L'antiterrorisme français ne serait pas adapté au nouveau djihad

lundi 28 janvier 2013 11h37
 

par Chine Labbé et Alexandria Sage

PARIS (Reuters) - Longtemps considéré comme un modèle sur la scène internationale, l'antiterrorisme français n'est pas adapté au nouveau visage du djihad, désormais individuel et dilué, déclaré le juge d'instruction Marc Trévidic dans un entretien à Reuters.

La lutte contre le terrorisme en France est en effet très centralisée et donc pas appropriée à l'infiltration de groupes dispersés sur le terrain, explique-t-il à l'heure où l'intervention française au Mali provoque un regain de vigilance en France pour déjouer d'éventuelles menaces d'attentats.

"En France, la lutte antiterroriste s'est construite sur la lutte contre des groupes internationaux, très structurés, qui avaient des antennes un peu partout", dit le vice-président chargé de l'instruction au pôle anti-terroriste du Tribunal de grande instance de Paris.

"On lutte aujourd'hui contre des groupes beaucoup moins puissants qu'avant, qui ne peuvent théoriquement pas faire des attentats de très grande ampleur, mais qui, d'un autre côté, sont plus difficiles à détecter", ajoute-t-il. "On n'a pas tout à fait la structure adaptée à cette évolution à l'heure actuelle."

Depuis les années 1980, la France a été la cible d'un terrorisme international lié à la situation au Proche et Moyen-Orient, en Algérie, puis de réseaux djihadistes. De "deux ou trois groupes importants", Paris a dû se mettre à surveiller une trentaine de petits groupes, souligne-t-il.

Cette nouvelle menace, que Marc Trévidic appelle le "djihad individuel", est entretenue par des appels incessants de la part de grands groupes, notamment Al Qaida dans la péninsule arabique, souligne-t-il.

"Tous les pays sont un peu confrontés à ça, mais c'est vrai que nous, on vivait sur l'idée de l'infaillibilité de notre système", dit-il. L'antiterrorisme français mettait en échec un à deux attentats par an depuis 1997, rappelle-t-il ainsi dans son livre 'Terroristes, les 7 piliers de la déraison'.

Aujourd'hui, l'antiterrorisme est un "problème de travail sur le terrain, de maillage, d'infiltration des groupes, et donc c'est un peu contraire à notre tradition centralisatrice".   Suite...

 
Longtemps considéré comme un modèle sur la scène internationale, l'antiterrorisme français n'est pas adapté au nouveau visage du djihad, désormais individuel et dilué, déclaré le juge d'instruction Marc Trévidic dans un entretien à Reuters. /Photo prise le 25 janvier 2013/REUTERS/Charles Platiau