28 décembre 2012 / 08:44 / il y a 5 ans

L'opposition syrienne rejette l'invitation russe

Manifestation contre le président syrien Bachar al Assad, dans la province d'Alep. Le chef de file de l'opposition syrienne a décliné vendredi l'invitation du gouvernement russe qui lui proposait de se rendre à Moscou pour négocier une issue pacifique à la guerre civile. /Photo prise le 28 décembre 2012/REUTERS/Zain Karam

par Yara Bayoumy et Peter Graff

PROVINCE D‘ALEP, Syrie/BEYROUTH (Reuters) - Le chef de file de l‘opposition syrienne a décliné vendredi l‘invitation du gouvernement russe qui lui proposait de se rendre à Moscou pour négocier une issue pacifique à la guerre civile.

L‘invitation avait été adressée quelques heures plus tôt à Moaz al Khatib, dont la Coalition nationale a été reconnue par la plupart des pays arabes et occidentaux en tant que représentante légitime du peuple syrien.

“Nous avons dit clairement que nous n‘irions pas à Moscou. Nous pourrions nous rencontrer dans un pays arabe s‘il y a un ordre du jour clair”, a-t-il répondu dans un entretien accordé à Al Djazira.

Moaz al Khatib a en outre exigé les excuses du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qu‘il accuse d‘avoir traité le “massacre du peuple syrien comme s‘il s‘agissait d‘un pique-nique” et de continuer à soutenir le régime de Bachar al Assad en dépit de ses exactions.

“Si nous ne représentons pas le peuple syrien, pourquoi (les Russes) nous invitent-ils ? Et si nous le représentons, pourquoi la Russie (...) ne condamne-t-elle pas clairement la barbarie de ce régime et ne réclame pas la démission d‘Assad ? Ce sont les conditions sine qua non des négociations”, a-t-il ajouté.

Les rebelles syriens gagnent régulièrement du terrain depuis la mi-2012 et les milieux diplomatiques espéraient voir Moscou prendre peu à peu ses distances avec Damas, mais le gouvernement russe, principal appui de Bachar al Assad sur la scène international, continue à prôner le dialogue entre le régime baassiste et l‘opposition.

“Je pense qu‘une évaluation réaliste et détaillée de la situation à l‘intérieur des frontières syriennes poussera des membres raisonnables de l‘opposition à chercher les moyens d‘engager un dialogue politique”, a ainsi déclaré vendredi le chef de la diplomatie russe, qui a aussitôt essuyé une fin de non-recevoir.

NOUVELLE RÉUNION DES “TROIS B”

“La coalition est prête au dialogue politique avec n‘importe qui (...), mais ne négociera pas avec le régime d‘Assad”, a répondu son porte-parole Walid al Bounni, interrogé par Reuters. “Tout sera possible quand le régime d‘Assad et ses fondations auront disparu. Dès lors, nous pourrons nous asseoir aux côtés de tous les Syriens pour préparer l‘avenir”, a-t-il poursuivi.

La capitale russe est devenue ces jours-ci la plaque tournante des initiatives diplomatiques en cours pour tenter de trouver une issue à un conflit qui a fait plus de 44.000 morts depuis mars 2011.

L‘envoyé spécial de l‘Onu et de la Ligue arabe, Lakhdar Brahimi, qui était à Damas en début de semaine, sera reçu samedi par Sergueï Lavrov à Moscou.

Après les fêtes, William Burns, sous-secrétaire d‘Etat américain chargé du Moyen-Orient, devrait à son tour se rendre dans la capitale russe pour une nouvelle rencontre avec son homologue Mikhaïl Bogdanov et Brahimi.

“Nous écouterons ce que Lakhdar Brahimi a à dire sur la situation en Syrie et, par la suite, probablement, une décision sera prise sur la tenue d‘une nouvelle réunion des ‘trois B’”, a dit Mikhaïl Bogdanov à l‘agence de presse RIA.

Ces ‘trois B’ (Brahimi, Bogdanov, Burns), qui se sont rencontrés ce mois-ci, sont convenus qu‘une solution politique était nécessaire et possible.

“NOUS SOMMES EN DÉSACCORD AVEC TOUT CE QUE DIT BRAHIMI”

Avec l‘appui de Moscou et de Washington, l‘émissaire de l‘Onu et de la Ligue arabe s‘efforce de relancer la déclaration de Genève, un plan de sortie de crise négociée par son prédécesseur Kofi Annan.

Adoptée en juin par le Groupe de contact sur la Syrie, elle prône la formation d‘un gouvernement de transition mais ne dit rien du rôle d‘Assad et des membres de son administration.

Jeudi à Damas, Lakhdar Brahimi a plaidé pour la formation d‘un gouvernement doté de “tous les pouvoirs”. L‘opposition y voit un feu vert au maintien d‘Assad à un poste honorifique, point d‘autant moins acceptable que les rebelles semblent désormais convaincus de pouvoir l‘emporter militairement.

“Nous ne sommes pas d‘accord avec du tout avec l‘initiative de Brahimi. Nous sommes en désaccord avec tout ce que dit Brahimi”, a affirmé vendredi le colonel Abdel-Djabber Oqaïdi, chef du conseil militaire de la province d‘Alep, lors d‘une conférence de presse organisée à son quartier général.

A New York, le service de presse de l‘Onu a pris soin de souligner que l‘émissaire n‘avait dit spécifiquement qu‘Assad devrait rester au pouvoir jusqu‘à la fin de son mandat en 2014.

Le conflit qui fait rage depuis 21 mois a encore fait 150 morts jeudi, selon l‘Observatoire syrien des droits de l‘homme. L‘aviation a notamment bombardé pour la première fois Assal al Ward, ville de la province de Damas où l‘Observatoire, organisation proche de l‘opposition, fait état d‘un mort et de plusieurs dizaines de blessés.

Des combats sont par ailleurs signalés à Alep, autour de locaux des services de renseignements dans le quartier de Zahra, dont les rebelles font le siège depuis plusieurs semaines.

D‘après des militants, 13 personnes au moins, dont sept enfants âgés de moins de cinq ans, ont péri lors d‘un raid aérien sur la localité de Safira, au sud-est d‘Alep.

Henri-Pierre André, Jean-Philippe Lefief et Jean-Loup Fiévet pour le service français, édité par Jean-Stéphane Brosse

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