Premiers chantiers de la transition énergétique lancés

samedi 15 septembre 2012 19h27
 

par Marion Douet

PARIS (Reuters) - Au lendemain de l'énoncé par le président François Hollande de fortes ambitions en matière d'excellence écologique, Jean-Marc Ayrault a conclu samedi une conférence environnementale par l'annonce de décisions en soutien aux énergies renouvelables.

Le Premier ministre a aussi annoncé des mesures pour une agriculture plus écologique et un durcissement de la fiscalité des produits polluants, dans un discours plutôt bien accueilli -le Medef s'inquiétant cependant du financement de ces projets.

Il a confirmé le prochain lancement d'un appel d'offres pour l'éolien en mer, confirmant ainsi une information de Reuters.

"Un appel d'offres sera lancé d'ici décembre 2012 pour la création d'un parc éolien au large du Tréport (Seine-Maritime) et de Noirmoutier (Vendée)", a-t-il déclaré.

Selon Matignon, cet appel d'offres portera sur 1.305 mégawatts - l'équivalent d'un réacteur nucléaire récent - et sera complété par un troisième projet le plus tôt possible.

Le Premier ministre, pour qui l'écologie sera un "puissant levier de croissance et de compétitivité", a également annoncé des appels d'offres pour le photovoltaïque de grande puissance d'ici fin 2012 et plusieurs mesures fiscales.

"Dès le projet de loi de finances qui sera présenté dans 15 jours, le gouvernement proposera une augmentation de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP), portant sur les pollutions atmosphériques", a-t-il ainsi déclaré.

"Nous augmenterons le niveau du malus automobile et, en cohérence avec nos engagements européens, nous diminuerons de 5g de CO2 par km le seuil de ce malus", a-t-il poursuivi

Il a ajouté que la défiscalisation des biocarburants serait abaissée dès 2014, pour disparaître fin 2015.

Les revenus tirés de ces mesures seront précisés lors de la présentation du projet de loi de Finances 2013, dit Matignon.

Jean-Marc Ayrault a par ailleurs fixé un nouvel objectif aux chercheurs et industriels français : disposer "dans 10 ans de véhicules consommant deux litres d'essence pour 100 km."

ÉPANDAGE AÉRIEN

La conférence environnementale devait proposer des pistes sur deux grandes lois promises par le candidat Hollande : la transition énergétique, pour alléger notamment la facture d'énergie des Français, et la protection de la biodiversité.

"La stratégie nationale pour la biodiversité est reconnue par tous les acteurs. Elle sera déclinée dans tous les ministères", a dit Jean-Marc Ayrault, annonçant également la création d'une Agence nationale de la biodiversité en 2013.

Il a dit vouloir maintenir le moratoire sur la mise en culture de semences OGM (organismes génétiquement modifiés) et interdire l'épandage aérien de produits phytosanitaires dans l'agriculture, sauf en l'absence de solution alternative.

Un plan de développement de l'agriculture biologique, qui représente aujourd'hui environ 3% de la surface agricole, loin de l'objectif de 6% en 2012 fixé sous le quinquennat précédent, va également être lancé.

Les biocarburants de première génération, fabriqués à partir des céréales et accusés de jouer un rôle dans les crises alimentaires, seront plafonnés à 7% par litre de carburant et leur développement sera discuté au niveau européen.

PLACE DES GRANDS DE L'ÉNERGIE

François Hollande avait annoncé vendredi lors de son discours d'ouverture des mesures destinées à faire de la France un pays pionnier de l'écologie en Europe.

La France, en retard sur plusieurs voisins comme l'Allemagne et l'Espagne, est loin d'atteindre les objectifs fixés en 2007 par le "Grenelle de l'environnement".

Les énergies renouvelables ne représentent que 13% du mix énergétique, contre un objectif de 23% pour 2020.

"C'est un petit Grenelle qui s'inscrit dans la continuité du premier", a dit l'ex-ministre UMP de l'Ecologie Chantal Jouanno du discours du Premier ministre. "Il y a des décisions positives mais beaucoup de déception sur la santé environnementale."

Malgré l'impasse sur plusieurs sujets, les organisations environnementales comme France Nature Environnement (FNE), qui réunit 3.000 associations, ont estimé que ce premier rendez-vous était satisfaisant.

"On a de beaux objectifs, même s'il y a de petits dérapages. Nous saluons le fait que chaque ministère ait sa feuille de route", a ainsi dit Benoît Hartmann, porte-parole de FNE.

Les réactions du Rassemblement pour la planète et de Greenpeace étaient plus mitigées, le premier regrettant une "vraie régression" en matière de santé et des incertitudes sur les questions agricoles, la seconde déplorant notamment que la sortie du nucléaire n'ait pas été évoquée.

Le patronat, par la voix de la présidente du Medef Laurence Parisot, a regretté que le débat sur la transition énergétique offre trop de place aux organisations écologistes.

"Ceci pose un problème pour l'avenir. Si dans la gouvernance de cette transition les entreprises, y compris les grandes entreprises énergéticiennes, ne sont pas mieux intégrées, nous nous poserons nous-mêmes des questions sur notre participation", a-t-elle déclaré à la presse.

Le débat sur la transition énergétique débute à l'automne. Objectif : une loi de programmation avant l'été 2013.

Il devra avancer un programme pour tenir la promesse de François Hollande de réduire de 75 à 50% la part du nucléaire dans la production électrique et proposer une réforme profonde de la consommation d'énergie en France, basée sur la "sobriété".

Un projet de loi sur la tarification progressive de l'électricité et du gaz, sanctionnant les gaspillages, sera examiné en commission parlementaire dès la semaine prochaine.

Edité par Emmanuel Jarry

 
<p>Jean-Marc Ayrault a conclu samedi la conf&eacute;rence environnementale organis&eacute;e par le gouvernement fran&ccedil;ais par une salve d'annonces, dont la confirmation d'un appel d'offres avant la fin de l'ann&eacute;e pour un parc &eacute;olien en mer. /Photo prise le 15 septembre 2012/REUTERS/Kenzo Tribouillard/Pool</p>