5 octobre 2010 / 09:50 / dans 7 ans

Prison ferme et 4,9 milliards à rembourser pour Jérôme Kerviel

<p>Le tribunal correctionnel de Paris a condamn&eacute; l'ex-trader de la Soci&eacute;t&eacute; g&eacute;n&eacute;rale J&eacute;r&ocirc;me Kerviel &agrave; cinq ans de prison dont trois ferme, retenant sa responsable exclusive dans la perte historique de 4,9 milliards d'euros subie par la banque en 2008. Il devra &eacute;galement rembourser cette somme. /Photo prise le 5 octobre 2010/REUTERS/Charles Platiau</p>

par Thierry Lévêque et Matthieu Protard

PARIS (Reuters) - L‘ancien trader de la Société générale Jérôme Kerviel, tenu pour seul responsable d‘une perte historique de 4,9 milliards d‘euros en 2008, a été condamné mardi à cinq ans de prison dont trois fermes.

Le jeune homme de 33 ans va faire appel, a dit son avocat.

Le déclarant coupable “d‘abus de confiance, faux et usage de faux et introduction frauduleuse de données dans un système informatique”, le tribunal correctionnel de Paris le contraint à rembourser le préjudice, soit exactement 4.915.610.154 euros. Il écarte toute faute de la banque.

“Par son action délibérée, il (Jérôme Kerviel) a mis en péril la solvabilité de la banque qui employait les 140.000 personnes dont il faisait partie et dont l‘avenir se trouvait gravement hypothéqué”, lit-on dans le jugement de 73 pages.

“Par leur ampleur, leur spécificité et le contexte de crise dans lequel ils se sont inscrits, ces actes ont incontestablement porté atteinte à l‘ordre public économique international”, ajoutent les juges.

La somme de 4,9 milliards d‘euros, que Jérôme Kerviel mettrait plus de 177.000 années à rembourser s‘il donnait tout son salaire actuel de 2.300 euros par mois, est la plus forte sanction financière jamais prononcée dans l‘histoire de France contre un particulier.

L‘ancien trader ne payera pas tout de suite et ne retournera pas encore en prison, où il a déjà passé 38 jours pendant l‘enquête. Le second procès devrait se tenir d‘ici un an.

“C‘est un jugement inacceptable par son caractère totalement excessif”, a dit son avocat, Me Olivier Metzner, à sa sortie de la salle d‘audience.

La Société générale s‘est, à l‘inverse, félicitée du jugement. “C‘est une décision importante qui démontre également le préjudice moral et financier subi par la banque et ses salariés”, a réagi Caroline Guillaumin, directrice de la communication de la banque.

L‘imputation de la responsabilité de la perte au trader éloigne les risques fiscaux et judiciaires pour la Société générale, qui fut visée par une “class action” aux Etats-Unis.

POSITIONS DE 50 MILLIARDS

<p>4,9 MILLIARDS D'EUROS &Agrave; REMBOURSER</p>

Jérôme Kerviel a admis avoir pris depuis 2005 des positions à risque vertigineuses sur des indices boursiers européens, ayant atteint près de 50 milliards d‘euros, et camouflées par d‘autres passations d‘ordres fictives.

Dénouées après leur découverte par la banque, en pleine déroute des marchés financiers, ces positions ont provoqué la perte finale la plus lourde de l‘histoire financière.

Au procès en juin dernier, l‘ex-trader, tout en admettant des fautes et en exprimant des “regrets”, avait incriminé sa hiérarchie, qui aurait selon lui fermé les yeux. Il avait accusé plus largement le système financier et son fonctionnement.

Son avocat l‘avait présenté en “créature du système”, brocardant la supposée hypocrisie de la finance.

Le tribunal n‘a pas suivi la défense. S‘approchant du parquet qui avait demandé cinq ans de prison dont quatre fermes, les magistrats ont conclu qu‘aucun élément de l‘affaire ne permet de penser que la banque a pu tolérer ou même soupçonner les agissements de son employé.

KERVIEL IMPASSIBLE

Selon le jugement, Jérôme Kerviel s‘est situé en “parfaite connaissance de cause en dehors de son mandat de trader”, car il avait reçu des instructions professionnelles écrites, saisies par la police, lui interdisant les actes qu‘il a reconnus.

Il a admis au procès avoir eu conscience que la limite collective d‘engagement en fin de journée pour son “desk” de trading était de 125 millions d‘euros.

Les juges brossent un portrait funeste du prévenu, condamnent son “cynisme”, son “sang-froid permanent et son impassibilité trompeuse”.

“Il s‘est livré à un total renversement des rôles en se positionnant comme victime d‘un système dont il se dit la créature”, écrit le tribunal.

Le jugement lui impute même la responsabilité de la dégradation des conditions de travail des employés de la banque après l‘affaire et lui ordonne de verser 2.500 euros d‘indemnités à chacun de deux salariés, parties civiles.

Costume et cravate sombres, Jérôme Kerviel est resté impassible à la lecture du jugement, demeurant longtemps assis sur son banc, consultant sa messagerie sur son portable. Il est parti du tribunal en évitant les journalistes.

Edité par Patrick Vignal

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