24 avril 2012 / 09:15 / il y a 5 ans

A nouveau mis en examen, Ziad Takieddine accuse Nicolas Sarkozy

<p>L'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine a &eacute;t&eacute; &agrave; nouveau mis en examen mardi, pour "blanchiment et recel d'abus de biens sociaux aggrav&eacute;s", dans l'enqu&ecirc;te sur une possible corruption en marge de la pr&eacute;sidentielle de 1995. /Photo d'archives/Gonzalo Fuentes</p>

PARIS (Reuters) - L'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine a été à nouveau mis en examen mardi, pour "blanchiment et recel d'abus de biens sociaux aggravés", dans l'enquête sur une possible corruption en marge de la présidentielle de 1995, a-t-on appris auprès de son avocate, Samia Maktouf.

A son arrivée au pôle financier du tribunal de Paris, il s'en est pris à Nicolas Sarkozy - dont plusieurs proches sont mis en examen aussi dans ce dossier - n'hésitant pas à s'adresser aux électeurs pour leur demander de le chasser de l'Elysée.

"Je m'adresserai aux Français pour leur dire à qui ils vont avoir affaire s'ils ne font pas les choses qu'on leur offre de faire, (...) éradiquer ce système de corruption qui vous mène depuis quelques années, depuis 1995, et en tout cas fortifié aujourd'hui", a-t-il dit aux journalistes.

Il a mis en cause "un système qui gère la France et qui a la tête quelqu'un qui s'appelle peut-être le président de la République".

Il propose aux électeurs de voter pour quelqu'un de "propre", sous-entendu François Hollande, pour lequel il a déjà annoncé sa préférence auparavant. A la sortie du bureau des juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire, il a annoncé par ailleurs le lancement d'un site internet.

Il publiera des documents à l'adresse www.takieddine.fr pour "mettre la vérité en face des Français", a-t-il dit à Reuters.

Mis en examen une première fois pour "complicité et recel d'abus de biens sociaux" fin 2011, Ziad Takieddine est mis en cause en raison de nouvelles découvertes à l'étranger, le parquet ayant donné son feu vert à des poursuites sur le blanchiment sur demande des juges d'instruction.

Ces derniers sont sur la piste d'un possible détournement de commissions légales convenues en marge de la vente de sous-marins au Pakistan (84 millions d'euros) et de frégates à l'Arabie saoudite (200 millions d'euros) dans les années 1990. Un attentat à Karachi, au Pakistan, en 2002 où 11 Français sont morts pourrait être lié.

ARGENT VOYAGEUR

L'hypothèse de travail est qu'une partie de cet argent a été retirée en espèces et réacheminée vers Paris pour financer la campagne électorale d'Edouard Balladur en 1995, dont l'actuel chef de l'Etat était le porte-parole.

Selon des documents résultant d'enquêtes à l'étranger demandés par le juge Van Ruymbeke, des sommes soupçonnées de provenir de ces fonds sont sorties d'un compte en Suisse d'Abdul Rahman al Assir, ex-associé de Ziad Takieddine.

L'argent est ensuite parti sur le compte d'une personnalité du Koweït, puis a été retiré en espèces, opération qui constituerait le "blanchiment". Ziad Takieddine est soupçonné mais il nie tout rôle dans ce circuit.

Les importants retraits d'espèces en Suisse se situent dans une période proche d'un versement, toujours en espèces, de dix millions de francs (1,5 million d'euros) aux comptes de la campagne Balladur, en avril 1995.

Au total, plus de 20 millions de francs en espèces (trois millions d'euros) ont été versés aux comptes Balladur. Nicolas Bazire, ex-directeur de campagne, et Thierry Gaubert, un ami de Nicolas Sarkozy, sont déjà mis en examen autour de ces soupçons de mouvements de fonds.

Edouard Balladur justifie les espèces par des ventes de T-shirts et de gadgets de campagne. Abdul Rahman al Assir et Ziad Takieddine étaient, selon d'autres dépositions versées au dossier, imposés comme intermédiaires par le camp Balladur dans les contrats saoudien et pakistanais.

Selon un rapport de police luxembourgeois versé au dossier, Nicolas Sarkozy pourrait avoir contribué en qualité de ministre du Budget (1993-1995) à la création au Luxembourg de structures off-shore liées à ces manoeuvres. Il le nie.

En cas de défaite à la présidentielle, il pourrait être interrogé comme témoin par le juge Van Ruymbeke à partir de juin, mais pas poursuivi, les faits relevant a priori de la Cour de justice de la République, seule compétente pour les anciens ministres.

Thierry Lévêque, édité par Patrick Vignal

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