14 février 2011 / 07:37 / il y a 7 ans

La tension monte entre le gouvernement et les magistrats

<p>Manifestation devant le palais de justice de Marseille, jeudi dernier. Des fuites concernant le rapport d'enqu&ecirc;te administrative sur le suivi de Tony Meilhon, meurtrier pr&eacute;sum&eacute; de la jeune La&euml;titia Perrais, ont fait monter la tension lundi entre le pouvoir ex&eacute;cutif et les magistrats. Les juridictions fran&ccedil;aises sont engag&eacute;es depuis une dizaine de jours dans un conflit in&eacute;dit avec renvoi des audiences non urgentes pour protester contre des propos de Nicolas Sarkozy leur imputant une responsabilit&eacute; indirecte dans ce crime. /Photo prise le 10 f&eacute;vrier 2011/Jean-Paul P&eacute;lissier</p>

PARIS (Reuters) - Des fuites concernant le rapport d'enquête administrative sur le suivi de Tony Meilhon, meurtrier présumé de la jeune Laëtitia Perrais, ont fait monter la tension lundi entre le pouvoir exécutif et les magistrats.

Les juridictions françaises sont engagées depuis une dizaine de jours dans un conflit inédit avec renvoi des audiences non urgentes pour protester contre des propos de Nicolas Sarkozy leur imputant une responsabilité indirecte dans ce crime.

Soixante-dix juridictions sur 193 ont déjà reconduit le mouvement, trois y ont mis fin et des décisions sont attendues ce lundi pour les autres, disent les syndicats.

Alors que le ministre de la Justice Michel Mercier doit recevoir lundi après-midi l'intersyndicale pour lui remettre les rapports d'inspection effectuées chez les juges et dans l'administration pénitentiaire, Le Figaro en publie lundi ce qui est présenté comme les conclusions de ces enquêtes.

Elles mentionneraient des fautes individuelles. Matthieu Bonduelle, secrétaire général du Syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche), a estimé qu'il s'agissait d'un "plan de communication" gouvernemental élaboré pendant le week-end.

"C'est inacceptable de faire fuiter des éléments parcellaires et orientés avant que les syndicats aient eu connaissance du rapport", a-t-il dit à Reuters.

L'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) s'est également déclarée mécontente. "Que des extraits soient publiés, comme par hasard, dans Le Figaro, nous remonte encore plus", a dit Virginie Valton, vice-présidente du syndicat.

Tony Meilhon, sorti de prison en février 2010 après avoir purgé en intégralité et durant onze ans des peines pour plusieurs délits, devait respecter une "mise à l'épreuve".

PROBLÈME D'EFFECTIFS

Ce suivi n'a pas été mis en oeuvre faute d'effectifs, comme pour plus de 800 autres détenus en Loire-Atlantique, le département où a disparu Laëtitia Perrais, à la suite d'accords validés par la hiérarchie judiciaire et administrative, ont montré des documents déjà publiés par les syndicats.

Il y a trois juges d'application des peines et 17 agents de probation pour 3.300 dossiers de détenus en Loire-Atlantique. Plusieurs alertes avaient été lancées en vain sur cette situation.

Selon Le Figaro, le rapport d'inspection relève que Tony Meilhon a été suivi "avec une certaine approximation" et n'a pas fait l'objet d'une mise à l'épreuve bien qu'un juge d'application des peines ait inscrit dans le dossier qu'il fallait saisir d'urgence les services pénitentiaires.

Sa mise à l'épreuve consistait à chercher un emploi et à voir un médecin. Il n'était pas considéré comme délinquant sexuel, malgré un viol à la fin des années 1990 sur un codétenu lui-même en prison pour viol.

Dans le rapport d'inspection, il est évoqué selon le Figaro une "absence de coordination" entre les services ainsi qu'une "rupture de prise en charge" de Tony Meilhon.

Pour la première fois lundi, le patron du premier syndicat français CGT, Bernard Thibault, s'est rangé du côté des magistrats, qui réclament plus de moyens pour la justice.

"On ne peut pas prétendre avoir une justice irréprochable sans jamais s'interroger sur la problématique des moyens pour tenter d'y parvenir", a-t-il dit sur France info.

Il a souligné que le budget de la justice français était classé par le Conseil de l'Europe au "34e rang européen" - en fait, il a été placé au 37e rang sur 43 pays dans une étude portant sur 2008 pour la part du PIB consacré à la justice.

Nicolas Sarkozy a tempéré ses accusations contre les magistrats jeudi dernier sur TF1. Il a déclaré que des sanctions seraient prises si des fautes étaient constatées, alors qu'il les considérait comme avérées la semaine précédente. Mais le chef de l'Etat refuse toute affectation de moyens nouveaux.

Laure Bretton et Thierry lévêque, édité par Yves Clarisse

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