26 avril 2010 / 10:39 / il y a 7 ans

L'homme taxé de polygamie par Brice Hortefeux contre-attaque

<p>Li&egrave;s Hebbadj, le compagnon d'une femme verbalis&eacute;e pour avoir conduit sa voiture v&ecirc;tue d'un voile int&eacute;gral d&eacute;ment &ecirc;tre polygame, comme l'en soup&ccedil;onne le ministre de l'Int&eacute;rieur, Brice Hortefeux. /Photo prise le 26 avril 2010/St&eacute;phane Mah&eacute;</p>

NANTES (Reuters) - L'avocat de l'homme accusé par Brice Hortefeux d'être polygame et de frauder les allocations familiales fait savoir qu'il envisage de poursuivre le ministre français de l'Intérieur en diffamation.

Lors d'un point de presse à Nantes, Franck Boëzec, le défenseur de Liès Hebbadj qui s'est retrouvé au coeur d'une tempête politico-médiatique depuis samedi, a estimé qu'aucune de ces accusations n'étaient avérées.

Le procureur de la République de Nantes a annoncé dans la soirée l'ouverture d'une enquête préliminaire.

Dans un communiqué, il précise agir après le signalement, par le préfet de Loire-Atlantique, d'une "suspicion de relations polygames" ainsi que des "interrogations sur la régularité des aides sociales dont bénéficieraient plusieurs personnes de sexe féminin (...) en relation avec M. Hebbadj".

Selon le ministre de l'Intérieur, l'homme qui est né à Alger aurait quatre femmes et chacune bénéficierait de l'allocation de parent isolé - des délits qui méritent selon lui la déchéance de la nationalité française qu'il a obtenue par mariage en 1999.

Liès Hebbadj a admis avoir des "maîtresses". "Si on est déchu de sa nationalité française parce qu'on a des maîtresses, alors beaucoup de Français peuvent l'être, les maîtresses ne sont pas interdites par l'islam, peut-être par le christianisme, mais pas en France que je sache", a-t-il déclaré à la presse.

Son avocat a contesté "de façon véhémente et sereine les déclarations totalement fantaisistes de Brice Hortefeux".

"On ne peut reprocher à quelqu'un la polygamie qui est un délit pénal sans avoir un minimum d'éléments à sa disposition. Cela pourrait même être qualifié de diffamation si on reprend les textes de loi", a estimé Me Franck Boëzec.

"On se pose la question (de savoir s'il faut porter plainte)", a-t-il dit en ajoutant : "Si le climat s'apaise, il n'y aura pas de raison d'aller sur ce terrain-là."

"TRAITE DES ÊTRES HUMAINS"

Depuis dimanche, le ministre de l'Immigration, Eric Besson, qui étudie le dossier d'une éventuelle déchéance de la nationalité de Liès Hebbadj, fait preuve d'une grande prudence, en plein débat sur l'interdiction du voile intégral.

Dimanche, il a reconnu qu'il serait délicat de prouver sa polygamie. Lundi après avoir évoqué une "adaptation législative" du code de la nationalité, il a précisé qu'il faudrait y procéder seulement "si on estimait que c'est indispensable".

L'homme, âgé d'une trentaine d'années, n'est pas décrit par les pouvoirs locaux comme un extrémiste. Il tient une boucherie halal dans le sud de Nantes et préside une association culturelle musulmane à Rezé, dans la banlieue nantaise.

Il ne serait marié civilement qu'avec une de ses compagnes.

Aucun des deux délits évoqués par Brice Hortefeux ne peut provoquer la déchéance de nationalité.

L'annulation de sa naturalisation peut être obtenue, sur avis conforme du Conseil d'Etat, s'il est prouvé que l'homme était déjà marié civilement au moment du mariage de 1999 et a donc obtenu sa naturalisation "par mensonge ou par fraude".

La gauche a déploré un coup médiatique de la part de la droite, qui se servirait de cette affaire pour promouvoir sa future loi sur l'interdiction du port du voile intégral.

Pour Manuel Valls, les déclarations de Brice Hortefeux conduisent à un amalgame dangereux pour la République.

"Je ne pense pas que ce soit à la hauteur du rôle d'un ministre. C'est même indigne d'une certaine manière", a dit le député socialiste sur Canal +.

Le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohamed Moussaoui a déploré après sa rencontre avec le Premier ministre François Fillon qu'un "élément marginal" ait pris une telle importance médiatique et n'a pas souhaité donner son avis.

En revanche, le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, entend mettre cette affaire à profit.

Lors d'un point de presse, il a évoqué une "polygamie à des fins mercantiles" voire une forme de "traite des êtres humains".

A ses yeux, "il serait sans doute utile d'élargir les possibilités dans notre droit de renforcer et d'accélérer les procédures de déchéance de nationalité".

Guillaume Frouin, avec Clément Guillou, Yann Le Guernigou et Laure Bretton à Paris, édité par Yves Clarisse

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