6 juillet 2009 / 05:42 / il y a 8 ans

L'armée algérienne mise en cause pour la mort de moines français

par Thierry Lévêque

<p>Les tombes des moines de Tib&eacute;hirine, pr&egrave;s de M&eacute;d&eacute;a en Alg&eacute;rie. De nouvelles d&eacute;positions font penser que les sept moines fran&ccedil;ais assassin&eacute;s en Alg&eacute;rie en 1996 ont &eacute;t&eacute; victimes non pas des islamistes mais d'une "bavure" de l'arm&eacute;e alg&eacute;rienne. /Photo d'archives/REUTERS/Larbi Louafi</p>

PARIS (Reuters) - De nouvelles dépositions font penser que sept moines français assassinés en Algérie en 1996 ont été victimes non pas des islamistes mais d‘une “bavure” de l‘armée algérienne, apprend-on de source judiciaire.

Comme l‘ont révélé le Figaro et Mediapart, un général à la retraite, François Buchwalter, a déclaré le 25 juin dernier au juge d‘instruction antiterroriste Marc Trévidic que, selon ses informations, les moines avaient été tués par erreur lors d‘un raid aérien de l‘armée algérienne sur un bivouac.

Attaché de défense en Algérie à l’époque, entre 1995 et 1998, le militaire dit avoir obtenu ces informations à l’époque d‘un gradé algérien, en avoir informé le ministère de la Défense et l‘ambassade. Cette dernière a ordonné un “black-out”, dit-il.

Cette procédure judiciaire, ouverte en 2004, pourrait relancer la polémique entre Alger et Paris sur ce dossier. Alger a imputé officiellement le crime à la guérilla islamiste.

La levée du secret défense en France et des auditions de responsables du gouvernement vont être demandées par les parties civiles, a dit à Reuters leur avocat, Me Patrick Baudoin.

“C‘est un drame qui m‘avait bouleversé (...) Que puis-je dire maintenant ? (...) On verra à l‘issue de cette instruction ce qu‘il en sera. Que la justice fasse son travail, aille jusqu‘au bout de son travail”, a dit Nicolas Sarkozy à la presse à Evian en marge d‘un sommet franco-britannique.

L‘ex-Premier ministre UMP Jean-Pierre Raffarin s‘est prononcé de son côté sur LCI pour une levée du secret défense. “Il faut qu‘on connaisse vraiment ce qui s‘est passé. C‘est une affaire très douloureuse”, a-t-il dit.

AUTRES SOUPÇONS SUR LES ALGÉRIENS

Les sept moines français avaient été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 dans leur monastère de Tibéhirine situé près de Médéa, à 100 km d‘Alger, dans les montagnes de l‘Atlas.

Leur mort avait été annoncée par un communiqué du Groupe islamique armé (GIA) le 21 mai. Le 31 mai, les médias algériens avaient fait état de la découverte de corps.

Une autre déposition recueillie par le juge Marc Trévidic accrédite l‘idée d‘une dissimulation post-mortem.

Le père Armand Veilleux, qui était le “procureur général” de l‘ordre cistercien, a en effet déclaré au magistrat que, lorsqu‘il est venu à Alger après la mort des moines, il avait dû insister auprès de l‘ambassade de France pour faire ouvrir les cercueils plombés où avaient été placés leurs restes.

Il s’était alors rendu compte qu‘il n‘en restait que les têtes. Il pense qu‘il s‘agissait de dissimuler leurs blessures.

Selon François Buchwalter, les moines ont en effet été victimes d‘armes lourdes embarquées sur des hélicoptères ayant détruit en mai 1996 un bivouac du GIA où ils se trouvaient.

Le général a aussi dit au juge Trévidic qu‘il soupçonnait le pouvoir algérien dans l‘assassinat le 1er août 1996 de l’évêque d‘Oran Mgr Pierre Claverie, attribué aussi au GIA, montre une autre partie de sa déposition publiée par l‘Express.fr.

“Les autorités n‘appréciaient pas sa liberté de ton, tant à l’égard des islamistes que du pouvoir algérien”, a dit le témoin. Ce crime faisait suite à un déplacement du ministre français des Affaires étrangères Hervé de Charette à Tibéhirine, qu‘Alger n‘avait pas apprécié.

L‘instruction pourrait aussi tenter d’éclaircir un autre élément trouble de l‘affaire de Tibéhirine, à savoir l‘identité des auteurs de l‘enlèvement des moines.

Il est jusqu‘ici attribué aux islamistes, mais un ancien militaire algérien, Abdelkader Tigha a affirmé dans la presse que l‘armée algérienne en était le vrai organisateur.

Il s‘agissait selon cette thèse d‘envoyer un avertissement aux moines, à qui Alger reprochait d‘accueillir des maquisards islamistes blessés, ou d‘organiser une manipulation pour stimuler l‘indignation mondiale contre les islamistes.

“Tout cela conforte ce que nous soutenons depuis le départ, la version officielle n‘est en aucun cas crédible, on nous dissimule des choses et ça nous conforte dans notre recherche de vérité”, a dit Patrick Baudoin à Reuters.

Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse

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