18 janvier 2013 / 09:32 / il y a 5 ans

Des étrangers toujours portés manquants en Algérie

Image satellite du complexe gazier de Tiguentourine, près d'In Amenas, dans l'est de l'Algérie. On restait sans nouvelles d'au moins 22 étrangers vendredi en Algérie après l'assaut des forces de sécurité contre ce complexe gazier où des islamistes armés avaient pris en otage plusieurs centaines de personnes. /Image du 8 octobre 2012/DigitalGlobe

par Lamine Chikhi

ALGER (Reuters) - On restait sans nouvelles d'au moins 22 étrangers vendredi en Algérie après l'assaut des forces de sécurité contre le complexe gazier sur lequel des islamistes armés avaient pris en otage plusieurs centaines de personnes.

Selon une source locale, l'armée algérienne encerclait toujours au petit matin une partie du complexe, où des membres du commando djihadiste retiendraient encore un nombre indéterminé d'otages.

Au moins 30 otages, parmi lesquels plusieurs occidentaux, ont en revanche été tués jeudi, a déclaré à Reuters une source des services de sécurité algériens. Un Français, deux Britanniques et deux Japonais figurent parmi eux, a-t-elle précisé. Huit Algériens font aussi partie des victimes.

D'après cette même source, onze djihadistes au moins, dont un ressortissant français, ont également trouvé la mort lors de l'opération.

Dans ce groupe figurent deux Algériens, dont le chef du commando djihadiste, Tahar ben Chened, décrit comme un éminent djihadiste au Sahara, de même que trois Egyptiens, deux Tunisiens, deux Libyens et un Malien.

Plusieurs pays dont des ressortissants figuraient parmi les otages n'ont pas cherché à dissimuler leur irritation face à l'attitude des autorités algériennes, en expliquant ne pas avoir été informés avant l'assaut et ne disposer que peu de détails sur l'issue de celui-ci.

Un ingénieur irlandais qui a survécu à l'assaut a raconté avoir vu quatre véhicules transportant des otages détruits par des tirs des troupes algériennes. Celles-ci ont expliqué être passées à l'action, environ 30 heures après le début du siège, parce que le commando armé exigeait de pouvoir transférer les otages à l'étranger.

La nationalité des autres victimes et celle des quelques dizaines d'otages qui sont parvenus à s'échapper était impossible à déterminer avec précision dans l'immédiat. Environ 600 salariés algériens du complexe ont survécu.

LES PAYS OCCIDENTAUX PAS INFORMÉS

A Paris, le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a laissé entendre qu'au moins deux Français avaient échappé aux djihadistes.

"Il y avait très peu de Français sur cette base particulièrement étendue, à 1.600 km au sud d'Alger", a-t-il dit sur RTL. "Nous avons des nouvelles de deux d'entre eux qui sont revenus. Pour ce qui concerne les deux autres, s'il y en avait deux autres, nous n'avons pas à ce stade plus d'informations. Nous espérons en avoir dans la matinée", a-t-il ajouté.

Il a précisé ne pas savoir si l'opération des forces algériennes contre le commando djihadiste était terminée.

La Grande-Bretagne n'a elle non plus pas été informée de la fin de la prise d'otages, a-t-on appris de source diplomatique britannique.

"La situation continue à évoluer sur le terrain. Nous n'avons pas été informés de la fin (de la prise d'otages) par les autorités algériennes", a-t-on déclaré.

En début de journée vendredi, 14 Japonais figuraient parmi les personnes portées manquantes, a précisé leur employeur nippon. De son côté, la compagnie norvégienne Statoil, qui exploite le complexe gazier de Tiguantourine, près d'In Amenas, en coopération avec la britannique BP et le groupe public algérien Sonatrach, a déclaré être sans nouvelle de huit de ses salariés norvégiens.

Le gouvernement japonais, lui, a jugé "regrettable" la décision des forces de sécurité de lancer l'assaut, ajoutant ne pas avoir été informé au préalable.

Des Américains, des Roumains et un Autrichien figuraient aussi parmi les otages des islamistes, selon leurs gouvernements.

Selon une source algérienne, un avion américain a atterri vendredi matin sur l'aéroport d'In Amenas pour évacuer des ressortissants américains.

UNE OPÉRATION PRÉPARÉE DE LONGUE DATE

L'opération des forces algériennes a semble-t-il duré huit heures. Les ravisseurs avaient demandé à quitter le pays avec leurs otages, mais les autorités algériennes ont refusé, a dit le ministre de la Communication, Mohamed Saïd, à l'agence APS.

"Quand le groupe terroriste a insisté pour quitter le site, et emmener avec lui les otages étrangers dans les pays voisins, l'ordre a été émis aux unités spéciales d'attaquer la position où les terroristes étaient retranchés", a-t-il déclaré à l'agence, qui a indiqué que 600 employés algériens avaient été libérés.

Les autorités algériennes expliquent que la prise d'otages était dirigée à distance par Mokhtar Belmokhtar, un vétéran des combats en Afghanistan et de la guerre civile algérienne des années 1990. Il semble toutefois qu'il n'ait pas lui-même été présent en Algérie.

Les preneurs d'otages, se présentant comme des membres de la "Katiba des Moulathamine", issue d'Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), réclamaient la fin de l'opération français Serval, selon leurs déclarations à une agence de presse mauritanienne.

Mais selon des sources américaine et européenne dans le domaine de la sécurité, il est plus vraisemblable que leur but premier était d'obtenir une rançon, si possible en espèces, et éventuellement la libération d'activistes emprisonnés.

Selon ces sources, les djihadistes avaient prévu leur prise d'otages bien avant l'intervention française au Mali.

Le président français, François Hollande, a indiqué que cette affaire dramatique montrait qu'il avait eu raison d'envoyer des militaires français au Mali pour empêcher les islamistes, qui tiennent le nord du pays, de progresser vers le sud jusqu'à la capitale Bamako.

Jay Carney, le porte-parole de la Maison blanche, a déclaré que les Etats-Unis partageaient "l'objectif de la France consistant à ne pas permettre aux terroristes de transformer le Mali et l'ensemble de la région (du Sahel, ndlr) en sanctuaire".

Avec Ali Abdelatti au Caire, Eamonn Mallie à Belfast, Gwladys Fouche à Oslo, Mohammed Abbas à Londres, Padraic Halpin et Conor Humprhies à Dublin, Emmanuel Jarry à Paris; Marc Angrand pour le service français, édité par Tangi Salaün

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