9 décembre 2012 / 08:48 / il y a 5 ans

Le président égyptien annule son décret sans calmer l'opposition

<p>Mohamed Morsi (au centre), au palais pr&eacute;sidentiel, au Caire. Le pr&eacute;sident &eacute;gyptien a annul&eacute; samedi soir le d&eacute;cret qui &eacute;largissait ses pr&eacute;rogatives &agrave; l'origine d'une crise politique et de manifestations violentes en Egypte mais a refus&eacute; de reporter la date du r&eacute;f&eacute;rendum sur la nouvelle constitution comme le lui demandaient ses adversaires. /Photo prise le 8 d&eacute;cembre 2012/Pr&eacute;sidence &eacute;gyptienne</p>

par Alistair Lyon et Tamim Elyan

LE CAIRE (Reuters) - L'opposition au président égyptien Mohamed Morsi ne se satisfaisait pas dimanche du recul du chef de l'Etat sur le décret élargissant temporairement ses pouvoirs et elle l'a même accusé d'approfondir la crise avec le maintien d'un référendum samedi prochain sur une nouvelle Constitution.

Mohamed Morsi et les Frères musulmans, dont est issu le chef de l'Etat, ont répété au cours du week-end que le maintien du référendum le 15 décembre était essentiel pour sceller la transition vers la démocratie, entamée par la chute de l'ancien président Hosni Moubarak, en février 2011.

"C'est au peuple de décider de l'avenir, tant qu'il a la liberté de se rendre aux urnes dans le cadre d'un scrutin démocratique, libre et équitable", a insisté dimanche Hicham Kandil, le Premier ministre, dans un communiqué.

Porte-parole des Frères musulmans, Mahmoud Ghozlan a également demandé sur sa page Facebook à l'opposition d'accepter les "bases de la démocratie", tout en affirmant que le retrait du décret du 22 novembre mettait fin à toutes les controverses.

Ahmed Saïd, président du Parti des Egyptiens libres, s'est fait dimanche le porte-parole du Front de salut national (FSN), qui réunit une grande partie de l'opposition, en estimant que le refus des islamistes de repousser la consultation était une "déclaration de guerre" qui envenimait la crise dans laquelle le pays est plongé depuis le 22 novembre.

Sept personnes ont été tuées dans des affrontements entre partisans et opposants de Mohamed Morsi, au cours de manifestations qui ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes, en particulier autour du palais présidentiel d'Héliopolis, au Caire.

De nouvelles manifestations sont prévues autour du bâtiment malgré le déploiement de chars et l'installation de barbelés.

Ahmed Saïd a précisé le FSN se réunirait dans la journée pour donner sa réponse officielle aux propositions formulées dans la nuit par Mohamed Morsi, à l'issue d'un "dialogue national" boycotté par la majeure partie de l'opposition.

Le Parti de la Dignité, une formation classée à gauche et menée par Hamdine Sabahy, candidat malheureux à l'élection présidentielle du printemps, a de son côté estimé qu'il ne pourrait y avoir "aucun dialogue tant que du sang serait versé dans les rues".

COMMUNIQUÉ DE L'ARMÉE

A l'issue du "dialogue national" de samedi, regroupant une quarantaine de personnalités, le président a notamment demandé à l'opposition de proposer des amendements au projet constitutionnel rédigé par une assemblée dominée par les islamistes et dont la plupart des personnalités laïques et chrétiennes se sont retirées.

Le porte-parole de la commission de dialogue a également annoncé que Mohamed Morsi avait adopté un nouveau décret qui "annule la déclaration constitutionnelle" publiée le 22 novembre, par laquelle le président avait unilatéralement élargi ses pouvoirs dans l'attente de l'élection d'un nouveau parlement après adoption de la Constitution.

Est ainsi supprimé un article qui conférait au chef de l'Etat des pouvoirs étendus pour s'opposer aux menaces pesant contre la révolution et la nation, formule qualifiée de porte ouverte à l'arbitraire par ses adversaires.

Est également abandonné l'article qui mettait à l'abri de contestations judiciaires les décisions prises par le président jusqu'à l'élection d'un nouveau parlement, qui ne pourra survenir qu'après l'adoption de la Constitution.

Le "dialogue national" engagé par le président s'est déroulé quelques heures après la diffusion d'un communiqué de la puissante armée égyptienne, restée en retrait depuis le début des troubles.

La radio et la télévision publiques ont interrompu leurs programmes pour diffuser le communiqué de l'armée qui a lancé un appel au dialogue et affirmé que la violence ne pouvait être tolérée.

Le texte, appelant au "dialogue" et au "consensus", ne semble pas sous-entendre que l'armée ait l'intention de reprendre le contrôle du pays, après avoir fourni tous ses présidents à l'Egypte entre la chute de la monarchie en 1952 et le renversement d'Hosni Moubarak en février 2011, puis géré les affaires publiques jusqu'à l'élection de Mohamed Morsi au printemps 2012.

Pierre Serisier, Guy Kerivel et Julien Dury pour le service français

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