "Nous avons besoin d'un gouvernement transitoire ou intérimaire pour porter secours aux millions de Syriens qui se trouvent dans les zones libérées et contribuer à la chute du régime (Assad)."

"Mais jusqu'à présent, nous n'avons reçu aucun fonds pour faire fonctionner un gouvernement", a-t-il ajouté.

Depuis sa formation en novembre, la coalition n'a pas réussi à élargir sa base en Syrie et sa crédibilité est sapée par son incapacité à collecter des armes et des fonds et à mettre sur pied un gouvernement transitoire.

Un autre vice-président, Georges Sabra, a estimé à au moins 500 millions de dollars les besoins de la coalition pour mettre sur pied un tel gouvernement

Laurent Fabius a fixé plusieurs objectifs à la réunion de Paris : répondre aux besoins de la population syrienne, poursuivre l'organisation interne de l'opposition, placer les unités combattantes de l'Armée syrienne libre sous autorité politique et préparer la transition post-Assad. Il a en revanche esquivé la question de l'armement des insurgés.

Il a par ailleurs estimé que de récentes déclarations du Premier ministre russe Dmitri Medvedev, jugeant "de plus en plus minces" les chances de Bachar al Assad de se maintenir au pouvoir, allaient "dans le bon sens".

"Ce que nous souhaitons, c'est que tout cela soit suivi de faits", a-t-il cependant ajouté. "Tous les observateurs de bonne foi reconnaissent que le régime de Bachar n'a pas d'avenir."

"Nous voulons éviter le chaos", a-t-il conclu. "Si on ne donne pas les moyens au peuple syrien d'aller jusqu'au bout, il y a le risque que les extrémistes et les terroristes prévalent. Le chaos, c'est aujourd'hui, pas demain."

John Irish, version française Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse

 
Lors d'une réunion internationale de soutien à la Coalition nationale syrienne, à Paris, le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a estimé que la Syrie risquait de tomber entre les mains de groupes islamistes radicaux si la communauté internationale n'aidait pas de façon plus substantielle l'opposition. /Photo prise le 28 janvier 2013/REUTERS