Les "Pussy Riot" condamnées à deux ans de prison

vendredi 17 août 2012 20h32
 

par Timothy Heritage et Maria Tsvetkova

MOSCOU (Reuters) - Les trois jeunes femmes du groupe punk russe "Pussy Riot" poursuivies pour avoir chanté un simulacre de prière hostile à Vladimir Poutine en février dans une cathédrale de Moscou ont été condamnées vendredi à deux ans de prison chacune.

Les six mois qu'elles ont passés en détention provisoire seront déduits de leur peine. Le parquet avait requis le 7 août trois ans de prison à leur encontre. Leurs avocats ont annoncé qu'ils allaient faire appel du verdict.

Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 30 ans, et Maria Aliokhina, 24 ans, avaient été jugées coupables vendredi de vandalisme motivé par la haine religieuse.

"Les actes de ces jeunes filles étaient sacrilèges, blasphématoires et ont violé les règles de l'Eglise", a estimé la juge Marina Syrova.

"Tolokonnikova, Samoutsevitch et Aliokhina ont commis un acte de vandalisme, une grave violation de l'ordre public en faisant preuve d'irrespect évident envers la société", avait-elle déclaré un peu plus tôt, en soulignant que les jeunes femmes avaient été motivées "par la haine religieuse."

Les trois prévenues ont écouté en souriant l'énoncé du verdict et la lecture du jugement, qui a duré près de trois heures, dans une cage vitrée.

L'ambassade des Etats-Unis en Russie, s'exprimant sur son compte Twitter, dénonce une condamnation "disproportionnée", et plusieurs gouvernements européens ont vivement critiqué Moscou.

"PRIÈRE PUNK"

Selon des témoins, au moins 24 personnes ont été arrêtées par la police après des échauffourées qui ont éclaté devant le tribunal. Parmi les personnes interpellées, figurent le leader du Front de Gauche Sergueï Oudaltsov et l'ancien champion du monde d'échecs et opposant Garry Kasparov.

Les jeunes femmes avaient pénétré le 21 février dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou pour y interpréter, vêtues de cagoules colorées et de jupes courtes, une "prière punk", chantant "Vierge Marie, chasse Poutine, chasse Poutine, chasse Poutine !" et dansant sur l'autel de la cathédrale. Depuis, ce dernier a remporté l'élection présidentielle.

Leur procès a fait les gros titres de la presse internationale et provoqué un tollé chez les opposants à Vladimir Poutine. Plusieurs gouvernements étrangers, des associations de défense des droits de l'homme ainsi que des artistes, à l'image de Sting, Madonna, Paul McCartney ou des Red Hot Chili Peppers, ont plaidé en leur faveur.

Signe des tensions soulevées par le procès, des gardes du corps ont été octroyés jeudi à la juge Marina Syrova, à la suite, selon les autorités, de menaces proférées contre elle.

"Je n'ai pas peur de l'imposture d'un verdict dans ce prétendu tribunal au prétexte qu'il peut me priver de ma liberté", avait déclaré au cours du procès Maria Aliokhina. "Personne ne pourra me prendre ma liberté intérieure".

"INÉQUITABLE"

Les trois militantes, qui nient avoir été motivées par la haine religieuse, disent avoir voulu protester contre les liens étroits entre l'Eglise orthodoxe et l'Etat.

Elles s'étaient dites outrées du soutien apporté à Vladimir Poutine lors de la campagne pour la présidentielle par le chef de l'Eglise orthodoxe russe, le patriarche Cyrille.

Leurs avocats ont estimé qu'elles n'avaient pas eu droit à un procès équitable et que le verdict serait "dicté par le Kremlin". Les partisans de Vladimir Poutine démentent toute manipulation de la justice, assurent que les jeunes femmes ont tenu des propos blasphématoires et méritent donc d'être punies pour cet "attentat prémédité contre l'Eglise".

L'Eglise orthodoxe russe a toutefois demandé vendredi à l'Etat de faire preuve de "miséricorde" envers les trois condamnées, laissant entendre qu'elle soutiendrait une grâce présidentielle ou une diminution de leur peine.

"Sans remettre en cause le bien-fondé de la décision du tribunal, nous demandons aux autorités publiques de faire preuve de miséricorde envers les personnes condamnées (...) dans l'espoir qu'elles s'abstiendront de se livrer à nouveau à des actions blasphématoires", a écrit l'Eglise dans un communiqué publié après l'annonce du verdict.

La communauté orthodoxe s'est montrée divisée sur cette affaire, même si elle considère dans sa majorité la "performance anti-Poutine" comme un acte blasphématoire.

Vladimir Poutine lui-même, conscient du fait qu'une lourde peine risquerait de confirmer l'image d'intolérance peinte par les "Pussy Riot", avait suggéré qu'il ne souhaitait pas que les militantes soient condamnées à de trop lourdes peines.

Avec la rédaction de Moscou; Hélène Duvigneau et Marine Pennetier pour le service français

 
<p>Les chanteuses du groupe punk russe "Pussy Riot", Ekaterina Samoutsevitch, Maria Aliokhina et Nadejda Tolokonnikova (de gauche &agrave; droite), vendredi dans un tribunal moscovite. Les trois jeunes femmes, poursuivies pour avoir chant&eacute; un simulacre de pri&egrave;re hostile &agrave; Vladimir Poutine en f&eacute;vrier dans une cath&eacute;drale de Moscou, ont &eacute;t&eacute; condamn&eacute;es vendredi &agrave; deux ans de prison chacune, dont seront d&eacute;duits les six mois de d&eacute;tention provisoire qu'elles ont d&eacute;j&agrave; purg&eacute;s. /Photo prise le 17 ao&ucirc;t 2012/REUTERS/Maxim Shemetov</p>