6 juillet 2009 / 12:41 / dans 8 ans

Comme Marc Trévidic, les juges d'instruction refusent de mourir

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Le magistrat Marc Trévidic a marqué le refus des juges d‘instruction français d‘accepter la suppression de leur fonction en relançant des affaires comme celles des moines de Tibéhirine ou de l‘attentat de Karachi.

Ce magistrat de 42 ans a ouvert dans ces dossiers des pistes embarrassantes pour l‘Etat français, soupçonné d‘avoir connu des suspects ou les scénarios d‘attentats, sans les rendre publics pour protéger ses liens diplomatiques ou ses intérêts.

Nicolas Sarkozy a annoncé en janvier dernier la suppression de la fonction de juge d‘instruction, magistrat indépendant par son statut. Il doit être remplacé pour toutes les enquêtes par les procureurs, nommés sur décret du président de la République.

Le juge Marc Trévidic s‘oppose publiquement à cette réforme. Il a participé avec d‘autres magistrats à un rassemblement de protestation en début d‘année.

“Ces affaires montrent que le juge d‘instruction est indispensable. Il faut des juges d‘instruction pour que les affaires d‘Etat puissent être instruites sans pressions”, a dit à Reuters Emmanuelle Perreux, présidente du Syndicat de la magistrature, classé à gauche.

Marc Trévidic a repris en juin 2006 d‘importants dossiers instruits auparavant par un autre juge d‘instruction, Jean-Louis Bruguière, qui a quitté ses fonctions pour se présenter sous l’étiquette de l‘UMP aux législatives de 2007, sans succès.

Réputé connaisseur des affaires depuis son passage à la section antiterroriste du parquet en 2000-2003, Marc Trévidic n‘a fait qu‘approfondir des éléments jamais exploités.

RAISON D’ÉTAT

Ainsi, dans le dossier de l‘attentat contre une synagogue parisienne de la rue Copernic, qui avait fait quatre morts en 1980, il a fait arrêter au Canada en novembre 2008 un enseignant en sociologie d‘origine palestinienne, Hassan Diab.

Suspecté d’être membre d‘un groupe armé palestinien ayant revendiqué l‘attentat, le FPLP-OS, son nom figurait dans le dossier depuis 1999 mais il aurait été épargné en raison de réticences de certaines branches des services secrets français, estime une source judiciaire française.

Dans l‘affaire de l‘attentat de Karachi, qui a fait 14 victimes dont 11 employés français de la Direction des constructions navales en mai 2002, le juge Trévidic a dit aux victimes le 18 juin qu‘il considérait comme “logique” la piste d‘une action commanditée par des militaires pakistanais.

Ils auraient voulu punir la France de l‘arrêt du paiement de commissions occultes sur des contrats d‘armement. En partie redirigé vers Paris, l‘argent aurait financé la campagne présidentielle de 1995 d‘Edouard Balladur, que soutenait Nicolas Sarkozy, selon des dépositions et documents du dossier.

Là encore, la piste figurait dans certaines dépositions recueillies dès l‘origine, mais elle n‘a jamais été approfondie.

Le juge Trévidic a demandé la levée du secret défense dans ce dossier.

Il pourrait faire de même dans l‘affaire de l‘assassinat en 1996 de sept moines français en Algérie. La déposition d‘un général français ouvre la piste d‘une “bavure” de l‘armée algérienne, scénario connu dès l‘origine par la Défense et l‘ambassade de France à Alger, mais caché, a dit le témoin.

“On n‘imagine pas un magistrat du parquet mener des investigations aussi approfondies concernant d‘aussi près l‘Etat”, a dit à Reuters Christophe Régnard, président de l‘Union syndicale des magistrats (majoritaire).

“Il faut que le système assure la possibilité à des juges qui veulent faire leur travail de pouvoir le faire”, dit-il.

Les syndicats s‘appuieront sur ces exemples pour combattre la suppression du juge d‘instruction et un autre projet restreignant l‘accès des juges aux lieux et documents classés secret défense, qui doit être examiné au Sénat en juillet.

Edité par Yves Clarisse

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