La Grèce et l'Union européenne, un mariage de déraison

mercredi 12 octobre 2011 12h37
 

par Yves Clarisse

PARIS (Reuters) - A la fin des années 1970, un jeune diplomate membre du cabinet du président de la Commission européenne, le Français François-Xavier Ortoli, reçoit un appel dans son bureau bruxellois.

A l'autre bout du fil, le président français de l'époque, Valéry Giscard d'Estaing. Ce dernier a appris que l'exécutif européen s'apprête à présenter un avis sur la demande d'adhésion de la Grèce à la Communauté européenne qui, comme chaque année, renvoie diplomatiquement Athènes à un avenir lointain.

A "VGE", qui s'en inquiète, le diplomate sert les arguments classiques: la Grèce, dont la compétitivité est très faible, n'est pas prête à intégrer la CEE et une adhésion prématurée aurait des effets ravageurs pour son économie.

"Monsieur, on ne fait pas jouer Platon en deuxième division", répond Valéry Giscard d'Estaing en raccrochant.

La messe était dite et la Grèce adhérera en 1981 pour des raisons essentiellement politiques, sept ans après le retour de la démocratie consécutive à la chute du régime des colonels.

L'Europe des Neuf était d'autant moins en mesure de s'opposer au rouleau compresseur français que des arguments valables venaient étayer l'adhésion grecque, à savoir l'ancrage au bloc européen d'une démocratie fragile membre de l'Otan.

Le mariage entre la Grèce et l'Union européenne avait commencé pour, trente ans plus tard, se transformer en une situation de couple dramatique, entre plan de sauvetage et risques de faillite, dans laquelle les deux parties ont autant de responsabilités l'une que l'autre.

Et avec la France encore à la manoeuvre pour tenter de sauver un pays qui risque d'entraîner la zone euro dans sa chute.   Suite...