18 janvier 2013 / 20:45 / il y a 5 ans

Algérie-Une trentaine d'étrangers manquent à l'appel

par Lamine Chikhi

Une trentaine d'étrangers manquaient toujours à l'appel vendredi sur le complexe gazier de Tiguentourine, dans le sud-est de l'Algérie, après la prise d'otages par un commando djihadiste qui contrôle encore une partie du site. Un Français, Yann Desjeux, a été tué lors de l'opération menée par l'armée algérienne et trois autres ont eu la vie sauve. /Photo d'archives/REUTERS/Kjetil Alsvik/Statoil

ALGER (Reuters) - Une trentaine d‘étrangers manquent toujours à l‘appel sur le complexe gazier de Tiguentourine, dans le sud-est de l‘Algérie, mais le nombre d‘otages du commando djihadiste qui contrôle encore une partie du complexe reste incertain, a-t-on appris vendredi de source sécuritaire algérienne.

L‘agence de presse officielle algérienne APS, qui cite aussi une source sécuritaire, a confirmé que le siège se poursuivait et que l‘armée espérait un “dénouement pacifique” au lendemain de l‘assaut qui a coûté la vie à une trentaine d‘otages et à au moins 18 ravisseurs.

“Environ 100 des 132 otages étrangers ont été libérés”, a déclaré à Reuters la source sécuritaire algérienne, parlant d‘une “situation peu claire qui change rapidement”.

“(L‘armée) tente encore de parvenir à un ‘dénouement pacifique’ avant de neutraliser le groupe terroriste qui s‘est retranché dans la raffinerie et de libérer un groupe d‘otages encore détenus”, a dit de son côté la source d‘APS.

Une trentaine de ressortissants étrangers sont manquants, mais la source interrogée par Reuters a confié que certains pourraient encore se cacher dans l‘immense complexe ou avoir été tués.

Un Français, Yann Desjeux, a été tué lors de l‘opération menée par l‘armée algérienne pour tenter de libérer les otages et trois autres ont eu la vie sauve, a annoncé le ministre français des Affaires étrangères.

“Les autorités algériennes viennent de nous informer qu‘au cours de l‘opération de libération des otages détenus à In Aménas, l‘un de nos compatriotes, M. Yann Desjeux, avait malheureusement perdu la vie”, écrit Laurent Fabius dans un communiqué. “Trois autres de nos concitoyens, également présents sur le site lors de l‘attaque des terroristes, ont la vie sauve.”

Selon une source sécuritaire algérienne, deux Britanniques et deux Japonais ont également péri.

QUARANTE HEURES SOUS UN LIT

Les djihadistes de la “brigade des Moulathamine” (“Ceux qui signent de leur sang”), issue d‘Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), ont de leur côté proposé d‘échanger des otages américains contre deux islamistes emprisonnés aux Etats-Unis pour terrorisme, selon l‘agence de presse mauritanienne Ani.

L‘agence, qui cite un porte-parole du commando, précise que les ravisseurs exigent la libération de la Pakistanaise Aafia Siddiqui et du cheikh Omar Abdelrahman, chef spirituel de la Jamaa islamiya égyptienne.

Les Etats-Unis n‘ont pas dit combien de leurs ressortissants seraient encore retenus en otage.

“Les terroristes doivent savoir qu‘ils ne trouveront ni sanctuaire, ni refuge en Algérie, en Afrique du Nord ou ailleurs”, a menacé vendredi le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta. “Ceux qui s‘attaquent gratuitement à notre pays et à notre peuple n‘auront nulle part où se cacher.”

L‘un des rescapés français, Alexandre Berceaux, employé d‘une société de restauration sur le site, a expliqué sur Europe 1 s‘être caché pendant près de 40 heures sous le lit de sa chambre avant d‘être secouru.

Sur les onze islamistes tués dans l‘intervention de l‘armée algérienne, seuls deux étaient des Algériens, selon la source proche des services de sécurité, les autres étant égyptiens, libyens, tunisiens, malien et français. Le chef du commando, l‘Algérien Tahar ben Chened, était au nombre des victimes, ont confirmé les ravisseurs à Ani.

Le bilan des pertes islamistes a été porté vendredi à dix-huit, mais selon un expert algérien des questions de sécurité, la prise d‘otages pourrait impliquer jusqu‘à 70 combattants lourdement armés.

Anis Rahmani, auteur de plusieurs livres sur le terrorisme et éditeur du quotidien algérien Ennahar, a précisé à Reuters que deux groupes s‘étaient alliés pour mener cette opération, l‘un arrivant de Libye - la “brigade des Moulathamine” -, l‘autre, moins connu, venant du sud de l‘Algérie.

IRRITATION ET MENACES

Un ingénieur irlandais qui a survécu à l‘assaut a raconté avoir vu quatre véhicules transportant des otages détruits par des tirs des hélicoptères algériens.

Les militaires ont expliqué être passés à l‘action, environ trente heures après le début du siège, parce que le commando tentait de partir à l‘étranger, mais un porte-parole du groupe cité par Ani a démenti cette version des faits. Selon lui, les ravisseurs avaient seulement l‘intention de déplacer les otages vers un autre bâtiment du site.

Plusieurs pays dont des ressortissants figuraient parmi les otages n‘ont pas cherché à dissimuler leur irritation face à l‘attitude des autorités algériennes, en expliquant ne pas avoir été informés avant l‘assaut lancé jeudi et ne disposer que peu de détails sur l‘issue de celui-ci.

Pour apaiser les critiques, le ministre algérien des Affaires étrangères a reçu vendredi à Alger les diplomates des pays concernés.

Les autorités algériennes ont annoncé la mise “sous décompression” du site gazier de Tiguentourine, par mesure de sécurité, et le renforcement de la surveillance autour des gisements d‘hydrocarbures du pays, contre lesquels la “brigade des Moulathamine” a promis de nouvelles actions.

“Nous promettons au régime en place plus d‘opérations”, a dit un porte-parole cité par Ani, invitant la population à se tenir “à l‘écart des lieux d‘implantation des compagnies étrangères car nous surgirons où personne ne s‘y attendrait”.

Le porte-parole du groupe qui serait commandé à distance par Mokhtar Belmokhtar, un vétéran du djihadisme algérien, a précisé à Ani que l‘opération de Tiguentourine avait été préparée pendant deux mois en prévision d‘une offensive internationale contre les mouvements islamistes qui contrôlent le nord du Mali.

“On savait d‘avance que le régime (algérien) allait bien être l‘allié de la France dans la guerre contre l‘Azawad”, a expliqué le porte-parole en utilisant le nom donné par les Touaregs au territoire sous le contrôle des rebelles.

Malgré ses réticences initiales, Alger a autorisé les avions français à survoler son territoire pour bombarder les positions islamistes dans le nord du Mali.

Avec Ali Abdelatti au Caire, Emmanuel Jarry à Paris, Marc Angrand et Tangi Salaün pour le service français

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