November 29, 2012 / 2:53 PM / in 5 years

Une nationalisation de Florange pas sans risque pour la France

7 MINUTES DE LECTURE

<p>La perspective d'une nationalisation de Florange, agit&eacute;e pour contraindre ArcelorMittal &agrave; c&eacute;der le site sid&eacute;rurgique, n'est pas sans risque pour le gouvernement, ne serait-ce que parce qu'elle pourrait susciter une multiplication des appels &agrave; l'aide des autres secteurs en difficult&eacute;. /Photo prise le 1er octobre 2012/Vincent Kessler</p>

par Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - La perspective d'une nationalisation de Florange, agitée pour contraindre ArcelorMittal à céder le site sidérurgique, n'est pas sans risque pour le gouvernement français, ne serait-ce que parce qu'elle pourrait susciter une multiplication des appels à l'aide des autres secteurs en difficulté.

Elle brouillerait aussi son message au moment où il s'évertue à convaincre les investisseurs étrangers de sa volonté de mener à bien des réformes structurelles pour améliorer la compétitivité de l'économie.

Si Arnaud Montebourg a atténué ses propos enflammés contre ArcelorMittal, quand il disait qu'il n'avait pas sa place en France, le ministre du Redressement productif a reçu le soutien de l'Elysée dans le bras de fer engagé pour une décision.

L'enjeu en est la cession de l'intégralité de Florange, y compris ses activités rentables de transformation de l'acier, une éventualité jusqu'ici refusée par le géant de la sidérurgie qui ne veut pas aller plus loin que les deux hauts-fourneaux et l'aciérie déficitaires qu'il entendait autrement fermer.

Plusieurs voix se sont fait entendre jusque dans l'opposition, de l'ancien ministre centriste Jean-Louis Borloo jusqu'à la présidente du Front national Marine Le Pen, pour appuyer l'idée d'une "nationalisation temporaire" censée faciliter la recherche d'un repreneur si l'impasse persiste.

UNE OPÉRATION LÉGALEMENT POSSIBLE MAIS COMPLIQUÉE

Malgré les protestations de la présidente du Medef Laurence Parisot, qui juge qu'"envisager une nationalisation, lancer simplement le débat sur un tel principe, est scandaleux", le gouvernement dispose des moyens de procéder à ce qui serait une expropriation si ArcelorMittal persistait dans son refus.

Il lui faudrait en passer par le vote d'une loi et une indemnisation, avec le risque que le groupe sidérurgique multiplie les recours tant sur les arguments juridiques qui sous-tendraient la décision que sur les montants octroyés.

Il restera à franchir l'obstacle des autorités européennes de la concurrence, très sourcilleuses quand il y a injection d'argent public dans un secteur d'activité qui pourraient désavantager les sidérurgistes privés d'aides d'Etat.

Le gouvernement justifie son bon droit en invoquant des situations comme l'intervention de l'Etat américain pour renflouer General Motors lors de la crise de 2008-2009 ou, s'agissant de la France, du sauvetage d'Alstom avec des capitaux publics en 2004-2005.

L'économiste Elie Cohen réfute ces comparaisons en faisant valoir dans une tribune publiée sur le site Telos que, à l'inverse de GM ou Alstom, ArcelorMittal n'est en rien menacé de faillite, n'a rien demandé à l'Etat français et que "l'éventuelle nationalisation de Florange est la préservation d'emplois dans une activité non compétitive".

"Le gouvernement a le droit de nationaliser, il serait bien préférable qu'il trouve un compromis pour inciter Mittal à vendre Florange", souligne-t-il toutefois.

Les Risques De Contagion

Un économiste d'une grande banque étrangère s'étonne que le gouvernement français, qui a peu de moyens financiers à sa disposition, veuille investir dans un secteur en déclin comme la sidérurgie au moment où il donne la priorité à l'amélioration de la compétitivité en France.

Elie Cohen abonde dans le même sens en estimant que sauver deux hauts-fourneaux "ne fait guère de sens pour un gouvernement qui cherche à convaincre de sa conversion à une économie de l'offre, tirée par les PME innovantes, les filières du numérique, des sciences de la vie et de la transition énergétique."

"Politiquement, nationaliser pour préserver l'emploi dans un secteur en difficulté ne fera que susciter la multiplication de demandes du même type", avertit-il.

De fait, des voix se sont déjà élevées pour réclamer la nationalisation de la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne (Seine-Maritime), en attente d'un repreneur depuis le début de l'année.

Le syndicat FO des Chantiers de l'Atlantique, à Saint-Nazaire, vient aussi de réclamer que l'Etat intervienne pour garantir l'avenir du site en panne de nouvelles commandes "en devenant l'actionnaire majoritaire devant (le coréen) STX."

"S'engager dans cette voie, c'est se condamner à jouer les pompiers volants", déclare Elie Cohen.

QUEL MESSAGE POUR LES INVESTISSEURS ÉTRANGERS ?

Ces menaces de nationalisation interviennent au moment où le gouvernement s'efforce de convaincre de sa volonté de réformer en profondeur l'économie française pour améliorer sa compétitivité.

Le ministre de l'Economie Pierre Moscovici l'a réaffirmé mardi devant des grands investisseurs anglo-saxons, qui ont également été reçus par des conseillers de François Hollande.

"Ce qui nous inquiète, c'est la lisibilité des réformes annoncées, les messages contradictoires avec d'un côté des ambitions affichées en matière de réformes structurelles, et de l'autre l'interventionnisme accru de l'Etat dans certains secteurs", dit Fabrice Montagné, économiste de la banque Barclays.

"C'est difficile à expliquer à des investisseurs étrangers, on a du mal à voir ce que sera le résultat final."

Un avocat d'affaires s'inquiète de l'image selon lui "archaïque" de la France que suscite le débat en cours. "On n'est déjà pas très attractif en ce moment et on le sait (...) le problème de cette politique, c'est qu'on ne peut pas quantifier les dégâts en terme des investissements que nous allons perdre."

Avec Julien Ponthus, édité par Yves Clarisse

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