12 janvier 2013 / 11:55 / il y a 5 ans

Doutes sur la mort de l'otage français en Somalie

Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a annoncé samedi que l'otage français Denis Allex avait très probablement été abattu en Somalie par ses geôliers à l'issue d'une opération qui s'est soldée par la mort d'au moins un soldat français. Les miliciens islamistes d'Al Chabaab affirment quant à eux que Denis Allex, qu'ils détiennent depuis plus de trois ans, est vivant. /Photo prise le 12 janvier 2013/Christian Hartmann

PARIS/MOGADISCIO (Reuters) - Des doutes sont apparus samedi sur la mort de l'otage français Denis Allex, membre des services secrets, en Somalie à l'issue d'une opération qui s'est soldée par la mort d'au moins un soldat français.

Le ministère de la Défense a d'abord annoncé samedi matin que ce membre de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) avait été tué par ses geôliers et que deux soldats français avaient trouvé la mort dans cette opération qui s'est déroulée dans la nuit de vendredi à samedi.

Mais le ministre de la Défense a ensuite introduit un élément de doute lors d'une conférence de presse consacrée aux interventions françaises en Somalie et au Mali qui sont, a-t-il dit, "totalement déconnectées" l'une de l'autre.

"Des combats d'une grande violence se sont déroulés, d'une grande violence, au cours desquels, je parle maintenant avec précaution, tout donne à penser que malheureusement Denis Allex a été abattu par ses geôliers", a déclaré Jean-Yves Le Drian.

"Au cours de leur tentative de libération de leur camarade, un soldat a perdu la vie à la suite de blessures et un soldat est porté disparu", a-t-il ajouté.

Les miliciens islamistes d'Al Chabaab affirment quant à eux que Denis Allex, qu'ils détiennent depuis plus de trois ans, est vivant et qu'il sera fixé sur son sort dans les deux prochains jours.

Les miliciens affirment également dans un communiqué détenir un soldat français blessé lors des combats et font état de "plusieurs soldats français tués".

"Le soldat français blessé est maintenant détenu par les Moudjahidine et (Denis) Allex est toujours en sécurité, loin du lieu des affrontements", indiquent-ils, précisant que l'intervention française a mis en oeuvre cinq hélicoptères.

"En réponse à cette opération ratée des forces françaises, les Moudjahidine d'Al Chabaab assurent au peuple français qu'ils donneront leur verdict final concernant Denis Allex dans les deux prochains jours."

MISE EN GARDE A LA FRANCE

Un représentant de la milice islamiste ayant requis l'anonymat a affirmé que les soldats français avaient "attaqué dans une maison où ils pensaient que le Français se trouvait. Nous les avons repoussés".

"Ils ont perdu un membre du commando et les hélicoptères sont revenus à l'attaque, mais nous les avons repoussés à l'aide de canons anti-aériens", a-t-il ajouté.

Dans leur communiqué, les miliciens islamistes d'Al Chabaab mettent en garde les "citoyens français", qui "vont inévitablement subir les conséquences amères de l'attitude irresponsable de leur gouvernement envers les otages".

Le ministère français de la Défense fait par ailleurs état de la mort de 17 "terroristes" lors de cette opération menée par la DGSE.

Les autorités locales ont expliqué que le raid héliporté avait eu lieu à Boula Marir, localité située 120 km au sud de Mogadiscio.

"Des hélicoptères ont attaqué Al Chabaab à 2h00 du matin. Deux civils sont morts dans l'échange de tir", a déclaré Ahmed Omar Mohamed, vice-président de Shabeellaha Hoose, une région du sud de la Somalie.

Un responsable d'Al Chabaab souhaitant conserver l'anonymat a évoqué l'échange de tirs avec les Français.

"Trois hélicoptères ont largué des commandos français. Nous avons échangé des tirs", a déclaré ce responsable à Reuters.

Denis Allex avait été enlevé en juillet 2009 à Mogadiscio avec un de ses collègues de la DGSE, Marc Aubrière, alors qu'il effectuait une mission officielle d'assistance auprès du gouvernement fédéral de transition. Marc Aubrière avait pu s'échapper un mois plus tard.

Depuis, Denis Allex était détenu dans ces conditions qualifiées d'inhumaines par la France.

La France s'est engagée militairement vendredi aux côtés de l'armée malienne pour enrayer la progression des islamistes qui tiennent le nord du pays. Huit autres otages français sont détenus au Sahel.

Paris avait d'abord fait savoir que Denis Allex et son collègue se trouvaient en Somalie pour former l'armée locale. Après son enlèvement, Al Chabaab avait exigé que le France cesse de soutenir le gouvernement somalien et a réclamé le retrait des quelque 17.500 hommes de l'Union africaine.

Sous la pression des casques bleus de l'UA et des forces somaliennes, Al Chabaab a perdu un grand nombre de ses places fortes urbaines dans le centre et le sud de la Somalie depuis 2007, date du lancement de son insurrection contre le gouvernement soutenu par l'Occident.

Les rebelles, qui veulent imposer une interprétation stricte de la charia, la loi coranique, se sont retirés de Mogadiscio en août dernier. Ils ont perdu Kismayu, leur dernier grand bastion, il y a six semaines.

Une vidéo dans laquelle Denis Allex en appelle à François Hollande avait été diffusée en octobre.

"Monsieur le président, je suis toujours en vie mais jusqu'à quand ? Cela dépendra de vous", y disait-il, précisant que l'enregistrement avait été effectué en juillet.

John Irish et Marine Pennetier à Paris, Abdi Sheikh et Feisal Omar à Mogadiscio, Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Yves Clarisse

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