2012: Syrie et Egypte au bord de la bascule

jeudi 20 décembre 2012 14h10
 

par Tangi Salaün

PARIS (Reuters) - Les deux plus longs feuilletons des révoltes arabes semblent proches d'un tournant majeur en cette fin d'année 2012: en Syrie, le régime de Bachar al Assad semble de plus en plus fragilisé face à la progression des rebelles et au fléchissement du soutien russe ; en Egypte, la transition entamée dès février 2011 s'apprête à franchir un cap symbolique avec l'adoption probable par référendum d'une nouvelle constitution.

Epilogue d'épisodes douloureux, certes, mais pas fin de l'histoire. Ni en Syrie, où l'influence croissante des djihadistes se réclamant d'Al Qaïda et l'ampleur des divisions confessionnelles forment un terreau qui rappelle celui de l'Irak après l'invasion américaine. Ni en Egypte, où les "libéraux" ont montré début décembre, lors des manifestations contre le nouveau président issu des Frères musulmans, Mohamed Morsi, qu'ils n'entendaient pas capituler devant des islamistes de plus en plus critiqués dans la population.

D'autres islamistes portés au pouvoir par une révolution, les Tunisiens d'Ennahda, ont vu cette année leur autorité s'éroder face à la surenchère des salafistes, la résistance des laïques et surtout leur impuissance à résoudre les graves problèmes socio-économiques du pays.

Pour Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences Po Paris et auteur de "La révolution arabe", "il était maladroit de parler de 'printemps arabe', car ce terme appelait inévitablement un 'automne islamiste'". Or, dit-il, "cet automne islamiste est conjoncturel, pas structurel; c'est d'ailleurs ce qui donne un côté instable voire violent aux transitions en cours, car les islamistes savent que leur victoire est temporaire."

"DICTATURE DE LA MAJORITÉ"

En Egypte, les Frères musulmans, vainqueurs des élections législatives début 2012, puis de la présidentielle en juin, ont ainsi préféré miser sur un modus vivendi avec l'armée, qui leur a cédé les commandes l'été dernier, plutôt que sur un dialogue avec les autres forces politiques.

Le divorce a été consommé lors de la rédaction de la constitution, les "libéraux" boycottant une assemblée constituante jugée non représentative. Résultat: c'est un texte rappelant souvent la loi fondamentale en vigueur sous Hosni Moubarak, notamment sur les privilèges de l'armée, que les Egyptiens étaient appelés à approuver par référendum les 15 et 22 décembre, prélude à de nouvelles élections législatives.

"Les Frères musulmans ont tout intérêt au statu quo politique", constate Moaaz el Zogby, chercheur en sciences politiques basé au Caire. "Pour eux, la démocratie, c'est avoir la majorité. Et la majorité a le droit de faire ce qu'elle veut. C'est donc la dictature de la majorité."   Suite...

 
Membres de l'Armée syrienne libre célébrant la prise de la ville d'Helfaya, dans la province de Hama, mardi. En cette fin d'année 2012, la révolte en Syrie semble proche d'un tournant majeur, alors que le régime de Bachar al Assad semble de plus en plus fragilisé face à la progression des rebelles et au fléchissement du soutien russe. /Photo prise le 18 décembre 2012/REUTERS/Samer Al-Hamwi/Shaam News Network