28 novembre 2012 / 10:45 / dans 5 ans

À la découverte d'emplois industriels délaissés

par Jean Décotte

BEAUZELLE, Haute-Garonne (Reuters) - Lunettes 3D sur le nez, récepteur audio collé à l‘oreille, les jeunes visiteurs déambulent autour des machines de l‘atelier, observant un chaudronnier et son apprenti s‘affairer autour d‘une pièce métallique.

Cette quinzaine d’élèves de l‘Ecole de la deuxième chance de Toulouse est venue au Centre de formation d‘apprentis de l‘industrie (CFAI) de Beauzelle, à deux pas de la chaîne d‘assemblage de l‘Airbus A380, pour y découvrir des métiers délaissés et parfois déconsidérés.

Des entreprises industrielles de Midi-Pyrénées peinent à trouver certains types d‘employés qualifiés, notamment dans l‘aéronautique où les carnets de commandes sont pleins, au moment où le chômage est remonté en octobre à son pire niveau depuis 1998 en France.

Dans cette région qui bénéficie de la bonne santé d‘Airbus, le nombre d‘offres collectées par Pôle Emploi dans l‘industrie a augmenté de 11,1% sur un an au deuxième trimestre, selon la direction régionale de l‘emploi (Direccte) de Toulouse.

Sur la même période, l‘indicateur de tension qui rapporte les offres d‘emploi aux demandes enregistrées par Pôle Emploi s’élevait à 0,66 pour l‘ensemble de l’économie régionale, contre un ratio de 1,21 pour le seul secteur de l‘industrie, symbole de ces emplois en usines qui ne trouvent pas preneurs.

Nombre d‘emplois industriels figurent sur la liste des “métiers en tension” que détaille la Direccte : chaudronnier-tôlier, ajusteur-mécanicien, programmeur sur machines à commande numérique, technicien de maintenance industrielle...

“CE N‘EST PLUS ÉMILE ZOLA”

“On ne trouve plus de chaudronniers, de plieurs, de soudeurs”, confirme Marc Gomez, président de la Mécanic Vallée, un groupement de 200 entreprises industrielles qui emploient quelque 15.000 personnes dans un arc allant de Brive à Rodez.

Selon ce chef d‘entreprise, environ 300 postes étaient à pourvoir début octobre dans cette zone, grâce à la “vague de l‘aéronautique” et aux six à sept années de carnet de commande dont disposent Airbus et ses sous-traitants.

“Pour tous les jeunes qui prennent ces formations de base, il y a un boulevard qui leur est ouvert. Ils peuvent venir à Brive, dans le Lot, ou à Toulouse, ils trouveront du travail, c‘est sûr. Mais il faut qu‘ils aient envie d‘y aller.”

Marc Gomez en appelle aux parents et aux enseignants pour tenter de sensibiliser les jeunes générations à ces métiers industriels, trop souvent associés à des images d‘usines sombres et fumantes tout droit sorties du XIXe siècle.

“Ce sont des métiers qui sont en progression, en innovation, en complet renouvellement. Les usines sont propres, nickel”, insiste-t-il.

“Dans ma tôlerie il y a des pupitres, des machines à commandes numériques, des robots pour les tâches délicates, qui laissent la place à une main d‘oeuvre technique. Ce n‘est plus Emile Zola !”

Depuis le début de l‘année au CFAI de Beauzelle, le circuit de découverte “Open Industries” est ouvert à tous, demandeurs d‘emplois, lycéens ou simples curieux, afin de changer l‘image de ces métiers, explique Esther Mauran, coordinatrice du projet.

“A leur arrivée, les visiteurs jouent à un quiz qui permet faire tomber les a priori sur l‘industrie: le travail à la chaîne, le métal, la saleté, le personnel exclusivement masculin...”, souligne-t-elle.

HORIZON OUVERT

Les visiteurs sont ensuite guidés d‘atelier en atelier, au fil de clips vidéo en 3D qui leur présentent les particularités de chaque métier.

Ici, une machine à conditionnement de pilules permet d‘illustrer le travail de maintenance. Là, une Tour Eiffel en tubes de cuivre symbolise le savoir-faire des techniciens frigoristes.

De petits tests ludiques préalables, comme reproduire une figure en trois dimensions avec des briques en plastiques, permettent à chacun de mieux cerner ses habiletés et de se découvrir des affinités avec telle ou telle branche.

De la même manière, le Pôle Emploi promeut de son côté la Méthode de recrutement par simulation (MRS), qui vise à détecter les capacités du demandeur d‘emploi en faisant abstraction de son diplôme et de son expérience.

Christophe Romano, psychologue de l‘Ecole de la deuxième chance, explique avoir conduit son groupe à Beauzelle pour “ouvrir des horizons” à ces jeunes adultes sans diplômes.

“L‘objectif, c‘est la découverte de ces métiers, il faut leur montrer que ça existe”, explique-t-il.

“Souvent ils ne connaissent pas. Il s‘agit de susciter des vocations.”

A l‘issue de la visite d‘Open Industries, Thomas, 19 ans, a pu constater qu‘il avait des qualités manuelles et un sens de l‘organisation et du respect des consignes.

“Ce que j‘ai préféré, c‘est l’électrotechnique”, confie le jeune Toulousain, qui est sorti du système scolaire avant d‘avoir le brevet des collèges.

“J‘aime bien le petit bricolage. Et puis j‘ai fait de la maintenance informatique”, ajoute-t-il, l‘esprit tourné vers de possibles débouchés.

Edité par Yves Clarisse

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