7 janvier 2013 / 07:58 / il y a 5 ans

Tension avant un round décisif de négociations sur le travail

A trois jours d'un round de négociations décisif sur la réforme du marché du travail, dont François Hollande a fait un des emblèmes de sa méthode de gouvernement, les protagonistes campent sur leurs positions et se montrent pessimistes. /Photo d'archives/REUTERS

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - A trois jours d'un round de négociations décisif sur la réforme du marché du travail, dont François Hollande a fait un des emblèmes de sa méthode de gouvernement, les protagonistes campent sur leurs positions et se montrent pessimistes.

Un pessimisme partagé par près des deux tiers des Français (62%), à en juger par un sondage Ifop publié dimanche par le quotidien régional Sud-Ouest.

Trois jours après avoir jugé un accord "possible" et dit avoir "bon espoir", la présidente du Medef, principale organisation patronale française, a changé de ton et évoqué lundi la possibilité d'un échec et de "nombreux points durs".

"En l'état actuel des dernières discussions (...) le Medef ne signera pas l'accord", a déclaré Laurence Parisot sur Radio Classique. "Il y a une surenchère ces 48 dernières heures qui est tout à fait inacceptable pour nous."

Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, avait estimé vendredi sur France Inter qu'il n'y aurait pas d'accord si le patronat ne "bougeait pas".

"Il faut que le patronat comprenne qu'on ne peut pas ne pas avoir de droits nouveaux pour les salariés", avait-il précisé.

Son homologue de Force ouvrière (FO), Jean-Claude Mailly, avait pour sa part déclaré sur i>Télé qu'il ne "sentait pas" la possibilité d'un compromis acceptable.

"Je pense que, pour l'instant, on peut être pessimiste", a renchéri lundi le principal négociateur de FO, Stéphane Lardy, interrogé par Reuters. "Il est clair que le dernier texte que nous a proposé le patronat est très très loin d'un accord."

CONTRATS COURTS

François Hollande a exhorté l'an dernier les partenaires sociaux à conclure un accord "historique" sur une plus grande sécurisation de l'emploi pour les salariés contre une souplesse accrue du marché du travail pour les entreprises. Faute de quoi le gouvernement imposera sa propre réforme.

Laurence Parisot a accusé le gouvernement de chercher à "s'ingérer dans la négociation" entamée en octobre et qui devait initialement s'achever avant la fin de 2012.

La dernière session, les 19 et 20 décembre, s'est soldée par un constat de désaccord et un ajournement aux 10 et 11 janvier.

Les syndicats jugent trop déséquilibré le projet de texte du Medef, base des tractations. Ils reprochent notamment au patronat de refuser d'envisager une modulation des cotisations patronales en fonction de la durée des contrats de travail, afin de pénaliser l'abus des contrats courts, voire ultra-courts.

Pour Laurence Parisot, rien ne garantit qu'une telle mesure permettrait de réduire le chômage, tandis que la CGPME juge vitale l'existence des contrats à durée déterminée pour la survie des petites et moyennes entreprises qu'elle représente.

La CGPME en reste à l'idée d'une pénalisation des seuls contrats très courts et répétitifs pour cause de surcroît d'activité. Mais son président se montre plus confiant que Laurence Parisot, qu'il devait rencontrer lundi.

"Je suis toujours sur l'idée qu'on peut arriver à un accord", a dit à Reuters Jean-François Roubaud. "Aujourd'hui on est dans une posture, chacun montre ses biceps."

La CGPME, qui n'est pas toujours sur la même ligne que le Medef, ne veut cependant pas être le "dindon de la farce".

DEUX FLORANGE PAR JOUR

"C'est un peu mon souci", explique-t-il. "Nous ne signerons pas s'il n'y a rien pour les PME (...) On perd l'équivalent de deux Florange par jour, aujourd'hui, et on n'en parle pas."

Jean-François Roubaud faisait allusion au sort très médiatisé des hauts-fourneaux mosellans d'ArcelorMittal et de leurs quelque 600 salariés.

Mais pour le négociateur de la CFTC, Joseph Thouvenel, "si le patronat ne fait rien contre les abus de contrats courts, il n'y aura certainement pas d'accord".

Pour son homologue de FO, Stéphane Lardy, le pessimisme affiché par la présidente du Medef "ne présage rien de bon".

La question des contrats courts, si elle est fondamentale pour les représentants des salariés, n'est pas le seul point de blocage. S'y ajoutent notamment les questions d'une assurance sociale complémentaire pour tous, très coûteuse, et des droits "rechargeables" à l'indemnisation du chômage.

"Il y a aussi propositions excessives du Medef, notamment en ce qui concerne de nouvelles formes de contrats de travail précaire", souligne un négociateur de la CFDT, Dominique Gillier. "Pour l'équilibre du texte, il est clair que c'est au patronat de faire des pas et non aux organisation syndicales, qui ont déjà fait des pas non négligeables."

Or, selon Joseph Thouvenel, les organisations patronales et les composantes du Medef ont elles-mêmes du mal à s'entendre sur d'éventuelles concessions.

Avec Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse

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